Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Les professionnels du livre heureux d'avoir eu la peau d'Amazon – un peu

Nicolas Gary - 26.01.2017

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La firme américaine a annoncé son intention de signer un accord avec la Commission européenne. Pour éviter une amende qui peut avoisiner les 10 % de son chiffre d’affaires, Amazon préfère reculer. Moralité, ses contrats seront revus, pour supprimer des clauses contraires aux règles sur la concurrence. Vivats et bravos de rigueur.

 

Champagne

Maman voyage, CC BY ND 2.0

 

 

C’est la Fédération européenne et internationale des libraires qui ouvre le bal des réjouissances : en signant un accord avec la Commission, Amazon cède. L’un des nœuds gordiens du problème était la clause de Nation la plus favorisée : cette dernière permet à un revendeur d’aligner ses prix de vente sur ceux des concurrents, s’ils sont inférieurs. Un non-sens pour la France, qui dispose d’un prix unique du livre numérique, mais soit.

 

« Nous avons été extrêmement heureux d’apprendre le 24 janvier dernier le changement de position d’Amazon, afin de résoudre les problèmes de concurrence », assure l’EIBF. Il est certain que pour les États qui ne disposent pas d’une législation prix unique, la fin de cette clause pourrait largement profiter aux libraires.

 

Un poids en moins pour les libraires

 

De son côté, la Booksellers Association jubile tout autant : Tim Godfray, son directeur général, rappelle avoir déposé une plainte officielle dénonçant les clauses NPF. Preuve que le sujet ne date pas d’hier. « Suite aux mesures prises par les autorités de la concurrence en Allemagne et au Royaume-Uni en août 2013, Amazon avait informé les autorités de réglementation qu’elle abandonnerait [ces clauses] », insiste Tim Godfray.

 

Pourtant, en dépit des positions adoptées voilà quatre ans, une enquête anonyme réalisée auprès des éditeurs en 2015 faisait clairement apparaître que la clause NPF était présente dans les contrats. 42 % des éditeurs assuraient qu’Amazon avait fait pression, et 25 % que la firme les empêchait de faire des prix inférieurs à ceux d’Amazon chez d’autres revendeurs.

 

Son collège à la BA, Giles Clifton ne cache pas sa joie : « Nous affirmons toujours que les clauses NPF sont anticoncurrentielles et nous avons donné de très nombreux exemples de termes contractuels que nous considérons comme des éléments des conditions déloyaux [...]. »

 

Déçu qu’il ait fallu autant de temps pour arriver à cet accord, il rajoute que la plainte de la BA portait également sur la vente des livres papiers – marché bien plus important encore. « Nous renouvelons nos appels pour que l’autorité compétente examine cette question. »

 

Champagne en Allemagne

 

Mais l’organisation qui biche le plus actuellement, c’est le Börsenverein – association des éditeurs et libraires allemands. Alexander Skipis, le directeur général rappelle que c’est la deuxième fois que le géant américain est contraint de plier : en effet, un autre accord mettant fin à la distribution exclusive de livres audio entre Apple et Amazon a été signé la semaine passée.

 

« Amazon continue d’utiliser sa domination du marché de manière purement coercitive, pour arracher des engagements disproportionnés aux éditeurs et s’aménager des avantages propres, vis-à-vis des autres vendeurs de livres. [...] Dans ce processus, le détaillant détruit les structures du marché du livre qui, représentant la qualité et la diversité culturelles », lance Skipis.

 

Personne n’a en effet oublié que Jeff Bezos, grand patron d’Amazon, avait comparé les éditeurs à des gazelles malades qu’en bon prédateur, il entendait chasser. « Il est également bon de se souvenir qu’un vaste réseau de librairies et d’éditeurs est essentiel à notre capacité à garantir une offre variée et qualitative de livres. »

 

Ce que tout le monde oublie, cependant, c’est que la clause NPF, quand elle fut mise en place par Apple avec le lancement de l’iPad, avait bien servi les éditeurs américains. D’une part, ils avaient pu remonter leurs prix de vente public, d’autre part, ils avaient mis un petit terme aux pratiques de dumping d’Amazon.

 

Dans le même temps, cette clause ayant entraîné une révision des contrats passés entre les éditeurs et les différents revendeurs, elle avait permis aux libraires de disposer d’une sorte de prix unique, sous la forme contractuelle.

 

Autre époque, autres mœurs ?

 

L'accord entre Amazon et la Commission européenne doit encore être soumis aux différents avis qui seront récoltés, au cours du mois prochain.