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Mozilla se plie à la lecture de vidéos avec DRM dans Firefox

Julien Helmlinger - 15.05.2014

Lecture numérique - Acteurs numériques - DRM - Firefox - Moteur de recherche


La société Mozilla s'opposait à inclure dans Firefox une technologie permettant de lire des contenus protégés via DRM, préférant défendre l'alternative d'un internet ouvert et libre, mais le moteur de recherche a finalement accepté à contrecoeur de rentrer dans le moule commercial. Comme l'invoque son directeur technologique Andreas Gal, refuser cette particularité et le module propriétaire Adobe associé aurait risqué de priver les usagers Firefox d'une partie du web. Car l'ensemble des concurrents majeurs s'y est plié, sous la pression notamment de Hollywood ou encore de la BBC.

 

 

DRM avec filtre pour Firefox

 

 

Concrètement, tous les navigateurs qui souhaiteront garantir à l'avenir l'accès aux contenus protégés via DRM, comme les vidéos via Netflix ou Amazon Video, devront s'implémenter à la norme W3C EME. Pour lire les oeuvres cadenassées, il leur faudra s'appuyer sur un module de décryptage conçu et téléchargeable chez Adobe, CDM, qui devrait s'exécuter pour ce qui est de Mozilla dans une sandbox open source et ne s'activera visiblement que lorsque l'internaute consultera une page le nécessitant, avec son autorisation seulement.

 

Les versions Windows, Mac et Linux de Firefox devraient être mises en conformité dans les prochaines semaines. Mozilla  précise via un communiqué qu'elle oeuvre désormais en partenariat avec Adobe afin de concocter sa propre solution DRM en cherchant à concilier au mieux les attentes des éditeurs de contenus avec celles des internautes, soucieux quant à eux de transparence et désirant conserver un maximum de contrôle. Des détails restent donc à finaliser.

 

D'autant plus que les DRM peuvent constituer une nuisance à la vie privée des internautes, alors qu'en revanche l'opacité règne quant au fonctionnement des logiciels gérant la diffusion, la mesure de sécurité étant pensée unilatéralement. Ainsi, l'usager d'un contenu sous DRM ne sait pas quelles données récolte le logiciel sur son compte, contrairement au principe de code ouvert et transparent que soutient Firefox.

 

Cory Doctorow monte au créneau

 

Cependant, ce qui s'apparente à une résignation n'est pas du goût de tous, et ne satisfait notamment pas le militant Cory Doctorow. Celui-ci rappelle que Mozilla est avant tout une organisation sans but lucratif dont la mission est de libérer ses usagers. Il pointe l'architecture façon plug-in comme « un cauchemar de sécurité, et une source de nombreuses failles à travers lesquelles des bugs et du code malveillant sont capables d'atteindre les ordinateurs des utilisateurs et les compromettre ».

 

Selon Doctorow, à l'heure où tous nos appareils tendent vers davantage d'inter-connexions, nos gadgets numériques accédant à des éléments aussi variés et intimes que nos finances ou nos thermostats, « l'abolition de plug-ins est une étape inévitable et bienvenue ». Outre le risque du plug-in, le critique regrette que les négociations sur la généralisation des DRM aient été faites dans la sphère privée plutôt qu'en engageant un véritable débat commun aux acteurs de l'industrie. 

 

Pour lui, si le consortium W3C se plie à la politique des DRM dans le cadre du développement du HTML5, ce ne serait que poussé par la peur d'être mis sur la touche, la même crainte que celle qui ferait aujourd'hui virer de bord Mozilla. Cependant dans les faits, l'efficacité des DRM dans la lutte contre les fraudes n'est pas prouvée, et l'on prend conscience de sa propension à ronger la confiance des clients et contribuer à la vulnérabilité des appareils connectés.

 

Selon la finalisation annoncée des détails encore sur le feu, Doctorow précise que la solution Mozilla pourrait néanmoins s'avérer substantiellement plus fiable que celle des navigateurs Safari, Chrome et Internet Explorer. Le blogueur livre ses préconisations pour que le navigateur reste une véritable alternative : protéger les chercheurs en sécurité qui dévoilent les vulnérabilités, éduquer les usagers, publier les données importantes et établir une véritable politique de DRM. Autant de points négligés par les navigateurs commerciaux.

 

Des craintes que partage également l'Electronic Frontier Foundation, et une affaire à suivre...