Lutter contre les revenus publicitaire de sites pirates, avec de la pub

Nicolas Gary - 02.04.2014

Lecture numérique - Usages - revenus publicitaires - réseau torrent - Londres


Pour couper court aux activités des sites pirates, la solution privilégiée par les autorités britanniques serait de dresser une liste noire à destination des annonceurs. La police de Londres a confirmé son intention de mettre en place un inventaire - pas vraiment à la Prévert - de ces sites de contrefaçon, l'Infringing Website List, en collaboration avec les industries culturelles concernées. Loin d'être un canular, l'approche est au contraire très sérieuse. 

 

 

 

 

La Police Intellectual Property Crime Unit a déjà fait parvenir sa liste aux différentes sociétés de communication publicitaire, les encourageant à faire attention aux endroits où s'affichent les bannières. Il est vrai que pour les sites pirates, les emplacements publicitaires peuvent générer un peu d'argent : on estimait récemment que 227 millions $ de recettes étaient brassés par les plus gros sites de contrefaçon. « Même les petits sites peuvent vous permettre de réaliser plus de 100.000 $ par an avec de la publicité », indiquait le rapport.

 

Films, musique - et bien évidemment logiciels, jeux vidéo et livres numériques - sont concernés : la PIPCU a en effet constaté après une période de test de trois mois, une réduction de 12 % des annonces qui auparavant étaient présentes sur ces sites. Difficile d'évaluer l'impact que pourrait avoir la fameuse liste noire, à l'avenir - surtout qu'en tant que sites particulièrement fréquentés, ils peuvent exercer un certain pouvoir d'attraction pour les annonceurs. 

 

Selon Andy Fyfe, directeur de la PIPCU, « si une publicité d'une marque installée apparaît sur un site de contrefaçon, non seulement elle confère au site une certaine partie de sa légitimité, mais par inadvertance, elle finance en tant qu'annonceur la criminalité en ligne ». Beau raisonnement, mais un peu caduc. Surtout que, selon les informations de Torrent Freak, toujours fiable en la matière, la liste noire ne sera pas portée à la connaissance du public…

 

« Tous les sites sur la liste sont identifiés et clairement considérés comme des contrefacteurs portant atteinte aux ayants droit, et sont ensuite vérifiés par la PIPCU. Nous ne rendrons pas la liste publique. La liste sera en constante évolution, à mesure que de nouveaux sites apparaîtront et que d'anciens se rangeront », assure un porte-parole de la ville de Londres. On comprend bien que, dans ces conditions, l'établissement de la liste sera laissé au bon vouloir d'on ne sait trop qui… avec les risques que cela implique.

 

Mais l'idée est bel et bien caduque : d'abord, et une fois de plus, jamais il n'a été démontré qu'une oeuvre partagée équivalait à une oeuvre qui n'était pas achetée. Ensuite, si tout et son contraire existe en la matière, les études indiquent régulièrement que les pirates sont aussi de grands acheteurs de biens culturels. Une publicité sur ces sites de contrefaçon pourrait donc ne pas être aussi stupide que les autorités veulent le faire croire. Une idée que ne partagent évidemment ni les lobbies ni les industries. 

 

Pour lutter contre les revenus publicitaires... faire de la pub ?

 

Pour compléter cette approche particulièrement efficace, en ce 2 avril, la PIPCU se remet donc à inventer la poudre : après avoir travaillé avec les ayants droit, les agences publicitaires et les industries culturelles (et notamment la Publishers Association), la nouvelle et révolutionnaire approche sera donc de faire de la publicité pour les services payants, afin de détourner les pirates du mauvais chemin. L'Operation Creative, la campagne impulsée voilà un an, a tellement porté ses fruits que la suite s'inscrit dans la même pertinente continuité…

 

 

 

 

Sur le modèle de la liste de sites internet établis comme des pirates, la police souhaite faire apparaître des bannières assurant la promotion de services comme Spotify ou Netflix. L'idée est donc de motiver les troupes à passer par des services d'abonnements pour limiter la contrefaçon, et le téléchargement illégal. Le directeur de la Federation Against Copyright Theft, FACT, Eddy Leviten, assure : « Ce qui est clair c'est qu'ils cherchent de nouvelles manières efficaces de réduire les profits réalisés par les criminels, mais également un moyen d'instruire et informer le public. »

 

Ce qu'il est intéressant de relever, c'est la question… dudit financement desdites publicités : comment les autorités parviendront-elles à faire s'afficher les bannières sur les sites des uns et des autres ? Et surtout, qui va payer pour s'assurer la présence, sur ces espaces, des messages promotionnels ? « Je tiens à préciser que tous les propriétaires de sites sont contactés avant d'être placés sur la liste noire, et ce, pour leur donner la possibilité de changer leur comportement. »

 

L'idée est donc de voir fleurir sur The Pirate Bay, des bannières pub pour des services de streaming… mais pour ces sociétés qui sont en quête de respectabilité, comment serait compatible la présence sur des sites pirates avec l'élaboration d'une marque forte ? Ce qui marche pour les uns, ne marche donc pas pour tous ?