Manuels scolaires : l'accord entre New York et Amazon est reporté

Nicolas Gary - 27.08.2015

Lecture numérique - Usages - Kindle écoles - New York Amazon - manuels scolaires


Les écoles publiques de New York devaient être fournies en livres par Amazon. Un contrat de 30 millions $ qui arroserait 1800 établissements de la ville, sur une période de trois ans. Distributeur quasi exclusif de manuels scolaires, ainsi que d’ouvrages numériques, Amazon avait gagné. Presque. Parce qu’un délai vient reporter cet accord.

 

New York Skyline

Chris Isherwood, CC BY SA .20

 

 

Les fonctionnaires du Departement de l’Éducation de New York ont dû faire face à de multiples plaintes dont la plus récurrente n’est pas neuve : les malvoyants seraient exclus dans cette offre. La National Federation for the Blind avait posé la question de savoir comment les élèves handicapés profiteraient de cette offre. La réponse est venue rapidement.

 

« Nous travaillons en étroite collaboration avec Amazon et les partenaires de la communauté pour nous assurer que toutes les communautés scolaires – y compris celles qui prennent en charge les étudiants malvoyants – soient en mesure d’y prendre part », assure un porte-parole du Departement. Sauf que, durant ces échanges, le contrat est suspendu. 

 

Le contrat avait été mis aux enchères au printemps dernier, et quatorze sociétés avaient répondu. Si Amazon avait été retenu, la firme avait manifestement omis de se conformer aux lois fédérales, notamment celle portant sur les personnes handicapées.

 

Rappelons d’ailleurs qu’Amazon s’est plusieurs fois heurté à cette association de défense des malvoyants et aveugles. Ainsi, l’université d’Arizona avait tenté d’introduire des Kindle DX pour ses étudiants. Un programme pilote, certes, mais discriminant pour les aveugles. La présence de la fonctionnalité Text-To-Speech, permettant à l’appareil de lire les livres numériques aurait pu sauver la mise, mais les éditeurs avaient, à l’époque, demandé qu’elle soit désactivée par défaut. En guise de solution, la Fédération propose un menu vocal qui simplifierait la vie des handicapés.

 

Un accord était trouvé en janvier 2010 entre les deux acteurs, et Amazon s’engageait alors à apporter des améliorations à son appareil, ainsi qu’à la plateforme. 

 

Le format propriétaire, une plaie

 

Dans le cas présent, le président de la Fédération, Mark Riccobono, espère « que nous puissions résoudre le problème par un dialogue à l’amiable et productif avec les autorités scolaires ». Une manifestation avait été prévue pour protester contre l’accord estimé injuste, mais le report du contrat par la Big Apple l’a fait avorter. (via NY Daily)

 

La Fédération avait fait parvenir deux courriers, aux responsables du Departement de l’Éducation

 

lettre du 7 août 

lettre du 13 août

 

« Malgré les demandes répétées de la Fédération et d’autres organisations, Amazon a passé la plus grande partie de la dernière décennie à produire des dispositifs, des plateformes et des ebooks qui sont absolument inaccessibles ou peu accessibles aux aveugles et aux utilisateurs handicapés, qui ne peuvent passer que par le text-to-speech et/ou par braille », écrivait la Fédération.

 

Elle remarquait également que, dans le cadre de l’accord, les questions d’accessibilité avaient été gentiment passées sous le tapis. Et dans le cadre des ouvrages numériques, elle pointait que, non seulement, le format Kindle était propriétaire, mais surtout qu’il dépouillait les fichiers EPUB 3 de nombreux contenus enrichis.

 

« Le résultat est que, même en utilisant un dispositif et une plateforme de logiciels de lecture numérique accessibles, un lecteur aveugle cherchant à travailler avec un ebook Kindle, qui serait plus qu’un simple roman, se confrontera à de sérieux obstacles. Le processus propriétaire d’Amazon de conversion de l’ebook, depuis l’EPUB 3 vers du Kindle, modifie les métadonnées nécessaires pour l’assistance technologique aux personnes aveugles. » 

 

Selon les termes, désormais obsolètes, Amazon aurait fourni des manuels ainsi que des applications aux étudiants, et aux enseignants. La société affirme qu’elle a hâte de reprendre les échanges pour répondre aux besoins éducatifs des élèves.