No Starch Press se pose en avocat de l'édition sans DRM

Julien Helmlinger - 10.02.2015

Lecture numérique - Usages - No Starch Press - DRM - informatique


La maison d'édition américaine No Starch Press, basée à San Francisco, verse dans la publication de « divertissement pour geeks », notamment des livres sur les ordinateurs, en bannissant les DRM de ses pratiques commerciales. Alors que d'autres éditeurs et détenteurs de droits continuent de s'accrocher aux verrous numériques pour lutter contre le piratage et récolter leur moisson de données concernant leurs clients, son fondateur Bill Pollock revendique : « Nous n'avons jamais utilisé de DRM et nous ne le ferons jamais. C'est juste insensé. »

 

 

 

Les publications de la petite maison sont orientées vers la technologie, couvrant divers sujets allant de la thématique du hacking jusqu'à la programmation informatique destinée aux enfants. Au sein de la société, on ne croit pas aux DRM. Pour Bill Pollock, les consommateurs d'ebooks devraient jouir des mêmes droits que les possesseurs d'un exemplaire imprimé. « Je ne crois pas en l'idée de faire payer trois fois une personne pour l'accès à une même information », précise le fondateur.

 

La politique de la maison consiste à faire confiance à la communauté des lecteurs, partant du principe que lorsqu'ils se sentent ainsi pris en considération, les usagers seront naturellement disposés à répondre à cette marque de confiance. Pour tout livre papier acheté chez l'éditeur, les clients reçoivent l'exemplaire numérique en prime, sans DRM, et peuvent en disposer à leur guise. Cette approche serait payante.

 

En l'espace de deux semaines, le titre LEGO Neighborhood Book s'est ainsi écoulé à plus de 15.000 copies et doit désormais être réimprimé. Si la maison publie habituellement une vingtaine de livres par an, en 2004 elle n'est pas passée loin de la trentaine. Considérant que sur les plateformes des pirates les fichiers ne sont téléchargés que quelques centaines de fois environ, Bill Pollock estime que la contrefaçon ne constitue pas une véritable concurrence pour sa petite entreprise.

 

Au contraire, l'éditeur pense que le piratage serait peut-être même capable d'aider son business par effet de buzz. Il confie que les affaires de No Starch Press continuent de se développer chaque année depuis 15 ans, et se demande si les maisons coutumières des DRM peuvent en dire autant. Avant de rouler pour lui-même, Bill Pollock a notamment travaillé pour de grandes sociétés telles que Springer, Verlag, ou Osborne/McGraw-Hill, mais désormais il entend rompre avec l'orthodoxie du secteur.

 

Vendre des livres sur le hacking, certifiés sans DRM

 

La maison semble plutôt bien placée pour évoquer l'inefficacité des DRM contre les pirates, alors qu'elle a vendu par milliers d'exemplaires sa seconde édition de Hacking: The Art of Exploitation. Certes, le titre ne peut être considéré comme un équivalent au manuel de fabrication de bombes artisanales, The Anarchist Cookbook, dans le domaine du piratage informatique. Mais on imagine très bien sa version numérique se balader sur des sites web peu scrupuleux en matière de copyright. 

 

Selon Bill Pollock, la clé d'un succès réside avant tout dans la qualité du travail d'éditeur. C'est pourquoi au sein de la maison 10 des 18 employés ne se consacrent qu'à l'édition. La société préfère ne pas publier trop de livres, mais d'en produire des bons, qui répondent aux attentes de ses lecteurs. Il ne conçoit pas son travail comme d'autres, qui se contenteraient selon lui de faire un produit, d'y coller une étiquette et d'espérer parvenir à le commercialiser. Pour ce faire il cherche notamment à trouver de nouvelles niches.

 

Dans son désir de comprendre et d'anticiper les attentes du public, il se rend régulièrement aux conférences sur le piratage informatique. Il estime que les hackers sont, plutôt qu'une forme de terroristes connectés, des gens qui souhaitent avant tout savoir comment fonctionnent les choses à l'ère numérique, « qui accordent de la valeur à la liberté, la vie privée et la créativité », pas tellement loin en somme de figures de la Silicon Valley telles que Steve Jobs et Steve Wozniack.

 

(via PublishingPerspectives)