Les start-up à Francfort : Chaï, créer un compagnon audio pour le livre imprimé

Antoine Oury - 13.10.2017

Lecture numérique - Applications - Chai livre audio - Foire Livre Francfort 2017 - Chai application


Créée en 2016, mais pas encore lancée commercialement, la société Chaï se présente aux éditeurs avec un concept alléchant : proposer une version audio en complément de n'importe quel livre imprimé de leur catalogue. Comment ? Avec une intelligence artificielle et une voix de synthèse améliorée qui promet une version audio à laquelle le lecteur pourra accéder moyennant un petit supplément. La start-up s'adresse au catalogue de livres non-fiction, en insistant sur le fonds et la longue traîne.




 

En Allemagne et aux États-Unis, notamment, le livre audio fait partie des segments du livre qui font preuve de la plus forte croissance. En France, l'emballement est moindre, mais les éditeurs — et certains acteurs comme Amazon — investissent massivement dans le secteur en produisant leurs propres livres audio. « Un livre audio coûte cher à produire, et coûte cher à acheter, c'est peut-être cela qui freine aussi son développement alors que la croissance du podcast, du streaming et des téléchargements en musique reste très forte », explique Alexis Botaya, cofondateur de Chaï.

Avec Jean-Philippe Marie de Chastenay, il a fondé Chaï mi-2016, qui réunit désormais 5 personnes dont deux développeurs. « L'idée nous est venue, car nous sommes de grands lecteurs, très attachés à l'imprimé. Pour nous, le digital n'est pas un remplaçant du papier mais il apporte une valeur supplémentaire. » C'est à partir de ce constat qu'ils ont imaginé Chaï, une application centrée sur le livre audio qui propose au lecteur d'un livre papier de passer à la version audio quand il le souhaite, pour continuer sa « lecture » pendant son footing, sa marche, dans sa voiture ou dans les transports en commun.

La particularité de Chaï est qu'elle nécessite la version imprimée d'un livre pour pouvoir être utilisée : le lecteur va « flasher » le code-barre du livre d'un éditeur participant pour accéder à la version audio. « Il pourra alors écouter une partie du livre, l'équivalent de quelques milliers de mots, avant que l'application ne lui propose d'accéder à la suite de l'ouvrage moyennant une moindre somme. » Et une seconde opération de vérification pour s'assurer qu'il a bien le livre imprimé en main — qu'il ait été acheté ou emprunté en bibliothèque —, qu'Alexis Botaya préfère garder secrète pour le moment.

Une fois ce paiement et les vérifications effectués, le lecteur aura accès à la suite du livre, qui est en fait lu par une voix de synthèse améliorée par Chai : « Nous avons mis au point une intelligence artificielle capable de déchiffrer un livre à partir d'un fichier XML fourni par l'éditeur, qui sera ensuite lu par une voix de synthèse. Grâce au machine learning, cette intelligence artificielle améliorera la voix et sa prononciation au fur et à mesure du traitement des données. Plus on la corrige, plus elle apprend », détaille Alexis Botaya.
 

La mobilité pour le lecteur, des revenus supplémentaires pour l'éditeur


Évidemment, la société a pris soin de choisir des voix de synthèse parmi les plus fluides, pour que la lecture ne soit pas trop saccadée ou robotique. D'après l'aperçu que nous avons pu en avoir, le résultat est plutôt satisfaisant. « Nous avons testé l'application sur un panel de 330 personnes, et le taux de satisfaction a été particulièrement bon pour les ouvrages de non-fiction, sur lesquels Chai se concentre avant tout. La fiction, c'est le domaine de l'émotion, la non-fiction, celui de l'information et des savoirs et c'est là où nous allons. »

Qui plus est, la non-fiction n'est pas encore investie par les éditeurs, à l'exception de domaines bien précis comme le développement personnel. « Un audiobook coûte cher à produire, il faut donc le rentabiliser : les éditeurs se tournent logiquement vers des best-sellers. Nous n'allons pas faire de la concurrence à ces titres avec une voix de synthèse, nous allons plutôt adresser toute la longue traîne des livres de non-fiction qui, de toute façon, n'auraient jamais eu de versions audio, car elles ne sont pas considérées comme suffisamment rentables. »

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Chai promet un coût zéro pour l'éditeur, mais des revenus supplémentaires à l'arrivée : « Le lecteur pourra acheter sa version audio du livre à l'unité ou par paquet de 5 ou 10 crédits, avec un tarif dégressif. Ce que nous dégagerons de cette vente aux utilisateurs, après le versement de la part aux app stores, sera partagé à 50/50 avec les éditeurs », précise Alexis Botaya. Ayant bénéficié du soutien du CNL, l'application a dès l'origine pris en compte la rémunération des auteurs, et s'est assurée que la somme versée à l'éditeur permettra de verser un pourcentage à ces derniers.

Aucun téléchargement de fichier n'intervient dans le processus, et seules les 5 dernières pages et les 5 suivantes sont téléchargées, de manière cryptée, sur le téléphone, afin de faciliter l'écoute et d'éviter les coupures. « De toute façon, le fichier du lecteur reste sa version imprimée du livre, qui est indispensable à Chaï », explique Alexis Botaya, qui vante aussi l'intérêt de l'application pour l'accessibilité aux livres pour les personnes empêchées.

Déjà disponible sur Android et en cours de validation sur le store d'Apple, Chaï n'est pas encore opérationnelle sur un plan commercial, mais des éditeurs français et allemands sont déjà intéressés, assure le cofondateur. Le lancement est prévu pour la fin du premier trimestre 2018, et les premiers partenaires éditeurs seront annoncés du CES de Las Vegas, en janvier 2018.


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