Livre numérique : du texte linéaire au flux d'informations

Antoine Oury - 25.04.2013

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L'émergence, et désormais la popularisation, du livre numérique soulèvent de nombreuses interrogations quant à la santé de l'industrie du livre, mais également vis-à-vis du devenir de l'auteur et de l'oeuvre. Un article du Guardian fait le point sur les motifs d'anxiété qui parcourent actuellement le monde du livre. Faut-il pour autant sonner le tocsin et s'enfermer à la cave avec sa bibliothèque ?

 


Psychedelic Skittles

Chris Halderman, CC BY-ND 2.0

 

 

L'arrivée des ebooks d'occasion, et surtout le dépôt d'un brevet sur la revente de ses derniers par le géant Amazon, a suscité un nouvel émoi dans le milieu littéraire. Pas forcément à tort, les ayants droit et les auteurs ont dénoncé un moyen, pour les opérateurs, de faire de l'argent sur leur dos. Dans le détail, ce brevet précise : « [Q]uand un utilisateur ne veut plus utiliser le droit d'accéder au contenu déjà utilisé, il peut transférer ce contenu dans la bibliothèque d'un autre utilisateur quand cela est possible, le contenu étant supprimé de sa propre bibliothèque. »

 

Effectivement, aucun mot sur l'auteur ou l'ayant droit : d'un autre côté, la situation n'est pas bien différente que dans le cas d'un livre papier acheté d'occasion, la recherche (et l'indisponibilité du titre en occaz') en moins. La mort de l'auteur ? Si c'est Amazon qui donne raison à Roland Barthes, on comprend que certains s'inquiètent.

 

Toutefois, une rapide observation de l'évolution de la musique, notamment électronique, des dernières années renseigne sur ce que la dissolution de l'auteur pourrait donner. Le turntablism, ou platinisme en français (beurk), est né en même temps que la décennie 90 : il consacre une nouvelle catégorie d'auteurs, qui récupèrent à droite et à gauche des samples, des breaks, en somme des morceaux de chansons ou d'instrumentaux pour constituer de nouvelles oeuvres, souvent largement partagées sur les nouveaux réseaux de communication. 

 

 

 

 

Cette dissolution du statut de l'auteur, et la disparition de la croyance en une originalité pleine et première, peut toutefois conduire, indirectement, au statut traditionnel de l'auteur : si la plupart des turntablists utilisent des pseudonymes et cultivent l'anonymat, cela ne les a pas empêchés de rencontrer un public et parfois le succès, parce que... le tout est supérieur à la somme des parties. L'oeuvre est pleine et entière, originale à l'arrivée.

 

Alors certes, l'intégrité de l'oeuvre littéraire semble bien plus ancrée dans les mentalités que celle des morceaux musicaux, en témoigne les quelques mots d'Angus Phillips, directeur de l'Oxford International Centre for Publishing Studies : « Avec le Web, on a l'impression qu'on peut écrire quelque chose et le publier, et puis que les gens peuvent ensuite le modifier. L'un des avantages du livre, c'est qu'il est permanent. »

 

Mais le support numérique a déjà modifié la propre perception de l'auteur sur son oeuvre : Bernard Werber, lors du Salon du Livre de Paris, assurait ainsi que la modification de son texte par ses lecteurs, et la circulation libre des nouvelles oeuvres créées ne le dérangeait pas, tant que l'original était clairement identifié et cité par les auteurs du « remix »...