“Les GAFAM ne sont pas des géants du web, ce sont des monstres” 

Camille Cado - 26.11.2019

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A l’occasion de la 6e édition du salon Creativ’Book, qui se déroulait ce 25 novembre 2019 à Paris, a été organisée une conférence sur le numérique et les géants du web. Animée par Vincent Drouot, elle mettait en lumière les mutations numériques, et ces technologies majeures qui redistribuent les cartes leaders. En somme, les GAFAM.

Photo d'illustration, Pixabay License


Qu’est-ce qu’évoque pour vous le mot GAFAM ? « Arnaque », « data », « addiction », « vol », « contrôle », ou encore « suprématie » et « vampire ». Autant de gros mots qui pointent le danger des géants du web. « Des monstres plutôt », comme aime à les appeler Vincent Drouot.

Et pour les combattre, quelle plus grande arme que celle de les connaître ? « Comment les GAFAM pensent, ou la face cachée du digital dans l’édition? » Le thème est posé pour élucider les stratégies qui se cachent derrière ces grandes firmes américaines. Et la salle est fin prête à contre-attaquer, confortablement installée, et parée à la prise de notes, iPhone en main... Oups !
 

Les premiers pas, ou l'expérimentation


C’est en 2009 que Vincent Drouot, aujourd’hui Digital Learning Manager chez M2I Formation, lance sa première application. « Un échec cuisant » avoue-t-il. Dans une ère où tous les secteurs sont touchés par la révolution numérique, certaines entreprises échouent à trouver leur place, et ça ne pardonne pas. « Aujourd’hui soit on se transforme, soit on meurt. »

Et d'interroger : « Qu’est-ce qui fera que vos applications d’ebooks ne seront pas supprimées lorsque vous n’aurez plus d’espace sur votre smartphone ? Il y a bien un choix à faire et donc des stratégies meilleures que d’autres à appliquer en amont par les entreprises. » Et les plus puissants dans ce domaine étant évidemment les GAFAM. 

Alors qu'à l’ère de l’hyperconnexion, le smartphone est devenu le nouveau convive à table, la mutation digitale reste fragile. Et notre comportement d’utilisateurs et de consommateurs, dichotomique. 
 

Comment les GAFAM pensent ? 


« Ce que nous n’arrivons pas à faire, c’est d’appliquer les méthodologies centrées sur les utilisateurs », et inventées ces 10 dernières années, précise-t-il. 

Pour le livre numérique, c’est l’ergonomie du support qui ne serait pas assez bien pensé. « C’est plat, il n’y a plus de profondeur, le lecteur ne sait plus où il se trouve dans le livre. » Contrairement au format imprimé où il peut se projeter l'avenir de sa lecture, par un simple coup d'oeil. 
 
Tout focaliser sur l’utilisateur est la stratégie numéro 1 des GAFAM. Elle s'établit à travers la collecte des Big Data bien sûr, autant que par les services de cloud ou l'intelligence artificielle, pour ne citer que ceux-là.

« Ils essaient d’analyser quelque chose : nous. » Parce que “Big GAFAM is watching you”, il leur faut mesurer qui utilise quoi et à quelle fréquence… Et pour ceux qui voudraient s’opposer à Google — dont la grande idée a été d’établir un flou entre le navigateur et le moteur de recherche — les alternatives manquent. Bien entendu, on peut citer Qwant ou même Tor, leader de l’anonymat : sauf que les sites web sont aujourd’hui conçus pour être référencés… par Google.

Ecosia ? « Il plante des arbres c’est sympa, mais c’est un moteur de recherche qui s’appuie sur les résultats de Bing de Microsoft ». Vos données personnelles sont donc tout de même vendues. Si l'usage est gracieux, c’est que vous êtes le produit, la formule est connue.

Si le prisme Google n'est qu'une part de la réalité du web, nous l'avons facilement adopté. Le moteur traite plus de 2 billions de recherches par an et dispose de plus de 200 services. Le tout n'étant qu’une partie de l’iceberg qui se prénomme « L’empire Alphabet », du nom de la structure qui intégre le moteur Google, Chrome, Gmail, et consorts. 

