Les livres Jésus contre Hitler passent en Creative Commons, “un cercle vertueux”

Nicolas Gary - 19.07.2016

Lecture numérique - Acteurs numériques - Creative Commons série - Jesus Hitler romans - Neil Jomunsi écrivain


« C’est une décision logique : la série est un hommage à la pop-culture, il est normal que je la relâche dans son milieu naturel », explique Neil Jomunsi à ActuaLitté. Sa série Jésus contre Hitler vient de passer sous licence Creative Commons, en BY-SA. Autrement dit, il sera possible à qui le souhaite de s’emparer de l’univers, des personnages et de les réutiliser. À l’unique, et peu restrictive condition, d’en citer l’auteur originel.

 

Crédit Page 42 

 

 

« Quand on crée un univers, on est tiraillé entre l’idée de le garder pour soi et celle de l’ouvrir aux autres. JvsH, c’est un grand terrain de jeu : on peut y faire à peu près tout et n’importe quoi. Alors c’est un peu comme si on bâtissait un parc d’attractions juste pour soi. »

 

Avec près de 3000 ventes des différents ouvrages pour un total de 35.000 téléchargements (incluant l’accès gratuit), la saga est, comme le reconnaît l’auteur, « mon plus important succès commercial ». 

 

Et de poursuivre : « Pour JvsH, le matériau de base est tellement riche et vaste que je trouvais ça presque dommage de ne pas avoir d’autres points de vue que le mien. J’aimerais sincèrement lire d’autres aventures de mes personnages, j’aimerais me faire surprendre... et comme le temps manque et que les projets se multiplent, je n’ai pas forcément le temps de le faire moi-même. »

 

Dans Creative Commons, il y a "commun"

 

Les Creative Commons sont des licences permettant d’autoriser le partage d’œuvres, sous certaines conditions. Il est ainsi possible de réutiliser, modifier, exploiter commercialement, selon la volonté du créateur originel. Pour exemple, ActuaLitté a décidé de placer toutes les photos prises en licence CC-BY-SA-2.0, tout comme la saga Jésus contre Hitler : cela autorise une reproduction, une modification et l’exploitation commerciale, juste en citant l’auteur, avec un partage à l'identique.

 

« À mon sens, les licences CC sont une formalisation légale de tout ce qui fait qu’internet est génial, comme la possibilité de remixer à l’infini et de partager le résultat de ces remix. Internet est le meilleur vecteur de la pop-culture parce que c’est un média qui permet aux gens de s’investir personnellement et de publier le résultat de cet investissement. »

 

Autrement dit, John J. Christ, David Goldstein, Lovecraft, McGally, Anita, Li Mei et tous les autres personnages pourront vivre de nouvelles aventures. L’avantage du Creative Commons, c’est que l’on ne se place plus simplement dans une approche de FanFictions : certes les livres, BD, comics – pourquoi pas courts-métrages – seront tirés de l’univers, mais ils auront une existence totalement propre.  

 

Entrer dans un cercle vertueux

 

« D’abord, la plupart du temps, la fan fiction est une activité gratuite et amateur. Ensuite, si l’on tente de publier ce que l’on a écrit, découlant de l’univers, c’est illégal. Si tu écris une fan-fiction de Doctor Who, tu ne peux rien en faire, c’est tout juste toléré : dans l’absolu, on pourrait te poursuivre en justice. Le choix des Creative Commons, c’est assurer aussi aux autres qu’ils n’auront aucun ennui à reprendre ton matériau original, pour peu que tu cites son auteur. C’est un cercle vertueux. »

 

 

 

Prenons le cas de JK Rowling : la romancière, maman d’Harry Potter, a toujours été particulièrement enthousiaste de voir l’essor de FanFictions, et de l’affection que les internautes manifestaient pour ses personnages. Mais en 2004, son agent Christopher Little, posait les choses plus clairement : « [JK Rowling] est très flattée qu’il y ait un si grand intérêt pour sa série, et que les gens prennent le temps d’écrire leurs propres histoires. Elle tient cependant à ce que cela reste une activité non-lucrative, pour s’assurer que les fans ne soient pas exploités et que les fanfictions ne soient pas publiées, au sens strict de l’édition traditionnelle sur papier. [...] » 

 

Et d’ajouter : « La série commence sans doute à dater, mais elle est toujours destinée à de jeunes enfants. Si ces derniers devaient tomber par hasard sur une histoire de Harry Potter classée X, ce serait un problème. » (voir ici)

 

La démarche de placer des œuvres en Creative Commons n’est pas une recherche d’originalité à tout crin. D’autres auteurs travaillent d’ailleurs en licence 0, renonçant même à leur paternité sur l’ouvrage. « Ce n’est pas non plus une manière de se distinguer, vraiment. Juste le plaisir de voir les personnages voler de leurs propres ailes. » 

 

Bien entendu, on ne peut que souhaiter la réussite de JK à Neil, qui intervient régulièrement dans nos colonnes. « Ce qui a commencé comme une grosse blague s’est finalement transformé en véritable petite machine à pulps, avec des dizaines de milliers de lecteurs. Et j’ai envie que d’autres s’en emparent, car cette série est justement un hommage à la pop-culture et un grand bazar où s’entremêlent les influences assumées. »

 

On pourra trouver les ouvrages à cette adresse.