Les publications académiques se tournent vers l'Open Access

Julien Helmlinger - 03.05.2013

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Outre-Atlantique comme en Europe, les gouvernements semblent prendre peu à peu conscience de l'intérêt de diffuser les publications académiques en Open Access. Une volonté d'exporter les fruits de la recherche scientifique en format numérique peu coûteux, pour ouvrir l'accès à tous publics, et ce, via des revues gratuites pour le lecteur. Telle semble être l'optique en ligne de mire, notamment des dernières politiques en la matière de l'Union européenne, des Etats-Unis et du Royaume-uni.

 

 

 

Les gouvernements, pour le libre accès aux travaux des chercheurs

 

L'administration Obama, courant février, a encouragé aux États-Unis les agences fédérales à s'engager sur la voie de l'Open Access, via son Office of Science and Technology Policy. Pendant ce temps un projet de loi, portant sur le libre accès à la recherche financée par le gouvernement faisait son chemin, direction l'approbation du Congrès.

 

Au début du mois d'avril, c'est au Royaume-Uni que le Research Councils, organe gouvernemental qui fait transiter l'argent du contribuable vers les fonds des chercheurs universitaires, a changé ses règles en matière de publication des résultats des fruits de la recherche. Dorénavant, ils seront disponibles gratuitement et dans l'année de leur publication.

 

L'Union européenne s'engage également dans la même idée : que transitent vers le libre accès des revues scientifiques, de même que l'ensemble des institutions de recherche, des éditeurs de revues, et autres bibliothèques abonnées, rassemblés sous la bannière du consortium SCOAP3 institué courant 2007.

  

Le partage du savoir, une pratique entre business et philosophie

 

Dernièrement encore, le processus de revente des fruits de la recherche par des éditeurs tiers, connu sous l'appellation « examen par les pairs », se révélait fructueux pour ses bénéficiaires. Ainsi, l'année dernière une entreprise comme Elsevier, affichant des marges de 38 % a affiché un bilan de 3,2 milliards de dollars de revenus. Ils sont désormais en concurrence avec des éditeurs qui n'entendent que subvenir aux coûts de publication et, le plus souvent, qui font payer des cotisations aux universitaires ou s'appuient sur des oeuvres charitables pour subvenir à leurs financements.

 

BioMed Central, sous la houlette de Springer, un des acteurs majeurs de la niche, a publié plus de 150.000 documents depuis sa fondation en l'an 2000. Et le Nature Publishing Group (NPG), filiale du germanique Georg von Holtzbrinck Publishing Group, libère non moins de 80 journaux, et a fait l'acquisition de Frontiers, une plateforme suisse d'Open Access. Un rachat qui lui a permis de passer d'une cadence de publication annuelle de 5000 à 7200 documents.

 

Autant d'éditeurs en quête d'un nouveau modèle d'affaires. Ainsi à titre d'exemple, Frontiers, dans le cadre d'un contrôle minimal par pairs, accepte entre 80 et 90 % des demandes de publications, faisant l'impasse sur celles qui sont viciées de manière irrémédiable. Une approche du même type que celle du pionnier en matière d'édition Open Access, Public Library of Science (PLoS) à but non lucratif basée à San Francisco.

 

Sa politique consiste à évaluer la valeur des documents après leur publication, en utilisant des critères d'évaluation tels que le nombre de téléchargements. La plateforme s'est en outre dotée d'un réseau social destiné aux chercheurs entendant partager des nouvelles, des offres d'emploi et autres informations sur les conférences et événements. Un réseau qui compte actuellement environ 70.000 membres.

 

Mais d'autres revues pratiquent un filtrage plus drastique des demandes de publication. Une stratégie, visant à sélectionner des contenus distingués dans l'optique d'ajouter une valeur unique à leurs revues scientifiques. Tel est le cas pour Nature, ou encore Science, qui refusent près de 90 % des documents soumis par les chercheurs.

 

Les chevaliers de l'Open Access contournent le dragon commercial

 

Un certain nombre d'éditeurs entend promouvoir le libre accès, dans une optique non commerciale. C'est le cas de Wellcome Trust, organisation caritative médicale britannique, Société Max Planck, en gestion d'un grand nombre d'instituts de recherche allemands, ainsi que le Howard Hughes Medical Institute, organisme américain, a mis en place eLife. Une revue sur le principe de l'évaluation par des pairs, mais qui ne charge pas la publication de frais.

 

Et en France, courant du mois de janvier dernier, Jean-Pierre Demailly, de l'université de Grenoble, ainsi qu'une poignée d'autres mathématiciens, ont mis en orbite le projet Episciences. Une initiative visant à démontrer que les chercheurs eux-mêmes peuvent se substituer aux éditeurs tiers. Et ce, afin de libérer au final les lectures à moindre coût.

 

Reste que l'investissement financier et personnel reste entier, car toutes les publications de ce type doivent être examinées par des scientifiques compétents. Avec des budgets serrés, des attentes grandissantes du public et des gouvernements en matière de libre accès, la quête des libérateurs de documents issus de la recherche n'ira pas sans quelques péripéties.

 

Ci-dessous, pour les néophytes, une vidéo explicative sur le principe d'Open Access, sous-titrée en français par les bons soins de Julien Sicot :