De même pour Netflix : les bénéfices ne proviennent pas des abonnements, mais bien des données statistiques récupérées. « Parce que, soyons honnête, si on était producteur, combien serez-vous prêt à débourser pour posséder ces données qui vous dirige tout droit vers le succès ? » La question se pose. De même, Airbnb qui se met à construire des habitations en vue des données informations et des demandes analysées.
 

Adapter l'offre au lecteur


Les data sont donc une source sûre pour améliorer les produits ou les services des grandes firmes. Et si l’univers du livre a été chamboulé par l’arrivée du numérique, ces nouveautés ne répondent pas assez aux attentes d’un lecteur. « Nous avons du mal à adapter les offres du livre numérique aux différentes générations », relève Vincent Drouot.

Même si, il le rappelle, le monde de l’édition essaie de mettre en pratique des technologies disruptives. Par exemple, l’utilisation de l’intelligence artificielle avec des services comme Own Page, expert en personnalisation éditoriale. La réalité augmentée aussi avec la start-up Wakatoon, spécialisée en livres de coloriage animés. Sans oublier les objets connectés comme le PowerCoat Paper ou papier connecté. 
 
Dans la bande dessinée, les Webtoons sont le principal modèle d’une réussite en matière de mutation numérique. Il s’agit d’une BD verticale qui s’appuie sur la doctrine mobile first : mobilité et portabilité des appareils. Le produit vise particulièrement les digital natives et fonctionne :  depuis 2002 que le concept est apparu en Corée, il s’exporte désormais – en France par exemple avec la start-up Delitoon

« L’ergonomie utilisateur final a été très bien pensée. C’est un produit qui prend en compte son client. Les manga et bande dessinées sont souvent lus par des jeunes, prêts à recevoir une offre entièrement numérique. » Contrairement à des publics plus âgés. 

« Les GAFAM réussissent parce qu’ils ne sont pas obsédés par leur(s) concurrent(s), mais par le client. Voilà ce qu’il faut viser pour réussir sa transition digitale ». Les données sont un outil qui permet de proposer un meilleur service à l’utilisateur, c’est-à-dire répondant au mieux à ses besoins.

Un traitement de la donnée est alors essentiel pour ces grandes entreprises, qui ne font alors plus du prévisionnel, mais bien du prédictif. « Le nouvel iPhone c’est nous qui sommes en train de le construire, grâce à nos données. »

ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 
 

Les data : le nouveau pétrole ?


Alors que la valorisation pétrolière en bourse vacille entre 350 et 292 milliards, Apple a dépassé le cap symbolique des 1000 milliards $ en août 2018, soit 3 fois plus qu’Exxon, le numéro un mondial du pétrole. Et ce chiffre, la firme de Cupertino ne le doit qu’aux données. En effet, les produits Apple ne sont pas les plus vendus dans le monde. « 6 % des ordinateurs achetés dans le monde sont de cette marque », rappelle Vincent Drouot.

« Amazon a également passé les 1000 milliards $ en septembre. Suivi de près par Google à un peu moins de 1000 milliards $ et par Facebook qui compte environ 500 milliards $. »

Nos géants sont à eux 5 plus fort qu’un pays entier. Le PIB de la France s’élevant à 2500 milliards $, et celui de l’Allemagne à 4000 milliards $.  « C’est un vrai contre-pouvoir », continue-t-il. On comprend alors que certains essaient de contre-attaquer, comme la ville de New York qui avait refusé que le siège d’Amazon s’installe dans la ville. 

Parce que si les datas sont alors plus convoitées que le pétrole, une chose est sûre, le nouvel eldorado est bel est bien le consommateur.


Commentaires
« Parce que, soyons honnête, si on était producteur, combien serez-vous prêt à débourser pour posséder ces données qui vous dirige tout droit vers le succès ? »



Comme si Netflix avait une recette magique (The Mandalorian est déjà devant Stranger Things avec 10 fois moins d'abonnés que Netflix)
Attention à ne pas confondre chiffre d'affaire et pib.

Le PIB est une manière de Valeur Ajoutée. En Allemagne, la circulation de monnaie (total des transactions) est de 24 milliards d'euros, 6 fois plus que le PIB. Amazon a un CA de 1000 milliards de dollazrs, mais paye 17 millions de fournisseurs. Son "PIB" est donc égal à la différence, soit à peu près la valeur ajoutée. .
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