Les peuples façonnent leur propre culture, pas les missionnaires

Nicolas Gary - 24.02.2013

Lecture numérique - Législation - droits numériques - livres - auteurs


Zone Franche, c'est également une journée professionnelle qui offre, le vendredi, de parcourir différentes thématiques. On y retrouvait notamment, une grande question tournée autour d'un événement qui va faire beaucoup parler de lui en mars prochain : la numérisation des oeuvres indisponibles, ou le moyen mis en place par le SNE, et validé par le ministère de la Culture, pour exploiter des oeuvres, au format numérique, sans détenir le moindre droit de le faire.

 

 

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Au seuil.... ActuaLitté (CC BY-SA 2.0)

 

 

Nous y reviendrons ultérieurement, mais une table ronde se déroulait donc sur cette question : 

 

Reprise des droits, ouvrages indisponibles et protection des oeuvres en ligne

Avec Sonia Delmas pour la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, Yves Frémion et Christian Vila pour le Syndicat des Ecrivains de littérature française.

Table ronde animée par Marie-Charlotte Delmas

 

Le SELF avait déjà dénoncé cette expropriation et le Conseil permanent des écrivains avait présenté les mesures à prendre pour retrouver ses droits sur ses oeuvres. Sans relancer la polémique autour de cette législation inique, Marie-Charlotte Delmas revient avec nous sur la question même de l'évolution des formats et des oeuvres.

  

« Quand on a une oeuvre numérique, on a un auteur derrière, qui est souvent le même que celui de l'oeuvre papier. Il n'est pas sensé de vouloir réconcilier ces deux mondes, parce que ce sont des univers qui sont créés par les mêmes personnes. Bon... moi je suis un bébé déstructuraliste... donc je pense que la forme est essentielle pour développer des oeuvres, et pas le reste. À partir de là, le foisonnement de formes et la contrainte d'une forme numérique, permettent de développer un imaginaire différent. » 

 

Imaginons : une illustration, qui, imprimée reste statique, et rééditée pour le format numérique, permet à l'enfant d'explorer tout à coup une maison, intégralement. « D'un doigt, on peut parcourir un lieu qui, dans le monde papier, restait inaccessible. C'est une autre vision, qui développe chez les auteurs et les illustrateurs, de nouveaux mondes. »

 

Les peuples façonnent leur propre culture

 

Si pour l'heure, des efforts de recommandations et des tentatives de canalisations sont à l'oeuvre, Marie-Charlotte n'y croit pas une seule seconde. « Les grands manitous de la culture, qui ont le sentiment d'avoir tout compris et de tout savoir, qui sont les missionnaires d'aujourd'hui, vont mourir.  La culture n'est pas quelque chose que l'on impose : cela émerge d'une civilisation, et les créateurs feront éclore leur propre culture. Et tant pis pour les missionnaires, qui repartiront, avec leurs mercenaires, vers d'autres horizons : ils ont déjà perdu, ceux qui souhaitent imposer leurs visions, ou leur vérité. »

 

Une plongée dans notre histoire littéraire démontrera d'ailleurs combien cette prophétie est juste. « Daniel Defoe n'a pas osé signer son roman, l'Abbé Prevost n'a pas signé le sien : à l'époque, le roman était un genre honteux. Aujourd'hui, tout le monde brûle de signer le sien. Cela signifie que les gens, les peuples façonnent leur propre culture et pas les missionnaires de la culture, qui souhaitent à tout prix imposer leurs choix. »

 

L'infinité des possibles commencerait même avec la télévision, mal exploitée, mais qui offre déjà une multitude de solutions et de programmes. « Un outil absolument formidable, autant que la tablette et ses solutions créatives, qui motivent les auteurs. Une infinité de possibilités s'offre déjà à eux. Et en plus, cela plaît au public ! »

 

Etant donné les difficultés et l'opacité qui enfument le dossier des oeuvres indisponibles, les prophéties de Marie-Charlotte Delmas redonnent un peu d'espoir.