Les start-up à Francfort : Wakatoon, et le livre de coloriages s'anime

Antoine Oury - 10.10.2017

Lecture numérique - Applications - Wakatoon - Wakatoon Pierrick Chabi - Wakatoon coloriages


Si les livres de coloriage ont eu la cote auprès des adultes pendant un moment, les plus jeunes restent un public cible à convaincre et à captiver, alors l’offre de divertissement par les écrans est pléthorique. La société Wakatoon, créée fin 2014 par Pierrick Chabi, a mis au point un système qui utilise la technologie « pour éloigner les enfants des écrans » en leur proposant d’animer facilement leurs coloriages.

 



 

Lancée grâce à une campagne de crowdfunding réussie à la fin de l’année 2014, Wakatoon s’appuie aujourd’hui sur une équipe d’une dizaine de personnes pour produire les livres que les enfants colorieront et animeront simplement — même pas besoin des parents, à la limite. Ingénieur en intelligence artificielle à l’origine, Pierrick Chabi et son équipe ont mis au point une application iOS et Android qui permet, une fois les dessins coloriés pris en photo, d’animer les planches pour raconter une histoire.

 

« Nous travaillons avec des auteures comme Marguerite Abouet, Chloé du Colombier, Cat Blancard, Céline Monchoux, Géraldine Bellanger-Robert ou Christel Desmoinaux, ce qui nous permet de proposer un véritable livre pour la jeunesse, et pas seulement un livre de coloriage. D’ailleurs, il est possible de “wakatooner” avec d’autres techniques graphiques, comme le collage, la photographie, le tissu ou la pâte à modeler » souligne Pierrick Chabi.

En deux ans, la société a atteint l’équilibre financier et découvert le monde de la littérature jeunesse. « Par exemple, nous nous sommes rendu compte que nos auteures nous proposaient surtout des histoires avec des garçons, parce que l’édition jeunesse demande ce genre de personnage à cause de l’idée que les garçons ne s’identifient qu’à des garçons quand les filles peuvent s’identifier à tous les personnages. Nous avons voulu changer cela, en nous rendant compte de la responsabilité que nous avions, étant donné l’engagement que suscite Wakatoon. »


Plus loin des écrans

 

Avec 30 secondes de dessin animé par planche, soit 4 minutes environ par album, Wakatoon permet « d’éloigner l’enfant de l’écran » assure Pierrick Chabi : la phase de « coloriage » lui laisse le temps de se forger sa propre histoire avant de visionner le dessin animé, « qui n’est qu’une version possible ». Cet aspect très captivant des albums proposés par Wakatoon a séduit un éditeur « traditionnel », Bordas, qui a intégré la technologie dans un de ses livres de la collection « Les livres-ardoises » avec Mes premiers dessins animés, publié début avril à 20.000 exemplaires. « Nous avons rencontré Bordas en 2015 à Futur en Seine, et c’est l’un des rares éditeurs à accepter de modifier ses habitudes en matière de contrat : nous avons ainsi fait appel à notre auteure Céline Monchoux, qui a signé les textes et les drafts des illustrations, et Bordas a ensuite fait appel à ses illustrateurs. Nous assurons aussi la gestion de la technologie, et son suivi », explique Pierrick Chabi.

 

Le ministère de l’Éducation nationale s’est aussi laissé convaincre, et a financé pour moitié la création d’une application, Wakatoon Studio, accessible en partie aux particuliers et en intégralité aux enseignants, avec leur email académique. Reposant sur le même système que l’application d’origine, Wakatoon Studio y ajoute la possibilité de doubler les voix et d’agencer à sa convenance l’histoire racontée. Pour l’instant, Hansel et Gretel, Une fantaisie du Docteur Ox de Jules Verne, un conte béninois et trois autres histoires sont disponibles pour les enseignants. Les images, qui se téléchargent au format PDF, « permettent aux enseignants de mettre en place des activités individuelles ou collectives, en imprimant au format poster, par exemple. La customisation peut aller très loin : nous avons déjà vu des créations où les personnages étaient remplacés par des photos des élèves, ou du directeur », s’amuse Pierrick Chabi.

 

Ce système qui s’appuie sur des PDF plutôt que des livres imprimés permet à la société d’atteindre plus facilement de potentiels clients : « Il faut acheter le livre ou payer 3,99 € dans l’application pour débloquer les animations : nous n’avons donc aucun inconvénient à envoyer les ouvrages en PDF ou à renvoyer certaines pages, puisque l’achat a déjà été effectué », souligne Pierrick Chabi. Si Wakatoon distribue encore en direct aux libraires, bibliothèques et écoles, mais bénéficie également de la diffusion Dilicom, ce mode de fonctionnement permet d’aller sur d’autres marchés, notamment à l’étranger. Trois histoires du catalogue ont d’ailleurs déjà été traduites en anglais.




 

Sur ce terrain, Wakatoon aura une belle carte à jouer en novembre avec la publication d’une histoire de la série Monsieur Madame wakatoonable : « Cette histoire sera sans texte, donc internationale de facto, et sera proposée en PDF dans le monde entier. Le groupe Sanrio, également propriétaire de Hello Kitty, nous a fait confiance, d’autant plus que notre technologie pourra être utilisée par leurs partenaires annonceurs qui utilisent les personnages dans leurs campagnes publicitaires. »
 

Stimuler plusieurs pans de la créativité pour les enfants


En effet, Wakatoon, par l’engagement qu’il suscite auprès des plus jeunes, séduit aussi le monde de la publicité. Au Salon de l’automobile de Francfort, un écran géant avait ainsi été installé pour que les enfants puissent suivre des yeux la voiture qu’ils venaient de mettre en couleurs. L’Atelier Renault, sur les Champts-Elysées, a aussi accueilli le dispositif. « C’est grâce au BtoB que nous finançons nos albums destinés au grand public, mais nous faisons attention au message diffusé par l’annonceur, et nous restons attachés à nos valeurs de diversité et d’égalité », assure le fondateur de Wakatoon.

 

L’intérêt pédagogique de Wakatoon reste aussi très prisé des institutions et sociétés : la SNCF distribue, jusqu’à l’été 2018, des planches à colorier et animer dans ses trains Intercités pour sensibiliser à la bienséance à bord, tandis que la Cité des Sciences et de l’Industrie a installé trois ateliers autour de Wakatoon à destination des groupes scolaires, des jeunes en centres de loisirs et des visiteurs de l’exposition « Il était une fois la science des contes », du 24 octobre au vendredi 3 novembre 2017. Enfin, pendant les vacances de la Toussaint, une animation Wakatoon sera installée au Futuroscope, au sein du pavillon Futur l'Expo, dont un des objectifs est de montrer comment les innovations technologies permettent de favoriser la créativité en famille.

 

Avec des discussions en cours en Espagne, au Portugal, au Canada, en Suisse, en Chine ou en Corée, Wakatoon profitera de la Foire du Livre de Francfort pour « nous faire connaître auprès des décideurs allemands et des Français, aussi — on a toujours plus d’impact avec les Français à l’étranger qu’en France ! » Côté recherche et développement, Wakatoon travaille sur une version plus poussée de son application, « même si les développements, notamment du côté du dessin libre, demandent énormément de fonds et de temps ».

En attendant, en se présentant comme une alternative aux livres-CD et comme l’avenir du livre d’activités et de coloriages, Wakatoon entend bien animer ce marché historique et très apprécié des enfants comme des parents.

 

Foire du livre de Franfort
 

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