Lire sur support papier, meilleur pour la compréhension des textes ?

Louis Mallié - 15.08.2014

Lecture numérique - Usages - Anne Mangen - Science - Compréhension


On le sait déjà : lire est bon pour la santé. Mais voilà à présent un argument supplémentaire pour les défenseurs à tout prix du livre papier. En effet, selon plusieurs études menées par des scientifiques norvégiens et canadiens, la lecture d'un texte papier engendrerait une compréhension à la fois plus durable et complète que la lecture d'un texte en version numérique. Bien évidemment, cela ne signifierait pas que la compréhension d'un texte est nulle sur un écran, mais seulement que celle-ci demeure plus superficielle, et moins durable. 

 

 

Kindle 3

Zhao ! CC BY 2.0

 

 

Selon le site ScienceNordic, de même qu'un clic suffit pour faire disparaître une page sur un ordinateur, ce qu'on lit sur un écran s'efface plus vite de notre mémoire. En revanche, les écrans seraient plus efficaces lorsqu'il s'agit de lire rapidement. Ce sont les conclusions d'une première étude menée par Anne Mangen, et ses collègues du Centre de lecture de l'Université de Stavanger. 

 

Pour réaliser l'étude, les universitaires ont aléatoirement divisé en deux groupes 72 élèves de seconde. Deux types de textes étaient distribués : une fiction, et un autre, factuel. L'un des deux groupes avait les textes en format PDF, et lisait sur un écran d'ordinateur. Les compétences individuelles et le vocabulaire des élèves avaient été préalablement évalués, afin de parer aux éventuelles variations dues à ce genre de facteur. Les élèves devaient ensuite répondre à un questionnaire afin de rendre compte de leur compréhension du texte. 

 

Les résultats de l'étude ont clairement montré que la compréhension des textes est plus développée chez les élèves ayant lu les versions papier. Les scientifiques en ont conclu qu'une telle différence s'expliquait par l'aspect matériel du texte papier, contrairement à celui qui s'affiche sur un écran. Sentir la texture, l'odeur, l'épaisseur, voir le début et la fin du texte en feuilletant les pages... Autant d'éléments qui permettraient d'établir une « carte mentale du texte », préludant à sa compréhension. 

 

De précédentes recherches avaient montré que plus le texte est long, plus la carte mentale est importante. Or, cette expérience serait quasiment absente lors de la lecture sur écran, seulement une ou deux pages pouvant être lues à la fois. Et même si une simple pression ou un léger mouvement de main permet de passer d'une partie à l'autre du texte sur les tablettes, les doigts ne font que toucher un écran - et non une texture plus stimulante. 

 

 

Ebook entre libros de papel

Maria Elena, CC BY 2.0

 

 

En outre, une seconde étude conduite par Anne Mangen et des chercheurs canadiens montrerait qu'une personne lisant une version papier est plus émergée dans la trame qu'une personne lisant sur tablette. En somme, l'étude ramène, selon Science Nordic, à l'idée que corps et esprit sont liés… Et c'est ainsi que les perceptions du papier stimuleraient la compréhension des textes s'apprêtant à être lus. 

 

Selon Anne Mangen, c'est en ce sens que les technologies doivent s'orienter vers les stimulations physiques, et particulièrement, pour la lecture, en nous invitant à utiliser nos doigts et nos mains - dans le but d'élargir les performances de l'esprit. En étendant le raisonnement, l'idée n'apparaît pas si lointaine des nombreuses innovations déjà faites dans les domaines du jeu vidéo pour tenter de rapprocher le joueur au maximum des sensations …. On pense notamment à l'Eyetoy développé par Sony en 2003 ou, naturellement, aux fameuses interfaces de la Wii. 

 

Pour les chercheurs, la divergence de réussite pourrait être dûe aux deux manières distinctes de progresser au fil de l'ouvrage. Sur format papier, le texte est fixement inscrit sur sa page, et c'est le lecteur qui tourne ces dernières. En revanche sur le Kindle ce sont les mots qui défilent à l'écran quand le lecteur n'a pas pas de pages à tourner physiquement. Ce serait alors, selon eux, le déploiement graduel du papier qui pourrait offrir davantage de contenance à la progression de la lecture et au déroulement du récit.

 

Anne Mangen, actuellement spécialisée dans cette thématique de recherche, a encore fait référence à une autre étude censée mettre en relief les divergences de compréhension entre deux groupes d'élèves norvégiens, l'un sur papier et l'autre sur fichier numérique de type PDF. Cette fois encore, qui remonte à l'année dernière, les lecteurs du support papier avaient obtenu de meilleurs résultats de compréhension que les adeptes du format dématérialisé. Simple coïncidence ? 

  

Il semblerait légitime d'objecter sur quelques points : faire défiler un texte sur un écran ne se rapproche-t-il pas du processus consistant à feuilleter un livre avant de le lire ? Les facilités des élèves à lire sur les versions papier ne viennent-elles pas aussi de l'habitude ? Un élève ayant appris à lire sur tablette verrait-il aussi sa compréhension réduite ? 

 

Quoi qu'il en soit, les chercheurs entendent dorénavant découvrir plus précisément en quelle mesure le contact avec le livre affecte l'expérience de lecture. Mais c'est sans attendre des conclusions et avancées plus précises qu'Anne Mangen conseille aux professeurs de se débarrasser des livres papier pour les livres numériques, sans y réfléchir à deux fois.