Les pirates et les DRM, c'est une histoire de caleçon Calvin Klein

Clément Solym - 31.05.2012

Lecture numérique - Usages - John Birmingham - verrous numériques - ebooks


John Birmingham n'est pas particulièrement connu en France. Aucun de ses ouvrages n'a été traduit pour l'heure, mais sa dernière déclaration risque d'attirer l'attention, au moins sur ses (bonnes) intentions. Aujourd'hui, il est publié chez Momentum Books, filiale numérique de Macmillan, qui a dernièrement décidé d'abandonner les DRM pour ses ebooks. (voir notre actualitté)


Et c'est une véritable déclaration de guerre… aux pirates de livres numériques que John vient de publier dans Brisbane Times, en relatant ses derniers échanges avec son éditeur. 

 

Tout cela tient à une histoire de caleçon d'une marque de prêt-à-porter de semi-luxe, Calvin Klein. John avait acheté un caleçon à l'occasion d'un voyage à Hong Kong. Le sous-vêtement était peu cher, attractif… bien loin des prix pratiqués en Australie. Aussi a-t-il décidé de ne plus acheter de fringues de cette marque. Pas plus qu'à Hong Kong.

 

La suite est facile à comprendre. Une société qui pratique des tarifs abusifs s'expose à ce que l'on trouve des moyens détournés de profiter de ses produits, en les achetant ailleurs, en se les procurant ailleurs…

 

 

authors against DRMreadersbillofrights

 

En tant qu'éditeur australien, Monumentum Books ne peut pas concurrencer les offres de livres proposées sur les plateformes britanniques ou américaines. 20 $ locaux contre 5 $ US, la concurrence est vite vue. Et le consommateur ne s'y trompe pas : il préfère mettre 5 $ que 20 $ AU, pour un produit qui sera le même.

 

Pareil que pour son caleçon Calvin Klein. 

 

Si l'offre tarifaire est trop élevée, le risque, c'est le piratage. « Vais-je perdre des ventes sur ces copies pirates ? Probablement. Vais-je gagner des ventes auprès de gens qui lisent des copies pirates et ensuite achètent des exemplaires légaux pour faire des cadeaux ou pour eux-mêmes ? Qui sait ? Encore une fois, sans doute. Mais c'est impossible à dire. »

 

Et l'aboutissement de ces réflexions textilo-numérico-littéraires est la suivante : tout est question de pouvoir. Pouvoir faire ou ne pas pouvoir faire. Avec son éditeur, John a rapidement compris que s'ils empêchaient les lecteurs de faire ce qu'ils souhaitent avec les livres numériques, en insérant des DRM, ces verrous numériques qui restreignent les conditions d'utilisation, ils allaient perdre, et probablement beaucoup.

 

« Il y a beaucoup de mythes autour des DRM. Le premier mythe est le plus évident, c'est qu'ils combattent le piratage. Eh bien, oui, ils combattent. Mais… non, ils ne combattent rien. Chaque livre que j'ai publié en version numérique a été piraté. Ils sont tous disponibles sur le réseau Torrent. Gratuitement. » Alors que l'on parle de piratage ou de copie, qu'importe. Dans tous les cas, John n'écrit pas gratuitement.

 

L'autre mythe, c'est que les DRM sont faciles à faire sauter. Selon John, la réponse est non : il faudrait faire partie d'une petite communauté de geeks élus. Sur ce point, il se plante. Mais il reconnaît que tous les livres qu'il a publiés avec des DRM ont été piratés, et les verrous ont sauté. 

 

Moyennant quoi, la conclusion pour les deux hommes aura été simple. D'abord, un prix de vente inférieur à celui proposé sur les plateformes américaines, ensuite abandonner les DRM. Et l'aventure va commencer. « Je n'ai aucune idée de qui survivra à cette modification de notre modèle économique. Tout cela dépend de vous. »

 

Effectivement. Si un auteur affirme qu'il fait tout ce qu'il peut pour inciter les lecteurs à acheter ses livres, il revient aux consommateurs de faire leur choix, en toute conscience.