LinkedIn, complice du piratage d'ebooks avec SlideShare

Clément Solym - 29.01.2020

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Comment passe-t-on d’un réseau social pour professionnel, à une vaste entreprise de piratage? Simplement en rachetant une solution de stockage en ligne. Le cas s’est présenté quand LinkedIn a mis à la main, en mai 2012, sur SlideShare (119 millions $ en numéraire et actions). Et depuis…




 

Nick Kolakowski, auteur d’une grosse poignée de romans, en fait le constat désabusé, et agacé. Depuis 14 ans, SlideShare permet aux professionnels d’héberger des présentations, infographies et autres documents très sérieux. Or, il n’a pas fallu beaucoup de temps pour que les pirates se servent de l’interface proposée pour diffuser des œuvres contrefaites.
 

Le réseau pro de confiance


Preuves à l’appui, des dizaines de versions de Becoming de Michelle Obama apparaissent dans les résultats de recherche sur LinkedIn – toutes des documents proposés via SlideShare. Rageant.


Le plus embarrassant de cette histoire reste que le réseau pro a une marque forte, apportant une certaine garantie de confiance. Tout le monde ne pratique pas les sites de direct download ni les plateformes Torrent — où l’offre est souvent richement alimentée. Mais le seul logo de l’entreprise suffit à rassurer : on sait où l’on met les pieds.

D’autant plus que Microsoft a racheté LinkedIn en juin 2016, un nouveau gage de confiance pour les utilisateurs — ou d’inquiétudes quant à ce qui pourra être fait de leurs données. Ou des éléments qu’ils téléchargent.


Malgré lui devenu un vaste entrepôt de stockage pour ebooks diffusés illégalement, ce trio Microsoft-LinkedIn-SlideShare dispose d’une offre considérable : manuels scolaires, ouvrages d’éditeurs indépendants, best-sellers. L’édition francophone semble quelque peu épargnée : après plusieurs recherches autour de romans d’auteurs français, les résultats sont moins probants que pour leurs homologues anglo-saxons.


On y retrouve cependant des versions (intégrales, Gallimard va adorer...) du Petit Prince, sans trop de difficulté, aux côtés de quelques arnaques jurant qu’une caverne d’Ali Baba d’ebooks attend les utilisateurs. Ces derniers auront à présenter une carte bleue pour ce faire… sans aucune garantie. (à lire impérativement ici pour éviter les mauvaises surprises)



 

Solutions proactives ? Non, toujours pas


LinkedIn s’en défend toutefois : l’entreprise jure avoir mis en place une combinaison « de mesures techniques et humaines pour détecter les contenus qui entreraient en conflit avec nos conditions d’utilisation ». Quand ces derniers sont détectés, des mesures sont prises.
 

« Nous encourageons tous les membres à nous signaler le moindre contenu qu’ils trouveraient douteux, y compris celui protégé potentiellement par le copyright », poursuit un porte-parole. « Nos équipes travaillent rapidement, on pourra traiter chaque signalement de violation du droit d’auteur, afin d’aider SlideShare à demeurer un site où les droits de la propriété intellectuelle des ayants droit sont respectés. »


Et où l’on partage des éléments en toute sécurité, sans contrevenir ni aux uns ni aux autres. Problème : si une œuvre illégalement diffusée est signalée et supprimée, rien n’assure, bien au contraire, qu’elle ne puisse pas être repartagée par la suite. Ce constat, Kolakowski l’a effectué en revenant plusieurs mois après ses premiers pas dans le monde de pirates de SlideShare : mêmes causes, mêmes conséquences…
 

 

Un monde de données brutes


Entre janvier et juin 2019, 116.164 signalements ont permis à la plateforme de supprimer 116.127 documents illégaux. Seuls 34 faisaient l’objet d’un faux positif, assure LinkedIn. Mais trancher une tête à l’hydre n’empêche en rien qu’une autre repousse : il faut brûler…



pixabay licence

 

Par ailleurs, pointer spécifiquement LinkedIn ici revient surtout à s’étonner que le piratage d’ebooks puisse se déployer sur un outil professionnel. Le problème est de toute manière identique sur Facebook ou d’autres plateformes : les géants des technologies n’ont pas encore déniché la solution proactive idéale pour lutter avec efficacité.

ActuaLitté avait d'ailleurs démontré dans une enquête que des solutions françaises comme Calameo n'avait rien à envier en la matière : on y retrouve à foison des oeuvres contrefaites. Et comble du comble, les maisons d'édition continuent de se servir de la plateforme pour diffuser des extraits de leurs oeuvres... 

Le machine learning offrira peut-être des palliatifs dans quelque temps — avant d’être contourné, certainement peu après…


Le partage non marchand, toujours en question, les bibliothèques, solution tout de même avantageuse et qui ne prive personne : les réponses existent. Encore faut-il avoir envie de les trouver…




Commentaires
Point de détail : "On y retrouve cependant des versions (intégrales, Gallimard va adorer...) du Petit Prince,"

Je ne sais pas si Gallimard va adorer, vu que Saint-Exupéry est dans le domaine public depuis 2015... sauf en France. Donc ce n'est pas si simple (La plateforme est-elle censée s'aligner sur la France ou sur le reste du monde ?)

(D'autant moins simple que les personnages du Petit Prince sont protégées individuellement en tant que marque... Source : https://next.liberation.fr/culture/2015/06/03/pourquoi-saint-exupery-est-il-tombe-dans-le-domaine-public-partout-sauf-en-france_1322085 )
Exactement : l'oeuvre relève du domaine public dans bien des pays. Mais certaines plateformes empêchent les internautes de télécharger (restrictions géographiques), s'ils sont en France, les oeuvres de Saint-Ex. Logiquement, elles sont tenues de ne pas permettre la contrefaçon. Maintenant, c'est très bien sous-entendu dans l'article : cela leur permet de prendre une plus grande place, d'occuper l'espace web, en laissant les uns et les autres mettre à disposition des oeuvres illégalement. Un certain Scribd s'était fait une religion de cela. J'ignorais que Calameo le pratiquait aussi – mais après tout pourquoi se priver ?

Après vérification, il ne s'en trouve plus aussi facilement que le disait l'article en 2017. Mais les piqûres de rappel ne font jamais de mal, si ?
Et bien Gallimard ferait mieux de chercher et publier de nouveaux talents. Ce pauvre Antoine étant disparu depuis bien assez longtemps pour que son livre puisse être diffuser gratuitement en version électronique ! Evidemment pas en payant, si le site fait payer ça : qu'on les attaaaaaaque !!! Le droit d'auteur ok, mais pour l'auteur.
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