Making of exclusif Fnac : Le jour se lève et ce n'est pas le tien, de Frédéric Couderc

La rédaction - 28.09.2016

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Dans le cadre de l’opération Making-of Exclusif, menée par Fnac, ActuaLitté propose de découvrir l’un des extraits commentés par l’auteur dans une sélection de 10 romans. Aujourd’hui, Le jour se lève et ce n'est pas le tien de Frédéric Couderc, publié par les Éditions Héloïse d'Ormesson.

 

 

Pour cette rentrée, Fnac a proposé à 10 auteurs de réaliser le making-of de leur roman. Ces textes sont réunis dans un ficher EPUB, enrichi de photos, illustrations et des commentaires. On peut télécharger gratuitement sur cette page la totalité de ces bonus exclusifs, ainsi que des versions numériques ou papier des ouvrages.

 

 

 

Résumé
 
New York, 2009. Pourquoi Dora Parker a-t-elle souhaité être enterrée au cimetière de Union City, à Long Island ? Léonard, son fils, obstétricien de renom, sent que l’heure est venue d’éclaircir le brouillard qui entoure ses origines, en dépit du serment fait à sa mère. Laissant tout derrière lui, il s’engage sur les traces de son passé.
La Havane, 1959. Elle est l’héritière d’une fortune liée au dictateur Batista, lui un guérillero héroïque protégé comme un fils par Fidel Castro. Ils vont s’aimer passionnément et emporteront avec eux leur secret. Jusqu’au retour, cinquante ans plus tard, d’un visage familier dans les rues de La Havane. Les fantômes de la revolución rôdent et n’ont pas oublié…

 


Extrait : Séquence 1

 

Dehors, la neige avait cessé de tomber. Elle se sentit assez réchauffée pour déambuler dans le quartier. Elle portait un jean taille basse assez moulant, des bottes Prada noires et une très belle veste en cuir vert vintage, parfaitement ridicule par ces températures, sinon en imaginant que Jacqueline Bisset tournait un film à Union City. Avec son sac aubergine, elle n’avait vraiment pas le look du coin et s’en rendit compte aux regards appuyés des Latinos qui la croisaient et devaient la trouver aussi chic que caliente. En ce début d’après-midi, seulement quelques femmes arpentaient les rues. Elle se retrouva vite mal à l’aise avec, au creux du ventre, une sensation de vulnérabilité. Elle voulait cependant obtenir des résultats : si elle abandonnait, elle en conserverait un vif sentiment d’échec.

 

Frédéric Couderc, à Cuba 

 

 

MAKING-OF : 

La Floride n’est qu’à cent cinquante kilomètres de La Havane et héberge la majorité des Cuban Americans. La région ne m’inspirant guère, il m’apparaît tout de suite que je tiens quelque chose d’original avec Union City, surnommée à New York « La Havane sur Hudson ». Qu’Alice découvre ce coin situé à 4 miles et 10 minutes en voiture de Midtown modifie complètement le récit attendu à Miami : je me surprends et espère surprendre le lecteur. Comme elle, j’attrape le bus 168 au Port Authority Terminal de Manhattan avant de gagner Bergenline Avenue par John F. Kennedy bd. À l’angle de la 41e rue, je fais étape au restaurant El Artesano. Enjoy the tropical tastes of Cuba m’intime une banderole. Mambo en fond sonore et posters aux murs du carnaval annoncé pour juin accompagnent mon Media Noche, sandwich typique au mélange d’œufs, jambon, fromage…


Union City était autrefois la capitale américaine de la broderie. Ses vestiges industriels se confondent désormais avec des entrepôts, des barres d’immeubles, de minuscules condos et des squares déglingués. Je note : « Aucune trace de la gentrification à l’œuvre dans les quartiers de Brooklyn où le fric coule à flots. » Le New Jersey ne prend pas dans l’imaginaire new-yorkais, j’ai du mal à m’expliquer ce désaveu alors que Chelsea et Hell’s Kitchen sont quasiment en face.


C’est mon premier « roman américain ». Sans plan pour le moment, juste des idées griffonnées dans les Notes de mon iPhone, j’ai juste envie que le roman balance en rocking-chair entre Cuba et les États-Unis. Je comprends qu’Union City fera le trait d’union entre les deux vieux ennemis. Son importante communauté cubaine – la seconde en nombre sur le territoire –, m’apparaît moins caricaturale qu’en Floride. Le « méchant » qui naît alors dans mon esprit viendra d’ailleurs de là-bas. Ce sera une caricature des exilés anticastristes gavés par les programmes d’America TV, chaîne ultra réactionnaire, à droite toute, climato-sceptique et pro-life, tout pour plaire… À l’inverse, comme pacifiée par le melting-pot de côte Est, Union City donne dans l’équilibre.

 

La circonscription est un océan démocrate, il y a bien quelques excités et trace d’une milice paramilitaire pour renverser les frères Castro (Omega 7) mais, ici, le personnage de Justo pourra se déployer de façon réaliste. Nombre de bannis cubains ont soutenu la révolution à ses débuts. Ils sont restés des idéalistes bien qu’emprisonnés au bagne pour vingt ans avant de fuir leur pays natal – gloire à toi Hubert Matos –, des Mandela cubains, rien à voir avec les clowns de Miami instrumentalisés par la CIA ! À hauteur de la 43e Rue et de Bergenline, je tombe ainsi sur l’Union of Cuban Former Political Prisoners. À l’intérieur, on m’offre un café surpuissant. Autour d’une grande table de réunion, les portraits en noir et blanc de prisonniers politiques morts en détention s’affichent par dizaines. Cigares, chapeau de cow-boy, jeux de société : je suis à La Havane.

 

Retrouve un extrait Le jour se lève et ce n'est pas le tien de Frédéric Couderc

 


Mais retour à Alice. Si elle porte avec chic jean taille basse, bottes Prada et veste en cuir vert vintage, c’est qu’au moment d’écrire je lui donne la silhouette de ma femme. J’adore l’idée du décalage, du contre-pied. Alice n’a rien à faire ici. À 4 miles de chez elle, Union City appartient à ces innombrables no man’s land des cités américaines, des sites à la fois graphiques et glauques. Carcasses de voitures, intérieur de boutiques éclairées par les néons, pauvres guirlandes électriques en vitrine… Du Cap à Montréal ou Los Angeles je parcours systématiquement ces « grandes prairies » anglo-saxonnes. Je tire de ces endroits fantomatiques des tranches de vie et des visions. Alice, de même, ne va pas perdre son temps parmi les câbles et les moteurs rouillés. À Union City les masques tombent et les apparences se craquellent, comme on dit.