Littérature jeunesse et numérique : de l'art du dosage

Association Effervescence - 12.04.2016

Lecture numérique - Usages - littérature jeunesse numérique  - parents enfants - lecture écran maîtrise


Chaque semaine, ActuaLitté et l’association Effervescence, réunissant les étudiants et anciens élèves du master Édition et Audiovisuel de Paris-Sorbonne, vous donnent rendez-vous. Retrouvez dans les colonnes de notre magazine une chronique réalisée par les étudiants de la formation, mettant en lumière les nouvelles problématiques liées au numérique dans le monde de l’édition. Cette semaine, le numérique et la littérature jeunesse.

 

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Brad Flickinger, CC BY 2.0

 

 

Le digital ouvre radicalement les possibilités de présentation du texte écrit. Vidéos, musiques, contenus interactifs s’invitent dans le livre, jusqu’à se rapprocher parfois d’applications à la visée explicitement ludique. Cette tendance se retrouve principalement dans l’édition jeunesse : la littérature pour enfants est en effet censée souffrir d’un désamour des écoliers pour la lecture, cette dernière étant concurrencée par les jeux vidéo, plus attractifs.

 

Ajouter du ludique dans les les livres numériques leur étant destiné devrait ainsi leur permettre de trouver leur place plus facilement dans les pratiques des enfants.

 

Toutefois, on peut se demander si ce mélange ne risque pas de produire des objets bâtards, ne satisfaisant ni les enfants « lecteurs », frustrés de devoir jouer pour atteindre l’histoire, ni les enfants « joueurs », qui sauteraient simplement les passages de texte pour poursuivre leur aventure. Avec le numérique, il faut parfois chercher le texte en touchant partout. Les enrichissements devraient être pensés pour servir le texte et non pour distraire de ce dernier.

 

Ainsi, dans la version numérique du magazine J’aime lire, on peut appuyer sur un bouton pour écouter le texte : une fonctionnalité probablement ajoutée pour permettre aux enfants de lire plus facilement grâce à un soutien audio, mais qui peut les détourner du texte écrit en leur laissant la possibilité d’écouter simplement l’histoire qu’ils souhaitent.

 

Les possibilités ouvertes par le numérique devraient être non des fins en soi, mais des moyens pour servir la lecture, quitte à faire le choix de la sobriété lorsqu’un texte ne justifie pas l’apport d’enrichissements particuliers. Un projet dont le cœur est rendu possible par des solutions informatiques n’a ainsi pas besoin d’avoir des abords clinquants : c’est par exemple le cas de Rêve aux Lettres, qui a pour objectif de trouver de nouveaux moyens de donner envie de lire et d’écrire aux enfants, en instaurant une correspondance avec eux.

 

Les lecteurs reçoivent des lettres chez eux, et prennent leur plume pour y répondre en interagissant avec des personnages de l’histoire.

 

En apparence, ce projet, qui se base sur de vraies lettres, avec beaucoup de texte, n’a rien de numérique : pourtant, c’est un logiciel qui le rend possible et économiquement viable. Il est en effet capable de sortir automatiquement des lettres personnalisées. Ainsi, quand l’enfant choisit un personnage pour l’accompagner dans l’histoire, tout le texte se réadapte en fonction de cela. Cela permet de dupliquer le processus à grande échelle.

 

Il est à espérer que les projets qui fleuriront dans les prochaines années sauront résister à la tentation d’hypnotiser l’enfant pour attirer son attention, et que les innovations numériques en matière de littérature jeunesse sauront se faire mesurées et réfléchies.

 

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À mardi prochain  !