“Les livres cesseront de fonctionner” : dans quel monde vit-on ?

Clément Solym - 01.07.2019

Lecture numérique - Acteurs numériques - livre numérique - Microsoft ebooks - librairie numérique


Le choc ne fut pas thermique, quand Microsoft annonça la fermeture de son ebookstore en avril dernier. Moins de deux ans après le lancement, et certainement du fait de résultats médiocres, l’éditeur de Windows décidait de mettre un terme au carnage. Avec la classique perspective de perdre ses achats, sous quelques mois. Nous y sommes. 

time travel
Robert Couse-Baker, CC BY 2.0
 

C’est un message consterné du game designer Rob Donoghue qui a soudainement fait prendre conscience de l’étendue de ce marasme. « Les livres cesseront de fonctionner. » Un constat, une évidence, mais avant tout la preuve d’un piège qui s’est refermé sur les consommateurs qui avaient fait confiance à Microsoft. 
 


Personne n’avait été pris en traître, quand la firme de Redmond avertissait qu’à partir de juillet 2019, les livres numériques seraient rendus illisibles. Bien entendu, les achats allaient être remboursés — la moindre des choses en regard de la gêne occasionnée. Mais il aura fallu ce bref message — et tout le thread qui s’en suivit — pour que soudain, la lumière se fasse.
 
« Les livres cesseront de fonctionner », c’est le message envoyé par Microsoft pour avertir, comme il l’avait annoncé en avril dernier de la fin de son service. Mais pourquoi cet arrêt ? D’abord, des questions de rentabilité, en premier ordre. Mais cela n’explique que la fin de l’ebookstore. Pour les ebooks ainsi perdus, la réponse est plus pernicieuse encore.

Prélude à la fin des temps

Les livres numériques ne fonctionneront plus, parce que les serveurs DRM auxquels ils étaient rattachés seront coupés. De fait, à l’achat d’un ebook, un verrou numérique était appliqué, et pour rendre l’ouvrage lisible via les outils de la firme, il fallait que le livre “communique” avec le serveur gérant les autorisations de lecture.

Le DRM, ce petit loquet dont on ne parlait plus trop ces derniers temps, n’était déverrouillé qu’à la condition que le serveur identifie l’acheteur. Maintenir les serveurs n’aurait pas coûté grand-chose, mais les couper purement et simplement implique donc que les ebooks ne seront plus que de bêtes fichiers, stockés et inutiles, sur le bureau d’un ordinateur.  

C’est dans Boing Boing que Cory Doctorow, ancien libraire, et spécialiste des questions numériques aujourd’hui, revient sur cet événement : le livre qui ne fonctionne plus. Comme si la possibilité devenait aujourd’hui naturelle que de voir un livre illisible. Il faut imaginer son ouvrage papier, que l’on ne pourrait même pas ouvrir, comme englué — à peine la couverture serait-elle visible.

« L’idée que les livres que j’achète puissent être reliés à une sorte de putain de licence logicielle est la chose la plus grotesque et la plus horrible que je puisse imaginer », balance Doctorow. « Si le secteur de l’édition s’était efforcé délibérément de détruire toute notion de valeur intrinsèque, de modèle civilisationnel, lié aux œuvres littéraires, ils n’auraient pas mieux pu y parvenir. » 

Et le grand tort serait de croire qu’Amazon est susceptible d’échapper à cela : tout ouvrage acheté via Kindle est verrouillé dans un écosystème propriétaire, qui appartient à Amazon. Le jour où l’écosystème est coupé, les appareils de lecture, les applications, tout ce qui permet de lire un ebook Kindle, recevra un petit message, bête comme chou.

Il dira : « Le livre a cessé de fonctionner. » Et aucun remboursement n'y changera quoi que ce soit.


Commentaires
ben quoi ? il faut bien que la "Wor[l]d Inc." et "Lexicon Corp." vivent, non ? #LesHauts®Parleurs® A. Damais… wink Voir à https://saint-epondyle.net/blog/sf/les-hauts-parleurs-alain-damasio/



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C'est parfait, au contraire. Ceux qui savent enlèvent les Drm depuis longtemps et ne seront pas touchés. Mais, il faut ce genre d'arnaques pour réveiller ceux qui ne se sentent pas concernés, en sécurité dans les univers propriétaires "faciles d'utilisation".



Application pratique des sombres prédictions dont ils se moquaient avant. Ben oui, les livres numériques ne vous appartiennent pas, Amazon peut effacer ce qu'il veut de votre Kindle sans vous le dire, et les livres numériques avec Drm ne fonctionnent que si les serveurs Drm fonctionnent, pas quand vous vous voulez lire, ou même hors ligne apparemment. Et si vous êtes pas content, c'est pareil.
C'était prévisible depuis longtemps. Il faut cependant faire une distinction importante entre le livre numérique, son format et le modèle de distribution. Le DRM s'applique à la distribution et non à la création du document ePub pour ne nommer que ce dernier. Donc il est possible d'appliquer une toute autre philosophie de distribution, sans jeter et faire de l'ombre au format ePub.
Juste une petite rectification qui me semble importante: lorsqu’on publie un ebook sur Amazon, on a le choix d’insérer ou non le DRM. De plus en plus d’auteurs comprennent qu’il ne faut pas l’insérer, le DRM n’embêtant que l’honnête lecteur qui veut juste pouvoir lire son livre sur ses différents appareils, pas le pirate qui l’enlève sans problème. Seuls les éditeurs « traditionnels », qui ont décidément bien du mal à comprendre l’économie numérique, fonctionnent encore avec DRM.

Si un jour amazon devait cesser ses activités, tous les livres publiés sans DRM pourraient sans problème être convertis en epub et lus sur n’importe quel appareil.

À part ça, toute ma sympathie aux malheureux clients de Microsoft :-(
Comme quoi le livre papier a encore de (plus ou moins...) beaux jours devant lui !

CHRISTIAN NAUWELAERS
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