Lutter contre le piratage fait augmenter les ventes d'ebooks

Nicolas Gary - 09.06.2014

Lecture numérique - Législation - notification retrait - livres numériques - promotion auteurs


Supprimer les liens illégaux de téléchargements peut avoir une incidence sur les ventes de livres numériques, indique une nouvelle étude. Dans le même temps, cette pratique n'aurait pas d'incidence sur les autres formats de livres et on y apprend également que, pour les auteurs moins connus, un peu de piratage ne ferait pas de mal. 



 

support piracy

philentropist, CC BY SA 2.0, sur Flickr

 

 

Pour faire respecter leurs droits, les titulaires ont la possibilité d'envoyer à Google des demandes de retrait, une méthode dont l'efficacité est régulièrement remise en cause. Il suffit de couper une tête à l'hydre de la contrefaçon, pour en voir repousser deux. Et pour une demande de suppression de lien, deux nouveaux liens apparaîtront. Or, des millions de notifications de retrait sont envoyés chaque semaine aux différents services en ligne. 

 

Dans son étude, Imke Reimers, chercheuse en économie au NBER, (National Bureau of Economic Research, organisme privé), affilié à l'université Northeastern, se consacre à cette question. EIle publie ainsi The Effect of Piracy Protection in Book Publishing, montrant manifestement que les ventes augmentent à mesure que les demandes de suppression de liens se multiplient. 

 

Pour arriver à cette conclusion, il a simplement observé les vents de certains ouvrages, avant et après les notifications de retrait. « Ce document est le premier à analyser empiriquement l'interaction entre le piratage en ligne et le marché légal du livre. Il montre que la protection contre le piratage augmente de manière significative les ventes unitaires légales, alors que l'effet sur le format physique n'est pas aussi évident », écrit-elle.

 

Et de conclure que les résultats affichent une hausse des ventes de 15,4 %. Mais qui dépend également de la renommée de l'auteur dont les oeuvres sont contrefaites, insiste Imke. « L'effet varie selon le niveau de popularité du livre. Pour les ouvrages d'auteurs populaires et très connus, le piratage constitue une menace pour les ventes classiques des livres, tandis que pour les auteurs qui se lancent, il est possible de tirer profit de ces plateformes. Mes résultats appuient cette idée, au moins pour les ebooks. »

 

Sollicitée par Torrent Freak, elle assure que le piratage en ligne a des vertus promotionnelles non négligeables. « Certains auteurs débutants offrent leurs livres, ou simplement des extraits, gratuitement sur leur site web, exactement pour promouvoir leur travail. Mes résultats montrent que cela pourrait être une démarche pertinente. »

 

La société Digimarc, qui a financé cette étude, propose évidemment des solutions de lutte contre le piratage. Et Chris Shepard, directeur des produits, considère que l'étude « confirme sérieusement notre idée que les stratégies antipiratage de Digimarc Guardian apportent un retour sur investissement, et une forte augmentation des ventes légales et des revenus ». Du côté du libraire RosettaBooks, qui a partagé ses données de vente, on est extatique : selon les conclusions, les ventes vont donc augmenter.

 

Ce qui n'est pas défini, c'est le nombre de notifications de retraits qui sont expédiées - et si elles se comptent en centaines, en milliers, ou en centaines de milliers. Parce que le coût d'un pareil service reste non négligeable, et qu'avant de rentrer dans ses frais, il pourrait se passer quelques ventes... Surtout que la chercheuse considère que ses conclusions pourraient être étendues à d'autres moyens de lutte contre la contrefaçon.