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Les robots sexuels voués à devenir aussi populaires que les ebooks

Clément Solym - 22.12.2016

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On les annonçait comme la plus forte tendance de 2016, mais, à quelques jours de la fin de l’année, on s’aperçoit que la réalité n’est pas encore là. Pourtant, les robots sexuels ne cessent d’attirer l’attention, au point qu’on leur prédit la même attractivité que les livres numériques. Sérieusement ? Oui, oui...

 

Poster Robots

Michael Coghlan, CC BY SA 2.0

 

 

Pour le Dr Trudy Barber, l’un des experts de l’impact des technologies sur les rapports sexuels, l’évidence est là : les robots sexuels suscitent l’enthousiasme, et l’intérêt qu’on leur porte est semblable à celui de la montée des ebooks. Certes.

 

À ce jour, des machines comme Rocky ou Roxxxy True Companion coûtent près de 8500 €, sauf qu’évidemment, les tarifs vont évoluer. Avec l’évolution de la réalité virtuelle – Facebook et tant d’autres acteurs font régulièrement part de leurs recherches sur le sujet –, les robots sexuels auraient donc un bel avenir. 

 

Pour Barber, « il est possible que nous soyons tellement occupés dans nos vies, si impliqués dans notre parcours technologique, que l’idée de s’engager dans une expérience de sexe à distance, et celle d’un robot sexuel puisse faire partie d’un processus naturel dans notre cycle évolutif ». (via AFR)

 

Mais attention : il ne s’agit pas de remplacer l’un par l’autre, le sexe à l’ancienne, par celui avec une machine. « Je pense que, ce qui arrivera, c’est que ces relations [avec un robot] rendront celles authentiques plus précieuses et excitantes. » 

 

Mieux : selon certains observateurs, comme Kate Devlin, experte informatique chez Goldsmiths, à l’université de Londres, les robots auraient des fonctionnalités sexuelles d’apprentissage. Elle envisage même qu’ils puissent être conçus pour découvrir les préférences sexuelles de leur partenaire, afin d’en améliorer les compétences. 

 

Robots, algorithmes et relations amoureuses...

 

Cela n’arrivera pas demain : on se souvient que le scientifique Noel Sharkey, ancien conseiller auprès de l’ONU, avait appelé les gouvernements, en juin dernier, à empêcher le développement de cette industrie du robot sexuel. Utopie ? Probablement : Google n’a pas encore son sexrobotoy, mais a présenté en mai dernier, une Intelligence artificielle, à même d’écrire des romans d’amour

 

Andrew Dai, ingénieur chez Google, expliquait alors que son IA pourrait tout à fait être en mesure de tomber amoureuse, à force d’écrire ces histoires. Un processus d’identification qu’il rapprochait de l’histoire d’amour entre le scuplteur grec Pygmalion et sa statue d’ivoire, Galatée : « Si vous pouvez tomber amoureux d’une statue, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas tomber amoureux d’un réseau neuronal reposant sur des histoires d’amour. »

 

La réflexion est des plus intéressante, puisqu’elle nous renvoie à ce que peuvent être... l’humanité, et les comportements humains. Serge Abiteboul et Gilles Dowek feront paraître aux Éditions du Pommier Le temps des algorithmes, en janvier 2017. L’un de leurs chapitres évoque justement le sujet, avec précision : Un algorithme peut-il être amoureux ?

 

« Des êtres humains s’attachent tous les jours à des animaux domestiques, à des doudous, à des œuvres d’art et parfois à des voitures. Pourquoi ne s’attacheraient-ils pas à des ordinateurs ou des algorithmes ? » Et d’invoquer la définition d’Alan Turing concernant l’intelligence, et son caractère phénoménologique.

 

« Elle soulignait [...] l’inanité de la question de savoir si un algorithme est réellement intelligent ou s’il fait semblant. [...] Un algorithme qui se comporte comme s’il était intelligent est intelligent. Un robot qui se comporte comme s’il avait froid a froid. Un algorithme qui se comporte comme s’il était amoureux est amoureux. »

 

Et en attendant de savoir si ces robots sexuels envahiront notre quotidien, comme les ebooks ont pu le faire, on pourra se reporter à la lecture de cet excellent ouvrage... en papier.