Mein Kampf, Fifty Shades of Grey, même succès : la discrétion

Nicolas Gary - 08.01.2014

Lecture numérique - Usages - Mein Kampf - Adolf Hitler - lecture numérique


Retrouver Mein Kampf en tête des meilleures ventes Kindle, voilà une information capable de perturber la digestion. Pourtant, si dans le classement absolu, on ne retrouve heureusement pas le texte d'Adolf Hitler en si bonne place, il semble que le livre profite d'un certain engouement, dans sa version numérique. Dans les catégories livre politiques ou historiques, voire même philosophiques, Mein Kampf se place pourtant en bonne position...

 

 

Alemanha - Nurembergue
dccarbone, CC BY 2.0

 

 

Que l'on regarde sur les déclinaisons internationales d'Amazon, ou même chez Apple, constate Vocativ, le livre est bel et bien présent en tête des classements. Et pour l'auteur et journaliste politique Chris Faraone, cette présence s'expliquerait assez facilement. « Mein Kampf pourrait suivre un mouvement similaire à celui des romans scabreux et érotiques », explique-t-il.

  

« Peut-être que les gens ne voulaient pas acheter Mein Kampf chez Borders, ou qu'il leur soit livré à domicile, et exposé sur leurs étagères, dans leur salle de séjour. Et moins encore être repérés dans le métro en train de le lire », poursuit le journaliste. « Mais à en juger par les centaines de commentaires de clients en ligne, les lecteurs apprécient que des versions numériques puissent être achetées en toute tranquillité, puis placées dans un dossier et supprimées. »

 

Finalement, Mein Kampf et Fifty Shades of Grey, même combat ? C'est la conclusion à laquelle parvient Faraone. Et les études de la Romance Writers of America Association vont dans son sens. « Les acheteurs de romans d'amour passent par des livres numériques dans une plus grande mesure que pour les autres genres de fiction ». Et pour quelle raison ? Parce qu'ils peuvent lire paisiblement leurs achats à l'abri d'une coque en plastique, sans avoir à exposer une couverture trop explicite.

 

A l'époque du succès fulgurant de la trilogie érotico-SM, il était devenu courant d'affirmer que le succès des oeuvres érotiques provenait de la discrétion assurée par les appareils de lecture. 

 

Il en serait alors de même avec Mein Kampf : pour ne pas avoir à se sentir jugés, ni s'expliquer sur ses lectures, les consommateurs passent plus volontiers par des versions numériques, bien plus discrètes. Et certains assurent même que cet achat n'a rien d'idéologique : c'est au contraire pour savoir ce qu'écrivait le dictateur allemand, et faire en sorte que ces choses ne se reproduisent plus, qu'ils se procurent le livre.

 

Or, en janvier 2013, une version numérique du livre est sortie, vendue pour 99 cents. Et permettant à son éditeur, une société américaine nommée Elite Minds Inc de s'appuyer sur un tarif de vente attractif pour diffuser la traduction de l'ouvrage. La maison reconnaît avoir éprouvé un certain dilemme moral pour la promotion du livre, redoutant que l'on ne fasse mauvais usage de ce texte. Aussi l'a-t-on commercialisé, en lui laissant faire sa vie. 

 

En Allemagne, le gouvernement tente toujours de museler les publications de Mein Kampf. En décembre dernier, le Land de Bavière s'opposait une nouvelle fois à de possibles rééditions du livre, alors même que le livre doit entrer dans le domaine public en 2015. 

 

Le ministère des Finances de Bavière est le détenteur des droits sur le titre sulfureux depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et jusqu'à 2015, année de sa tombée dans le domaine public, quelque 70 ans après la disparition du Führer du IIIe Reich. Si sa publication ne sera plus empêchée par la propriété intellectuelle, en revanche, l'exécutif régional entend faire barrage à toute incitation à la haine raciale à renfort de poursuites juridiques.

 

Le projet d'une édition annotée et commentée avait vu le jour, porté par l'Institut d'histoire contemporaine de Munich. Plus de 500.000 € avaient été, en décembre dernier, investis dans cette parution, censée modérer les propos d'Hitler. 

 

Mais, s'il semble possible de maîtriser les publications imprimées, dans une certaine mesure et sur le territoire allemand, il est impossible de contrôler entièrement la commercialisation numérique, alors que des milliers de versions numérisées peuvent circuler sur les plateformes commerciales, comme ailleurs.