Monographies numériques : une étrange République des Lettres

Clément Solym - 05.03.2012

Lecture numérique - Acteurs numériques - éditeur numérique - monographies - auteurs


Attention danger ? Un site de vente pas bien méchant, vu de l'extérieur et de prime abord, fait parler de lui ce week-end, après que plusieurs clients s'en sont plaints. La République des Lettres commercialise en effet des monographies d'une vingtaine d'auteurs, toutes au tarif alléchant de 5 €, et en format EPUB.

 

Ainsi, Aldus a tiré la sonnette d'alarme, après être tombé dans le panneau : trop enthousiaste à faire l'éloge d'un service qu'il n'avait pas encore essayé, Hervé Bienvault, pourtant spécialiste des questions numériques déchante, comme il l'explique sur son blog, évoquant « une arnaque numérique ».
 

Attention, malheureusement, une arnaque totale, guère plus de deux pages au format A4, qui ne sont ni plus, même moins, que l'équivalent de Wikipédia; j'ai demandé le remboursement immédiat à Immatériel. On est loin du "livre numérique" promis. Je laisse pour mémoire le billet que j'avais mis juste avant d'acheter, lancé par mon enthousiasme (pauvre idiot que je suis); ne vous faites pas berner comme moi.

 

Monographie, mais de quelle graphie ?

 

Qu'en est-il de cette offre de monographie ? Eh bien elle pose en fait une série de questions bien plus complexe que le simple fait de textes indigents, ou insatisfaisants. C'est que le responsable du site, Noël Blandin, assure qu'il propose « des textes à destination du grand public, généralement assez courts, mais synthétiques et parfaitement documentés, signés pour la plupart par des spécialistes de renom. 300 titres sont prévus pour l'année 2012 ».

 

De renom ? Là, on frise le scandale...

 

 

 

 

Cendrars, ou cendrier ?

 

C'est que, pour satisfaire la curiosité du chaland, La République des Lettres offre un extrait de ses oeuvres, permettant de se faire une idée avant l'achat. Prenons l'exemple de Blaise Cendrars.

 

Et amusons-nous ensuite avec les outils de Google. On copie-colle une des phrases du texte, et l'on demande au moteur de recherche de nous en dire plus sur le texte. Le résultat est étonnant. On arrive en effet à des résultats, dont un fichier DOC, issu manifestement d'un cours universitaire.

 

 

 

  

Or, dans ce fichier doc, on retrouve l'intégralité du texte commercialisé par le site. Et aucune mention n'est faite à Anne-Marie Jaton, pourtant donnée comme l'auteur de la monographie vendue sur Cendrars. Celle-ci avait bien signé un Blaise Cendrars, publié chez Unicorne, en 1991. Mais, bien qu'universitaire à Pise, elle ne semble pas l'auteure du texte DOC retrouvé sur le net.

 

Mauvaise piste ? Pas vraiment. Au contraire, même...

 

Hugo rit noir, d'un dossier de presse

 

Prenons en effet l'exemple de Victor Hugo, toujours chez notre éditeur numérique. Et pour le coup, même méthode : on saisit une phrase d'extraits, et les résultats donnés par le moteur de recherche sont cette fois plus édifiants. En effet, Gaëtan Picon, qui est donné comme auteur de la monographie, doit-il être accusé de plagiat ?

 

 

 


En effet, on retrouve bien sur le net des traces de cette biographie de l'auteur Victor Hugo, mais le texte publié par la République n'est autre qu'une repompée de la biographie rédigée par Michel Corvin, et prise dans le Dictionnaire encyclopédique du théâtre à travers le monde, publié aux édition Bordas, en novembre 2008. Et que l'on retrouve dans deux dossiers de presse

Or, nulle part il n'est fait mention de ce Gaëtan Picon... 

 

Balzac l'improbable, et l'improbable Tolstoï de Troyat

  

D'autres monographies ne donnent pas de résultats, comme celle de Stendhal ou de Sade, par exemple, ou encore de Camus. Pour Balzac, en revanche, c'est une autre affaire, que dévoile Google.

 

C'est bien un texte d'Albert Béguin que Google va retrouver, et elle est intégralement publiée sur le site Rosanna Del Piano. Le nom de l'auteur s'y trouve bien, mais on ignore d'où le texte biographique sort véritablement. Après quelques recherches, le texte semblerait provenir de Balzac visionnaire, publié chez Skira, à Genève... en 1946-1947. Il fut republié en janvier 2011, aux éditions L'Age d'homme... Mais quid de la biographie plus particulièrement ? Difficile de le savoir.

 

 

 

 

Dans le cas de Tolstoï, c'est Henri Troyat qui est crédité comme l'auteur, de quoi rassurer sur la qualité du texte, cependant, via Google, on va encore tomber sur des surprises, quant à l'origine du texte, d'un côté, mais de l'autre, la paternité, et les droits qui peuvent y être associés.

 

 

 

 

Une chose est certaine, si l'éditeur détient bien les droits de ce texte, et n'usurpe pas le nom de Troyat pour assurer la crédibilité de son texte, il défend bien mal l'exploitation qui est faite sur la toile de ses textes. Et surtout, tout porte à croire qu'André Durand pourrait être l'auteur d'une partie de ce texte, et non Henri Troyat...

 

Pas touche à mes droits, mon pote !

 

Difficile donc de savoir d'où viennent les textes de cet éditeur, alors que ce dernier revendique pourtant les droits fermement. « Copyright © Gaëtan Picon / La République des Lettres, Paris, dimanche 4 mars 2012. Droits réservés pour tous pays. Toute reproduction totale ou partielle de cet article sur quelque support que ce soit est interdite », peut-on lire en fin de chaque extrait, avec le nom de l'auteur auquel est attribuée la monographie...

 

Dans tous les cas, et en attendant la réponse du responsable du site, nous ne saurions que trop recommander à l'internaute en mal de monographies de passer son chemin, ou de chercher par lui-même sur la toile, avant de sortir sa carte bleue...

 

 

Mise à jour 06/03 23:45 :

 

Noël Blandin a fini par répondre aux questions de ActuaLitté sur l'origine des textes. Sa réponse est ici reproduite en intégralité.

 

Les sources sont les auteurs eux-mêmes et les archives de la République des Lettres, de la revue Détours d'écriture, des éditions Sillages, et de toutes les collections que j'ai éditées dans diverses maisons. 
Nos archives comptent quelque 80.000 articles et textes littéraires publiés depuis 1986 (année de mon premier livre publié), dont ceux de très nombreux auteurs de renom. 
Certains textes ne sont pas inédits, ils ont pu être publiés par leurs auteurs ailleurs, mais nous disposons bien entendu dans ce cas des autorisations nécessaires des ayant-droits.
Votre article publié sur Actualitté, à la suite d'une absurde campagne de désinformation et de diffamation, est erroné. Vous inversez la preuve en prenant des copies traînant sans autorisation sur internet comme source, alors que la source est au contraire la République des Lettres. Il suffit de vérifier nos archives papier à la Bibliothèque Nationale ou par exemple, pour le cas Cendrars (1996) entre autres, sur le web archives: 
->  http://web.archive.org/web/20110202234858/http://www.republique-des-lettres.fr/11195-blaise-cendrars.php  
Ne mélangez pas tout et respectez notre travail et celui des auteurs, svp. 
Cordialement, 
Noël Blandin

 

Loin de convaincre, cette réponse nécessite donc que soit apportée la preuve de faits avancés (autorisations idoines, etc.). Nous attendons de plus amples informations sur ce point.




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