Les risques d'un livre dont l'éditeur fixe le prix de vente...

Clément Solym - 11.11.2010

Lecture numérique - Acteurs numériques - ebook - contenu - piratage


Alors que les débuts de l'ebook se sont caractérisés par un laissez-faire du marché, le contrat d'agence vise à réguler la jungle du livre numérique.

L'ebook, à sa première heure, était vendu au même prix que la version papier. Une énormité pour deux raisons. Un, il était alors l'heure de séduire le consommateur, de l'amener vers une nouvelle lecture qui pouvait paraître (c'est encore le cas) rebutante. Deux, il était incompréhensible de payer le même prix pour un fichier texte que pour un vrai livre, possédant des illustrations, une couverture, une âme diront même certains.

Cette situation a néanmoins bien vite évolué. Amazon, pour ne citer qu'eux car ils en sont l'exemple parfait, a vite pratiqué une politique de discount intransigeante. Le but : pas un ebook pour plus de 9,99 $. Un concept bien vite adopté par tous les distributeurs d'ebooks.


Évidemment, les éditeurs n'ont pas apprécié l'ordre des choses. Ils avaient déjà du mal à se lancer dans l'aventure digitale. L'idée, au vu des prix, que l'ebook puisse devenir plus populaire que le papier ne leur a pas plu. Surtout, l'émergence d'un nouveau statut, les écrivains-éditeurs, ne laisse rien présager de bon pour les Gallimard, Hachette, Random House, j'en passe et des meilleures.

Element déclencheur de la révolte, Steve Jobs a trouvé là une manière de damer le pion à Amazon et à son Kindle, dignes adversaires d'Apple et de l'iPad. Le big boss lance le contrat d'agence. Toute maison d'édition qui signera tel contrat fixera elle-même le prix de ses ebooks, sur lesquels le distributeur ne prendra qu'un pourcentage. Une initiative qui a tout de suite été bénie par les éditeurs, surtout les Français, toujours un poil réfractaires aux progrès.


Hachette se fait alors l'icône de l'ebook réglementé en tentant d'imposer le système au Royaume-Uni, au dépit d'Amazon, qui ne résistera finalement pas longtemps. Faut-il s'en réjouir ? Pour le consommateur lambda, le contrat d'agence est synonyme d'augmentation de prix. Vu le prix d'un livre neuf (Sukkwan Island, prix Médicis étranger, 21 euros), ce n'est pas une bonne nouvelle.

Le contrat d'agence est favorable aux agents, aux éditeurs et aux écrivains eux-mêmes. Il permet de soigner cette partie de la profession, et de lui assurer une sécurité face à la jungle internet. Mais n'est-ce pas là le chemin qu'à longtemps tenté de suivre l'industrie de la musique ? Pour le résultat que nous connaissons.


Piratage, prix d'albums aux rabais, mort de l'industrie du CD. Le secteur du livre peut sans doute se targuer d'une clientèle âgée, peu encline aux nouvelles technologies. Mais il est temps de regarder vers l'avenir. Si elle veut reconquérir la jeunesse, de forts prix sur les ebooks ne feront que tuer l'industrie toute entière. Télécharger illégalement un livre prend trois ou quatre clics de souris, deux effleurages de touches, et 5 minutes au total.

Il n'est pas possible de lutter. A moins de fournir un contenu sain, des offres attirantes, des suivis de consommation... à bas prix. L'homme est-il si insignifiant, qu'il n'est pas capable d'apprendre de ses erreurs ?