Autour des ebooks, se profile un nouveau conflit

Clément Solym - 07.08.2015

Lecture numérique - Acteurs numériques - ebooks papier - Amazon vente - auteurs revenus


Kristine Kathryn Rusch est romancière, adepte des pseudonymes, mais également éditrice, avec un regard assez clair sur l’édition. Dans son dernier billet, elle passe en revue ce qui ressemble à une guerre tarifaire. Et c’est un détail, presque anecdotique, qui l’a poussée à scruter le panorama : elle avait acheté un livre grand format moins cher que sa version numérique... Étrange. 

 

Présentoir Kindle Fire chez Virgin

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

 

Le livre de Sara Paretsky semble avoir été le déclencheur de ces réflexions : Brush Back, proposé par l’éditeur à 27,95 $ n’a évidemment jamais été commercialisé chez Amazon pour ce prix en version hardcover. En réalité, l’ouvrage est rapidement présenté à 17,95 $. Kristine le précommande, et, au moment de son achat, se le procure pour 13 $, alors que la version Kindle était à 13,99 $.

 

Une différence minime, dirait-on, mais qui la pousse à chercher sur les autres sites de libraires. Elle se reconnecte quelques jours plus tard, et découvre la version Kindle à 11,64 $ et le hardback à 13,37. Chez Barnes & Noble, le hardback est à 16,83 $ et la version Nookbook, proposée à 11,84 $. 

 

On sait que, suite au procès pour entente porté contre Apple, les éditeurs ont dû réviser leur politique contractuelle. Ces derniers avaient opté pour un contrat d’agence, suggéré par Apple, mais considéré comme une violation des lois antitrust. Contraints de supprimer ces accords, les groupes américains ont vécu deux années douloureuses, où les revendeurs ont pu fixer le prix de vente qui leur faisait plaisir. 

 

Et voilà que, depuis plus d’un an, les négociations ont repris : Hachette Book Group et Amazon ont eu du mal à s’entendre, mais, finalement, un contrat d’agence revu et corrigé s’est imposé. Par ce dernier, et comme c’était le cas avec le précédent, l’éditeur fixe le prix de vente de ses livres numériques. 

 

D'un magasin à l'autre, des tarifs... significatifs ?

 

Ainsi, les observations que formule Kristine Rusch tendraient à ce que la guerre des prix ne s’établit pas simplement entre Amazon et les éditeurs, mais entre Amazon et la chaîne de librairies Barnes & Noble. 

 

Prenons l’exemple de Go Set a Watchman, proposé à 13,99 $ en ebook chez Barnes & Noble, et 14,23 $ chez Amazon. Pour The Crossing de Michael Connelly, qui sortira en novembre, 14,99 $ et 15,32 $ et son de bourse très semblable pour d’autres titres à venir, dont les tarifs semblent se rapprocher fortement, d’un vendeur à l’autre, pour les livres numériques. Alors que le prix des hardback varie volontiers de quelques dollars, selon les ouvrages. 

 

La question qui se pose serait : si les éditeurs font pression sur les revendeurs, par le contrat d’agence, pour obtenir que les titres soient vendus à un prix fixé, comment se comportent les revendeurs ? Amazon semblerait disposé à vendre moins cher la version papier, pour s’assurer que ses clients préfèrent l’imprimé au numérique. Et selon les observations de Kristine, que nous n’avons pu que partiellement vérifier, il semble que, plus le prix de l’ebook est élevé, plus la remise sur le papier est importante.  

 

Un sou est un sou, vraiment

 

Sortant sa calculatrice, l’auteure fait un point simple : les auteurs indépendants, pour un livre vendu entre 2,99 $ et 9,99 $ perçoit 70 % du prix de vente. Au-dessus, ou en deçà, il ne touche plus que 35 %. Or, les éditeurs, en retournant au contrat d’agence, se seraient fait imposer ce modèle par la société de Jeff Bezos, affirme Kristine. Petit souci, si cela est confirmé : 

  • pour un titre à 14,99, l’éditeur percevrait 5,25 $
  • pour un titre à 9,99 $, il aurait perçu 6,99 $ 

 

Cela semble invraisemblable. Mais pour Kristine, et après quelques autres opérations impliquant la remise pratiquée par l’éditeur, auprès du revendeur, elle en arrive à cette conclusion : « Je devine que la guerre des prix se poursuit. Et Amazon tente de forcer les éditeurs à revenir à un tarif de 9,99 $ par ebook. »

 

Et si Amazon revendeur ne parvient pas à obtenir que les ebooks soient commercialisés, volontairement, par les éditeurs, au tarif qu’il estime juste, alors il peut s’arranger pour que personne n’achète d’ebooks, devenus trop coûteux. Les auteurs n’y gagneraient pas plus, bien au contraire, quand bien même les versions hardback se vendraient un peu plus. 

 

On se demanderait presque pourquoi les auteurs et les libraires ont tant pesté contre Amazon, et réclamé au ministère de la Justice qu’il diligente une enquête pour abus de position dominante...