Mettre l'enfance en danger, nouvelle vocation d'Amazon ?

Cécile Mazin - 14.04.2014

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L'écrivain Roman Payne n'en finit pas dans ses déboires avec la société Amazon. Son roman The Wanderess, publié par Aesthete Press, LLC avait tout d'abord été supprimé du site de vente, pour d'étranges raisons. On lui reprochait en effet la nudité présente sur la couverture. Finalement, Amazon revenait sur sa décision, et réintégrait l'ouvrage. Sauf que c'est désormais dans la catégorie Fictions pour Enfants que l'on pourra le retrouver. De quoi faire sourciller…

 

 


 

 

C'est avec une procédure juridique que le romancier souhaite maintenant déplacer le conflit qui l'oppose à la firme américaine. Son livre n'est clairement pas adapté à un public d'enfants ni de jeunes adolescents, assure-t-il, et le choix de la firme que de classer le roman dans une catégorie qui leur est destinée, est clairement « une mise en danger de l'enfance ». 

 

Ce dernier dépeint en effet de multiples scènes où se mêlent drogues et alcool, relate brièvement, mais très picturalement, des passages d'ordre sexuel tel un inceste et une tentative de viol sur mineur, ce qui au sens de Roman Payne « pourrait être un dommage considérable au développement sexuel d'un enfant ». 

 

Et de s'interroger, légitimement : « La plus grande librairie du monde est-elle réellement apte à classifier par elle-même les livres qu'elle commercialise ? » Sur cette interrogation, l'auteur veut monter une class action - un recours collectif - pour rendre aux auteurs publiés le droit de choisir les catégories de vente. 

 

« En France, la nudité est montrée au quotidien, des seins dévoilés, des fesses sont affichées dans les vitrines des pharmacies et des parfumeries. Et ce sont des images bien réelles ! En ce qui me concerne, pour créer la couverture de mon livre, j'ai utilisé comme modèle une statue de marbre de femme nue, pour la transformer ensuite avec Photoshop en une couverture extrêmement convaincante. Celle-ci ne montre aucune nudité agressive, explicite ou frontale », précise-t-il. 

 

Or, le choix de la firme, de ce nouveau classement, « est tout bonnement sidérant ». À se demander si, la position brandie de défenseur des consommateurs et des auteurs, et dont la société a fait sa marque de fabrique, ne serait pas un chouia usurpée. Dans un premier email, la firme avait estimé que la couverture « contenait du contenu pour adulte, et ne sera donc pas présenté dans notre catalogue général ».

 

 

Roman Payne conteste, mais dans un second courriel, la firme récidive et maintient sa position.

 

 

Dans la presse, l'affaire s'ébruite et finalement l'ouvrage revient. Phoebe Seiders, Executive Customer Relations pour la plateforme Kindle Direct Publishing prend contact avec l'auteur. Elle regrette la mésaventure, et propose son assistance pour comprendre et régler la situation, reconnaissant que la couverture ne présente aucun contenu adulte. « Nous reconnaissons avoir injustement censuré un livre qui ne contenait aucun contenu adulte excessif. » Les équipes sont averties et se le tiendront pour dit.

 

 

Pourtant, Roman insiste : non seulement les dommages sont déjà là, temps, argent et notoriété sont déjà perdus et des traces persistent, pour un livre désormais classé dans la catégorie érotique, sur certains sites. Quant aux équipes, sont-elles même compétentes pour juger, dès lorsqu'elles sont en mesure de faire de pareilles erreurs ? « Je n'apprécie pas qu'Amazon, si important et puissant, dispose d'un tel pouvoir de contrôle sur ‘les règles de la décence publique' et ‘la censure de l'art'. »

 

 

Phoebe assure qu'elle parle « directement au nom de Jeff Bezos » et patiemment, amazonnement, répond que les conditions de commercialisation des oeuvres par des auteurs sont strictes, et qu'il convient de les respecter. « J'espère que vous comprendrez que nous ne sommes pas en mesure de partager plus de détails sur le fonctionnement interne de l'entreprise ». 

 

Aujourd'hui, pour mener à bien sa class action, Roman a mis en place une pétition, alors qu'un auteur du monde anglo-saxon « ne peut pas vivre sans Amazon. Amazon est la nouvelle superpuissance littéraire et notre unique patron ». Sauf que le traitement réservé aux oeuvres est insupportable. La classification arbitraire décidée par la firme américaine est une nuisance réelle contre les auteurs, qui méritent de pouvoir établir leur propre sélection. Et en l'état, la classification Jeunesse sera lourde de conséquences. 

 

« Mon livre serait nuisible à l'équilibre d'enfants et de jeunes adolescents, et je pense que les parents en sont conscients. Il pourrait inciter leurs enfants à consommer des drogues, et par-dessus tout, pourrait avoir une influence néfaste sur leur développement sexuel », confirme l'auteur.