Les Européens pas vraiment intéressés par l'accès transfrontalier

Antoine Oury - 07.09.2015

Lecture numérique - Acteurs numériques - union européenne - accès transfrontalier - sondage


La Commission européenne, vraisemblablement pour guider ses actions politiques, commande régulièrement des sondages effectués au sein des différents pays européens. Celui mené par TNS, en début d'année, devrait faire le bonheur des industries culturels. Il révèle en effet que les Européens ne manifestent que peu d'intérêt dans l'accès transfrontalier, qui permettrait de profiter d'un service d'abonnement ou simplement d'un accès à des oeuvres, normalement réservé aux résidents d'un autres pays européens. Un point qui est pourtant au coeur de la réforme sur le droit d'auteur, menée au sein de l'Union.

 

Parlement européen - Bruxelles

Un bout du Mur de Berlin devant le Parlement européen

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

L'accès transfrontalier aux œuvres faisait partie des principaux arguments mis en avant par la Commission européenne pour défendre la très polémique réforme du copyright face aux industries de la culture. Lesquelles se montraient plutôt dubitatives face à l'exemple « du match de foot qu'Andrus Ansip ne peut pas voir », référence à une frustration personnelle partagée par le vice-président de la Commission européenne, chargé du Marché numérique unique.

 

« En Lettonie, ils s'en foutent d'un documentaire de la Scam », assurait même Hervé Rony, directeur général de cette même Société civile des auteurs multimédia. L'eurobaromètre mené par TNS en janvier dernier vient apporter des éléments dans ce sens : d'après les réponses de quelque 26.586 Européens, l'intérêt d'un accès transfrontalier aux œuvres serait minime.

 

Si 69 % des Européens utilisent Internet au quotidien, la musique apparaît en tête de la production culturelle la plus consultée, avec 60 % des interrogés qui ont téléchargé, ou écouté en streaming, au moins un morceau dans les douze derniers mois. L'ebook arrive en fin de course, consulté au moins une fois par 27 % des interrogés. En se cantonnant aux réponses françaises (un peu de mille personnes interrogées), 15 % sont positives, concernant la consultation d'un livre numérique téléchargé, ou lu en streaming.

 

Pour ce qui est de l'exhaustivité et de l'ergonomie de l'offre, la situation peut probablement être améliorée :

 

 

Les personnes dotées d'un abonnement en ligne pour accéder à des œuvres sont évidemment moins nombreuses pour les livres numériques que pour la musique : 8 % des Européens et 4 % des Français interrogés ont souscrit. La question sur la portabilité de l'abonnement dans un autre État, et donc la possibilité de continuer à accéder aux contenus, sans geoblocking, blocage géographique, survient alors. Et ne suscite que peu de réactions : seuls 3 % des Européens et 2 % des Français disposent d'un abonnement et ont essayé, a priori sans succès, de l'utiliser depuis un autre pays. Il faut malgré tout noter que tous les répondants sont pris en compte pour cette proportion, et pas seulement les abonnés à un service en ligne.

 

La barrière de la langue y est probablement pour beaucoup, mais les services d'accès d'autres pays européens n'intéressent pas plus les consommateurs : 1 % des internautes européens a essayé d'accéder à des services de lecture ou à des livres numériques réservés aux résidents d'un autre pays européen, et 0 % des Français. Cela dit, ils sont respectivement 10 et 9 % à souhaiter que la situation change, parmi ceux qui ont fait une tentative.

 

Si les résultats apportent de l'eau au moulin des détracteurs de la réforme européenne du droit d'auteur, la même question revient : l'absence d'intérêt a-t-elle provoqué l'absence d'offre, ou l'absence d'offre provoque-t-elle le manque d'intérêt des consommateurs ?

 

L'étude complète est disponible, uniquement en anglais, mais un résumé est accessible ci-dessous.