Les livres, plus épargnés par le piratage que la musique

Clément Solym - 07.06.2012

Lecture numérique - Acteurs numériques - piratage - édition musique - DRM


Son nom ne vous dit peut-être rien, mais il est probablement l'un des mieux placés pour analyser les effets - réels - du piratage sur le contenu numérique, ainsi que la résistance des acteurs traditionnels face à la dématérialisation : Brian Stauffer est le créateur de Rhapsody, le service de musique en ligne crée en 2001, et qui concurrença iTunes en bannissant les DRM de sa plateforme avant tout le monde.


Incontestablement, la musique a été le premier contenu culturel a être confrontée au piratage, pour des raisons essentiellement matérielles : le CD peut-être facilement extrait sous forme de fichiers, tandis que numériser un livre demande encore un peu plus de temps et d'investissement, et les supports de lecture numérique n'ont pas affronté la même résistance de la part des éditeurs que les lecteurs mp3, en leur temps, de la part des majors. Le premier lecteur mp3 grand public, le Diamond Multimedia Rio, fut en effet au coeur d'une série de procès intentés par une industrie qui considérait « douteux que les lecteurs mp3 servent un marché plutôt que les milliers de chansons illégales sur Internet. »

 

Proper old school piracy!

 

Deux ans plus tard, en 2003, les majors proposèrent finalement une véritable offre légale - mais encore plombée par la lourdeur des verrous numériques. « Mais le mal était fait. Les labels avaient accordé pendant une demi-décennie le monopole au piratage, et les consommateurs s'étaient habitués aux téléchargements, y compris d'un point de vue moral, en l'absence de toute alternative légale » se souvient Stauffer.

 

Si le piratage n'impacte pas vraiment sur les ventes de livre, au vu de la facilité et de la rapidité de l'offre pirate en la matière (bien qu'elle soit moins fournie que la musique), c'est parce que les best-sellers sont généralement portés par une offre légale puissante et multiplateforme (Kindle, iBookStore, Kobo...) : les plus grands pirates sont d'ailleurs les femmes de plus de 35 ans. (voir notre actualitté)

 

Mais l'édition devrait rester vigilante : l'adoption massive des lecteurs ebook pourrait, à terme, lancer une deuxième vague de piratage si l'offre légale n'est pas à la hauteur (et si les DRM ou formats propriétaires restent la règle). Sans oublier la montée en puissance de l'autoédition, que les acteurs traditionnels ne pourront pas récupérer longtemps. La nouvelle autonomie des auteurs, grâce aux outils commerciaux du web, pourrait également leur porter préjudice : dans le milieu de l'édition, ils sont encore beaucoup à ne pas s'être remis du Pottermore de J.K. Rowling... (voir notre actualitté)