Les Illusions perdues de Balzac : rencontre entre Lousteau et Barbet

La rédaction - 12.10.2016

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Après avoir bousculé le partage de livres, la société Booxup propose désormais un modèle de vente et d’achat pour livres d’occasions. Pour le lancement de la nouvelle version de son application, Booxup vous propose de redécouvrir de grands classiques de la littérature française. Aujourd’hui, les Illusions perdues de Balzac.

 

Gravure de Marlet d’après Auger, montrant un bouquiniste quai Voltaire (1821)

 

 

Barbet, libraire d’occasion, rachète régulièrement les livre que Lousteau, journaliste mal payé, vient lui proposer.  

 

 

— Hé ! bien, continuons-nous nos affaires ? dit Lousteau.

 

— Hé ! mon petit, dit familièrement Barbet, j’ai dans ma boutique six mille volumes à vendre. Or, selon le mot d’un vieux libraire, les livres ne sont pas des francs. La librairie va mal.

 

— Si vous alliez dans sa boutique, mon cher Lucien, dit Étienne, vous trouveriez sur un comptoir en bois de chêne, qui vient de la vente après faillite de quelque marchand de vin, une chandelle non mouchée, elle se consume alors moins vite. À peine éclairé par cette lueur anonyme, vous apercevriez des casiers vides. Pour garder ce néant, un petit garçon en veste bleue souffle dans ses doigts, bat la semelle, ou se brasse comme un cocher de fiacre sur son siége. Regardez ? pas plus de livres que je n’en ai ici. Personne ne peut deviner le commerce qui se fait là.

 

— Voici un billet de cent francs à trois mois, dit Barbet qui ne put s’empêcher de sourire en sortant un papier timbré de sa poche, et j’emporterai vos bouquins. Voyez-vous, je ne peux plus donner d’argent comptant, les ventes sont trop difficiles. J’ai pensé que vous aviez besoin de moi, j’étais sans le sou, j’ai souscrit un effet pour vous obliger, car je n’aime pas à donner ma signature.

 

— Ainsi, vous voulez encore mon estime et des remercîments ? dit Lousteau.

 

— Quoiqu’on ne paye pas ses billets avec des sentiments, je les accepterai tout de même, répondit Barbet.

 

— Mais il me faut des gants, et les parfumeurs auront la lâcheté de refuser votre papier, dit Lousteau. Tenez, voilà une superbe gravure, là, dans le premier tiroir de la commode, elle vaut quatre-vingts francs, elle est avant la lettre et après l’article, car j’en ai fait un assez bouffon. Il y avait à mordre sur Hippocrate refusant les présents d’Artaxerxès. Hein ! cette belle planche convient à tous les médecins qui refusent les dons exagérés des satrapes parisiens. Vous trouverez encore sous la gravure une trentaine de romances. Allons, prenez le tout, et donnez-moi quarante francs.

 

— Quarante francs ! dit le libraire en jetant un cri de poule effrayée, tout au plus vingt. Encore puis-je les perdre, ajouta Barbet.

 

— Où sont les vingt francs ? dit Lousteau.

 

— Ma foi, je ne sais pas si je les ai, dit Barbet en se fouillant. Les voilà. Vous me dépouillez, vous avez sur moi un ascendant…

 

 

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