Mauvais genre : les littératures qui profitent du numérique

Lettres numériques - 19.04.2014

Lecture numérique - Usages - mauvais genres - littératures - livre numérique


Ils entrent dans ces catégories dites « de genre », voire qualifiées souvent de « mauvais genres », comme les vilains petits canards de la grande littérature. Érotisme, horreur, polars, etc., tous sont mis sur un même plan, que le numérique anonymise désormais complètement. Et leur offre une nouvelle existence - donc de nouveaux succès...

 

 Raven vs. Edgar Allan Poe (172/365)

JD Hancock, CC BY 2.0

 

 

Les livres préférés des lecteurs numériques ne semblent pas s'apparenter pour la plupart à de la grande littérature. Romans contemporains ou grands classiques se font en effet discrets face aux succès des genres paralittéraires : romans policiers, romans de fantasy, romans sentimentaux, livres historiques, érotiques et thrillers occupent les premières places des meilleures ventes. Quels sont les facteurs qui expliquent ce succès ? Faisons ensemble l'état des lieux du marché.

 

La nouvelle édition de l'étude Global eBook report, qui analyse chaque année les tendances et le développement du marché des livres numériques, souligne l'influence des livres de fiction dans le développement du marché ebook. Se créent ainsi de nouvelles pratiques et nouvelles habitudes de consommation de la part des lecteurs. Le succès de Cinquante nuances de Grey fut, rappelons-le, dans un premier temps numérique et a ouvert la voie à de nombreux autres livres de genre et à des fictions nées de l'auto-édition.

 

Si l'on compare les tops 100 des meilleures ventes ebooks et des livres imprimés d'Amazon, on peut observer qu'ils sont fondamentalement différents, reflétant des préférences divergentes. Moins soumis aux lois des livres-phénomènes, le top Kindle propose :

  • quelques best-sellers : Musso, Pancol et Harlan Coben ;
  • de nombreux livres auto-édités ;
  • des livres de genre : romance, policiers et fantastiques.

Alors pourquoi le numérique favorise-t-il la lecture de genres paralittéraires ? L'un des premiers éléments de réponse est sans doute le prix. Différentes études l'ont souligné, le lecteur numérique est avant tout un grand lecteur. En temps de crises, les prix attrayants de certaines productions numériques peuvent donc être un élément décisif dans l'acte d'achat, surtout lorsqu'il s'agit de séries en plusieurs tomes comme la saga Le Trône de Fer. Lorsqu'un lecteur est rentré dans un univers, il sera ravi d'avoir accès immédiatement au tome suivant grâce à la version numérique. Plus question de patienter plusieurs jours jusqu'au prochain passage en librairie.

 

Ensuite, la lecture numérique est fondamentalement une lecture nomade. On lit partout, souvent à l'extérieur de la maison et pour des durées plus courtes. Dans ces conditions, difficile donc de se concentrer sur un raisonnement ou une réflexion complexe. Les lecteurs numériques cherchent surtout à être divertis. Les genres paralittéraires s'imposent donc comme de la littérature facilement accessible et surtout attrayante.

 

Face à l'attitude parfois attentiste de certaines maisons d'édition, d'autres éditeurs ou des auteurs auto-édités en ont profité pour tester le marché, soutenus par des communautés et des forums très actifs. Ces plateformes sociales sont en effet d'excellents laboratoires où s'échangent les dernières découvertes et se révèlent très efficaces pour déclencher le fameux « bouche à oreille ».

 

Enfin, le numérique a sans aucun doute décomplexé le lecteur. Là où certains redoutaient le regard du libraire lors d'achats quelque peu frivoles, le numérique offre une certaine opacité sur la lecture. Difficile de savoir quel livre se cache sur votre tablette.

 

 

 

Alors les éditeurs de genres paralittéraires sont-ils les plus affectés par cette concurrence numérique ? C'est possible. Si l'on regarde les ventes réalisées par Harlequin, le plus grand éditeur de romance, analysées par le site Digital Book World, on peut remarquer que son chiffre d'affaires n'a cessé de chuter depuis 2009 ($493 millions) pour représenter $398 en 2013. L'entreprise explique la perte de sa position dominante sur le marché par la montée de l'auto-édition et ses prix bas.

 

Cependant les représentants d'Harlequin tiennent à rassurer le marché en affirmant que la compagnie est actuellement en transition et reste très optimiste quant à ses options. Elle vient d'ailleurs de mettre au point le Harlequin's Author Network, une interface qui propose de nombreux services aux auteurs, allant de la consultation des chiffres de ventes aux conseils pour améliorer le marketing des auteurs, en passant par les actualités d'Harlequin et bien d'autres opportunités. Transition, vous disiez ?