Les manuels scolaires papier seront-ils bientôt obsolètes ?

Clément Solym - 16.10.2012

Lecture numérique - Usages - manuels scolaires - e learning - obsolète


La semaine dernière, le secrétaire américain de l'éducation, Arne Duncan, a déclaré une guerre ouverte aux manuels scolaires papier, leur préférant nettement une variété de technologies nouvelles d'apprentissage numérique. Feu le papier pour couronner les lecteurs ebook et les sites Web multimédias. En revanche, cette annonce d'Arne Duncan est loin d'être entièrement partagée : s'attaquer à une technologie déjà éprouvée et « vraie » — notre bon vieux papier —, c'est-à-dire mettre en doute ce qui a été le fondement de l'un des grands systèmes éducatifs de la planète, ça fait frémir. Une solution, prendre le temps, encore un peu.

 

 Désormais, ça sera plus simple

 

« Dans les prochaines années, les manuels scolaires papier devraient être obsolètes », déclare le secrétaire Arne Duncan. En effet, si l'on considère la Corée du Sud, ce pays surpasse les États-Unis en ce qui concerne les résultats scolaires et leurs moyens mis en oeuvre. Ils n'ont pas hésité à adopter l'apprentissage numérique, et se sont d'ailleurs fixés comme objectif de passer entièrement au numérique avec ses manuels scolaires, d'ici 2015. Mais alors, que font les États-Unis ? Justement, « le monde change », remarque Arne Duncan, et « ce doit être là que nous devons aller ».

 

L'e-manuel, l'avenir de l'apprentissage scolaire

 

Évidemment, le passage au numérique implique beaucoup qu'une simple numérisation de livres. Cela demande de pouvoir les télécharger sur les ordinateurs, les tablettes et les ereaders, d'assurer les mises à jour, les compatibilités, etc. Les partisans de ce système soutiennent l'importance d'un tel dispositif qui offre aux étudiants une évolution globale et immersive, avec des expériences d'apprentissage en ligne qui les engagent d'une manière que les manuels papier, figés, ne permettent pas. Pour ce faire, le district doit d'abord s'assurer que chaque élève dispose soit d'un ordinateur portable soit d'une tablette. Et l'on sait que les budgets ont souvent été diminués. 

 

Ensuite, un étudiant pourra, d'un simple clic, regarder un clip vidéo lui expliquant un nouveau concept d'algèbre, des règles de grammaire, une chronologie historique. Le réseautage social, accueilli par les écoles, permettra aux étudiants d'interagir avec les enseignants, même si l'école n'est pas en horaire d'ouverture. De plus, l'un des avantages souvent mis en avant avec l'utilisation des manuels numériques est l'économie que les écoles peuvent se permettre sur des copies papier, en obtenant du matériel mis à jour, tout en variant les éditeurs selon les chapitrages. Seulement, tous les districts n'ont pas les moyens nécessaires pour s'engager dans une ère scolaire toute numérique qui reste coûteuse pour équiper chaque élève d'un ereader, fournir un appui technique et payer les mises à jour régulières des logiciels.

 

Au cours des deux dernières années, au moins 22 États américains ont fait de grands progrès envers les manuels numériques, selon Douglas Levin, directeur exécutif de State Educational Technology Directors Association. Jusqu'à récemment, Douglas Levin a souligné que les États ont eu du mal à travailler ensemble, car chacun possédait ses propres normes scolaires. Cependant, cette charge a été assouplie maintenant que 48 États et le District de Columbia ont adopté des normes de bases communes, avec un ensemble de critères uniformes pour les mathématiques et la lecture. Mais voilà une idée qui ne séduit pas tout le monde.

 

Selon une experte en lecture, Maryanne Wolf, les effets de la lecture numérique sur l'apprentissage ont des résultats jusqu'à présent mitigés. Maryanne Wolf craint que la lecture sur Internet, en particulier, puisse être une réelle source de distraction pour les étudiants, ce qui pourrait d'emblée annuler les avantages potentiels d'un environnement e-learning lié au Web. De plus, il ne s'est pas écoulé assez de temps pour arriver à démontrer les effets complets d'un apprentissage numérique.

 

Vive le papier, "une valeur sûre"

 

Ce qui nous ramène, pour beaucoup, au papier. Ou du moins à un passage plus en douceur que ce que promet Arne Duncan. Car, avec une « durabilité qui pourrait durer des milliers d'années », le papier peut conserver les informations sans les ennuis qu'il nous arrive de connaître avec le numérique. « Les manuels papier peuvent être stockés et facilement référencés sur une étagère », confie The New York Times à l'avis bien tranché, « les données sont aussi faciles à récupérer à partir d'un manuel papier. Ils sont faciles à lire et ne nécessitent pas de batterie ni de prise ». Et, « bien que l'iPad et les ereaders ont une clarté d'écran qui s'améliore, l'idée que, à chaque fois qu'une personne lit un livre, un journal ou un magazine dans un proche avenir, cela nécessite une source d'énergie, c'est effrayant ».