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Microsoft rachète les smartphones de Nokia - et prochainement le Nook ?

Nicolas Gary - 03.09.2013

Lecture numérique - Acteurs numériques - Barnes & Noble - Microsoft - Nokia


C'est l'information de la matinée dans le monde des nouvelles technologies - alors que celle des réseaux concernerait plutôt Verizon. Depuis un moment, Microsoft et Nokia s'étaient rapprochés, et voilà que le Finlandais décide de vendre sa division matérielle au géant de Redmond, pour se concentrer sur la partie réseau et service. Montant de la transaction ; 7,2 milliards $, soit 5,4 milliards €. 

 

 

 

 

C'est vers février 2011 que les deux sociétés ont mis en place la devise du Finlandais, Connecting people. On évoquait alors un accord entre les deux entités qui révolutionnerait le monde du mobile sous deux à trois ans. Il ne s'agissait que d'un accord stratégique, certes, mais un rapprochement estimé à 1 milliard $, alors que la division programmation de Nokia venait juste d'être vendue. Et surtout, à l'époque, Nokia assurait que ce rapprochement allait permettre de privilégier leur « coeur de métier ». 

 

Nokia allait fabriquer des smartphones, et Microsoft allait lui fournir un système d'exploitation propre, mieux que le Symbian alors en vigueur, et qui déclinait à toute vitesse devant iOS et Android. En installant Windows Phone 7 sur les appareils, Microsoft mettait la main sur les entrailles software de l'appareil, tout en percevant une somme liée à la licence WP7. Enfin, avant que l'accord ne soit pleinement opérationnel, il faudrait attendre deux années pour que la coopération soit efficiente. 

 

Steve Balmmer, actuel PDG de Microsoft n'était pas peu fier d'annoncer le rachat de la division téléphones de Nokia, sous la forme de 5 milliards $ pour l'achat stricto sensu, et 2,2 milliards $ pour l'acquisition des licences sur les différents brevets de la firme. 

 

Quand Microsoft devient libraire, partiellement 

 

Or, en avril 2012, Microsoft s'était rapproché d'un tout autre acteur, le libraire Barnes & Noble, en créant une joint-venture, Nook Media. C'était alors un grand retour pour la firme dans le monde de la lecture, après la tentative ratée de format d'ebook LIT, dérivé de l'OeB, ou encore de son service de bibliothèque numérique. Avant de parvenir à un accord, les deux entités étaient en bisbille pour une question de violation de brevet : les Nook utilisaient Android, et Microsoft avait déposé une plainte, alors que le libraire ne souhaitait pas s'acquitter des indemnités dues. 

 

Microsoft avait pourtant fait plier HTC, Samsung et bien d'autres fabricants de smartphones, dont les appareils tournaient sous Android. Mais pour Barnes & Noble, la résolution fut tout autre : 300 millions $ investis dans une société, dont la firme de Redmond posséderait 17,6 % du capital

 

La première concrétisation fut l'apparition d'une application Nook pour Windows 8, mais cette timide incursion n'était pas une avancée majeure. Andrew Lees, président de Microsoft, expliquait alors cet investissement. « Le passage au numérique, c'est installer le monde des bibliothèques et des kiosques dans la paume de chaque personne. Et c'est le début d'un voyage qui aura un impact sur la manière dont les gens lisent, interagissent et profitent de nouvelles plateformes d'accès aux contenus. »  

 

Le déclin numérique de Barnes & Noble

 

Mais entre temps, le service numérique de Barnes & Noble a connu de sombres périodes. L'année 2012 s'était conclue sur un bilan décevant. Le secteur de vente au détail, propre aux librairies et au site Internet BN.com, accusait déjà une baisse 10,9 % par rapport à l'année dernière, portant ses revenus à 1,2 milliard $ pour l'année. Seules les ventes de contenus numériques avaient connu une croissance de 13,1 % en regard de 2011 - et déjà, un nouvel investisseur avait pointé le bout de son nez : Pearson, qui avait injecté 89,5 millions $.

 

Et puis, la suite des événements a été fâcheuse : les résultats du troisième trimestre flanchaient plus encore, y compris dans le domaine numérique. Le chiffre d'affaires total de ce 3e trimestre s'est arrêté au 26 janvier à 2,2 milliards $, en baisse de 8,8 % par rapport à l'année fiscale précédente. Les bénéfices se soldent quant à eux à 55 millions $, qui partent en fumée une fois les taxes déduites, pour laisser place à une perte nette de 6,1 millions $. Et la tendance est inédite : l'année dernière, la firme gagnait encore 52 millions $ une fois les déductions effectuées.

 

Barnes & Noble envisageait toujours d'étendre son offre numérique... mais en contenu. Surtout que les premières rumeurs de ventes de l'environnement Nook ont commencé à poindre... avec Microsoft comme premier acteur envisagé pour ce rachat. Démenti immédiat, ou presque : « Cet accord n'est rien de plus qu'une rumeur. Microsoft Corporation ne commentera rien, pour des raisons juridiques, mais la compagnie n'a aucune intention d'acheter l'équipement Nook. Nook est extrêmement lié à l'environnement Android, et il ne pourrait pas être transporté sur Windows 8. » 

 

Mais les résultats parlaient d'eux-mêmes. Le 25 juin dernier, on apprenait ainsi que Barnes & Noble arrêterait de faire des tablettes Nook pour limiter ses dépenses. Durant le quatrième trimestre, le chiffre d'affaires consolidé de la société a diminué de 7,4 % à 1,3 milliard $, en comparaison de la même période l'année passée. B&N a ainsi constaté une baisse de son chiffre d'affaires de 16,8 % pour la seule division Nook. Une perte de 118,6 millions $ pour la période, contre un résultat de 56,9 millions $ l'an passé, voilà qui n'était guère encourageant. 

 

En déléguant la fabrication de tablettes à des tiers, Barnes & Noble tentait de diminuer ses dépenses en hardware, pour se recentrer plus encore sur les ventes de contenus. Et les services. Si pour certains, l'offre matérielle Nook pourrait disparaître d'ici à l'horizon 2014, rien n'est encore fait. Mais il ne serait pas inédit qu'au cours de l'année prochaine, on apprenne que Microsoft reprendrait la division matérielle Nook, complètement délaissée...