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Livres numériques dans les universités françaises : pourquoi ça coince ?

Antoine Oury - 14.03.2018

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L'Inspection Générale des Bibliothèques (IGB) s'est tournée en fin d'année 2017 vers l'offre numérique à destination des étudiants : boudés par ces derniers, les livres numériques sont surtout très difficiles d'accès pour les universités, pour commencer. Simples transcriptions du livre imprimé en fichiers, les ebooks n'entrent par ailleurs pas dans le champ des recommandations des enseignants, ce qui rend encore moins propice leur utilisation.


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(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 
 

C'est un constat que l'on aime partager, et qui semble parfois rassurer l'édition scientifique : les étudiants préfèrent le livre papier aux livres numériques. Mais peut-être cette tendance s'explique-t-elle en observant l'offre, et non seulement par l'inclination du lecteur. Le rapport d'Olivier Caudron, inspecteur général des bibliothèques, publié en octobre 2017 et remis à la ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, fournit en tout cas quelques pistes.

 

Les dépenses des universités françaises pour le livre numérique demeurent « modestes » remarque le rapport, malgré une hausse mesurée ces dernières années : il représenterait en 2015 4,2 % des dépenses d’acquisition des services communs de documentation. 

 

Du côté des facteurs qui expliqueraient ce manque d'intérêt pour le livre numérique dans les universités, l'Association des directeurs et personnels de direction des bibliothèques universitaires et de la documentation (ADBU) signale depuis quelque temps une offre insuffisante. En face, le Syndicat national de l'édition réplique que « l’offre n’est pas là, car il n’y a pas de demande ».

 

En attendant de résoudre cette affaire de poule et d'oeuf, les universités ont été invitées, à travers le consortium Couperin, à s'associer à l'expérimentation Prêt Numérique en Bibliothèque, ou PNB. « Plus d’un an après, cette invitation à expérimenter PNB n’a encore rencontré que peu d’écho et aucun établissement n’a essayé cette voie », constate le rapport de l'IGB.

 

En cause ? L'investissement nécessaire à la liaison entre le SIGB, logiciel permettant de gérer la bibliothèque, et le système de Dilicom pour PNB. « Ce connecteur spécifique existe désormais pour plusieurs SIGB utilisés en lecture publique ; son développement risque de ne pas être une priorité pour les fournisseurs des SIGB universitaires », craint l'IGB. Pour y remédier, une mutualisation de plusieurs établissements ou encore la création d'une autre plateforme, pour contourner le problème sont envisagées.
 

Un droit de prêt pour faciliter les usages ?

 

Outre cette plateforme d'accès générale, peu utilisée, les bibliothèques universitaires ont un large choix de plateformes d'éditeurs et de fournisseurs, comme les pionniers Cyberlibris ou Numilog. Mais ces offres sont trop dispersées, fonctionnent parfois avec un système de bouquets qui n'est pas adapté à la constitution d'un catalogue satisfaisant, ou ne sont pas assez durables pour convaincre.

 

L'usage des verrous numériques, ou DRM, ainsi que la chronodégradabilité des documents numériques (il devient impossible d'y accéder après un certain laps de temps) est dommageable, souligne l'IGB, qui indique que l'accès en streaming se prête aujourd'hui beaucoup plus aux usages universitaires. Qui plus est, celui-ci pourrait permettre un accès simultané à un ouvrage lors de « pics d'utilisation », avant un examen par exemple.

 

Devant la diversité des offres et de leurs conditions d'accès ou de rémunération, l'IGB constate : « En l’absence d’un régime de “droit de prêt” équivalent ou similaire à celui qui régit le prêt de livres imprimés, la licence légale en matière de livre numérique se traduit par ces modèles économiques très divers que constituent les licences d’usage établies par les fournisseurs, lesquels font payer les surcoûts directement par les établissements. » Un droit de prêt pour le numérique que réclament à la fois le consortium Couperin et les bibliothèques publiques...

 

Outre ces obstacles dans l'accès, le rapport note aussi la réticence des enseignants à proposer des contenus numériques, réticence qui s'atténuera peut-être avec les générations successives de professeurs... 

 

En guise de pratiques positives vis-à-vis du numérique dans l'enseignement supérieur, l'IGB cite la plateforme sup-numerique.gouv.fr, portail du numérique dans l’enseignement supérieur qui profite des nombreux apports des Universités numériques thématiques en matière de contenus. Le rapport salue également l'information des établissements et la formation qu'ils disposent aux étudiants et aux enseignants, condition première de l'accès et de l'exploitation des ressources numériques.

 

Le rapport complet est disponible ci-dessous ou à cette adresse.





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