Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Manque de contrôle pour la distribution des ebooks libertins ?

Julien Helmlinger - 16.10.2013

Lecture numérique - Usages - Littérature libertine - Censure - Canal de distribution


À l'ère du numérique, alors qu'autrefois la publication et la diffusion d'une oeuvre ne dépendaient que du bon vouloir des éditeurs, les auteurs n'ont désormais plus qu'à cliquer sur un bouton pour mettre en orbite leur ebook autoédité. Les rayons virtuels des librairies en ligne majeures fourmillent en conséquence de titres sulfureux, comme ceux dans la veine des Fifty Shades of Grey, et qui suscitent parfois l'émoi des clients. Un mode de distribution dématérialisé, et si peu contrôlé, qu'aurait possiblement apprécié le marquis de Sade.

 

 


 

  

Une récente étude publiée par The Kernel fait état de la prolifération de livres à caractère pornographique sur le web, qui dépeignent des sujets comme la pédophilie, l'inceste, le viol, le sadomasochisme, voire un peu tout ça à la fois. Récits de pratiques sexuelles plus ou moins déviantes qui ne font pas l'impasse sur les relations non consenties avec des dinosaures, comme nous l'apprenions dernièrement, et des contenus qui peuvent parfois être offerts gracieusement aux lecteurs.

 

Les ventes des librairies en ligne majeures, au rang desquelles Amazon, Waterstones, WH Smith, Barnes & Noble ou encore Foyles semblent toutes attester du boom de la littérature pornographique.  Et tandis que les enfants sont libres de parcourir les catalogues en ligne, avec accès aux présentations explicites de leurs contenus, certains se demandent s'il ne faudrait pas rationaliser l'étalage sans toutefois bannir les titres sulfureux du commerce. 

 

Au Royaume-Uni, d'après The Guardian, les plateformes en ligne seraient tenues par le Obscene Publications Act de ne pas diffuser d'oeuvres pornographiques. Mais le principe de valeur constitutionnelle de la liberté de communication des pensées et des opinions étant consacré par l'article 11 de la Déclaration des droits de l'homme, la question juridique a de quoi sembler épineuse pour un néophyte. 

 

Le régime français, système plus libéral, permet le libre exercice d'une activité, à la condition que le comportement en question ne tombe pas sous le coup d'une infraction précédemment définie avec clarté suffisante par la loi pénale. Dans le cas d'un libraire en ligne qui mettrait à disposition des livres numériques sans aucune précaution, il pourrait faire l'objet de poursuites sur le fondement de l'article 227-24 du Code pénal, qui dispose que : 

le fait soit de fabriquer, de transporter, de diffuser, par quelque moyen que ce soit et quel qu'en soit le support, un message à caractère violent ou pornographique ou de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine, ou à inciter des mineurs à se livrer à des jeux les mettant physiquement en danger, soit de faire commerce d'un tel message, est puni de trois ans d'emprisonnement et de 75 000 € d'amende lorsque ce message est susceptible d'être vu ou perçu par un mineur.

 

Si les liens particulièrement obscènes relevés par The Kernel avaient visiblement été supprimés depuis la publication de son article, ils pourraient éventuellement refaire surface sous un autre ISBN. Certains commentateurs se demandent en conséquence comment mieux encadrer cette diffusion. Certes la censure n'apporterait probablement aucune solution viable, mais un meilleur filtrage serait peut-être nécessaire de la part des plateformes web.