"Les moteurs de recherche sont la porte d'entrée vers le piratage"

Clément Solym - 02.01.2012

Lecture numérique - Usages - piratage - livres numériques - lutte


Les éditeurs britanniques ont à peine attendu les premières heures de 2012 pour saisir le gouvernement, et le sensibiliser, une fois n'est pas coutume, à leurs difficultés, et principalement à la lutte contre le piratage. 

 

Alors que les chiffres de ventes d'appareils de lectures devraient arriver dans les prochains jours - et on leur souhaite, s'accompagner d'un élan de joie - les éditeurs d'outre-Manche craignent pour leurs revenus. À l'instar de Napster voilà une grosse quinzaine d'années, on pointe le piratage de livres numériques, qui menacerait même les vendeurs. 

 

Nous sommes légion

 

Des milliers de personnes se seraient en effet tournées vers les réseaux illégaux pour charger leur appareil avec des ebooks piratés. Et le Kindle, dont Amazon n'a pas cessé de vanter le succès des ventes, est en première ligne pour essuyer les impacts de la contrefaçon. Quand un ebook peut-être gratuitement obtenu, le paiement de 12 £ pour sa version officielle serait-il une réponse suffisante ?

 

Selon les propos d'un habitué, que ActuaLitté pourrait tout à fait confirmer, le Kindle, comme d'autres, ne dispose d'aucune forme de protection pour les ouvrages. « Il existe des programmes qui peuvent convertir n'importe quel morceau de texte dans le format approprié, et il apparaîtra dans votre Kindle comme si vous l'aviez acheté ! » 

 

 

Et les données avancées par l'association professionnelle, la Publishers Association, 20 % des téléchargements de livres numériques seraient des violations du droit d'auteur. En outre, sur l'année 2011, la PA a envoyé 115.000 avertissements à des sites, demandant qu'ils cessent de proposer des ouvrages gratuitement - et illégalement. Ce serait une hausse de 130 % en regard de l'année 2010. 

 

Chose amusante, Hachette, lors de sa signature avec Attributor, le défenseur-surveillant du net, nous annonçait qu'une première période de test entre avril et octobre 2011 avait eu lieu. Durant cette période, « des milliers de notifications de retrait ont été envoyées », claironnait Hachette Livre. Or, depuis la signature de l'accord officiellement présenté, Hachette Livre parlait de « centaines de notifications chaque jour qui sont envoyées ». 

 

Donc, d'un côté, 115.000 sur l'année pour la PA, soit 315 notifications quotidiennes, et en face, « des centaines » par jours pour Hachette... Ce qui signifie, au mieux que Attributor fait mieux son boulot en France, au pire, que ces chiffres sont invérifiables et avancés un peu au petit bonheur la chance...

 

Un goulet d'étranglement dès la recherche

 

Dans tous les cas, les éditeurs britanniques sont décidés à prendre contact également avec Google, pour empêcher les résultats de recherches de faire ressortir spontanément les oeuvres piratées. Et de même, que les sites pirates soient enfouis dans les abîmes du net - autant que l'on compte faire pression sur les FAI pour qu'ils prêtent main fort dans la lutte contre la violation du droit d'auteur.

 

Richard Mollet, président de la PA, vient en effet de découvrir que le moteur de recherche proposait des résultats qui anticipaient la frappe de l'internaute. Cette saisie semi-automatique compte pourtant parmi les grands chantiers que la société californienne a mis en place dans sa lutte contre la contrefaçon, depuis décembre 2010. http://www.actualitte.com/actualite/lecture-numerique/acteurs-numeriques/google-renforcera-sa-politique-de-lutte-contre-le-piratage-23047.htm

 

En outre, depuis juin, ce pan de la lutte avait été grandement accentué. Mistique Cano, porte-parole de la firme l'assurait : « Nous travaillons à supprimer les termes via Autocomplete [NdR : la saisi semi-automatique], lorsque nous constatons que ces termes sont étroitement associés à des résultats de site de contrefaçons. » 

 

Mais Richard ne décolère pas : « Nous avons constaté que si vous tapez un titre de livre dans Google, souvent, vous serez redirigé vers deux ou trois sites de contrefaçon. Les moteurs de recherche sont la porte d'entrée vers le piratage. C'est pourquoi nous travaillons avec le gouvernement pour tenter d'encourager les moteurs à réduire l'importance des sites de contrefaçon. »