Les lecteurs japonais pas vraiment motivés par l'ebook

Antoine Oury - 14.02.2013

Lecture numérique - Acteurs numériques - Japon - lecture numérique - Rakuten


Toutes les études de marché du monde, aussi bien que les idées reçues, ont pu prédire un succès fulgurant de la lecture numérique au Japon, en vertu d'une passion - supposée ou réelle - de la population du pays pour les dernières innovations technologiques. Alors que Kobo ou Amazon se livrent à une course de vitesse sur le territoire asiatique, les résultats ne sont pas franchement encourageants.

 


Electronic book.

MIKI Yoshihito (´・ω・), CC BY 2.0

 

 

 Au cours de l'année 2012, les deux revendeurs de livres numériques, Kobo et Amazon, ont intensifié leur présence dans le pays, en créant une boutique en ligne spécifique, en adaptant le moteur de rendu au sens de lecture japonais (merci à l'EPUB3), ou encore en inondant rues et chaînes locales de publicités. D'autant plus que Kobo, racheté en 2011 par le géant - nippon - Rakuten, dispose d'une force de frappe équivalente ou presque à celle de son concurrent.

 

Et pourtant : « Jusqu'à présent, les Japonais n'ont pas été vraiment émus par les lecteurs ebook, à domicile ou en déplacement, principalement à cause d'un manque de contenus » explique Hiroki Kamata, éditeur d'un magazine sur le sujet, E-book 2.0. Car le produit n'a rien de neuf : on en oublierait presque que Sony occupe le marché depuis près de 7 ans, en vain, avec seulement un demi-million de machines vendues, pour les 127 millions d'habitants que compte l'archipel.

 

À ce titre, d'après une étude de R.R. Bowker, les Japonais sont près de 72 % à passer à côté de l'ebook, et à ne pas vouloir l'essayer, par ailleurs : 6 points de plus que les Français ! Kobo annonce un taux de croissance de 1900 % pour les mangas, romans graphiques et comics dans sa librairie : pour autant, seuls 40.000 titres seraient effectivement disponibles pour les lecteurs japonais. « Les éditeurs sont indifférents, voire même hostiles, aux fichiers numériques » analyse Kamata, un sentiment qui serait partagé par les Japonais, toujours attachés aux DVD, pour évoquer un support physique dans un autre domaine culturel.

 

Seule bonne nouvelle pour Sony, Kobo et Amazon : ces résultats plutôt décevants écartent pour le moment l'hypothèse d'une arrivée massive de concurrents, outre Apple. Si les investissements de Microsoft dans Barnes & Noble pouvaient laisser croire à une incursion au pays du Soleil Levant, rien ne semble indiquer un tel mouvement commercial pour le moment.