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Norvège : les éditeurs refusent de vendre leurs livres sur Google Play

Clément Solym - 16.06.2014

Lecture numérique - Usages - Google ebooks - Play Norvège - modèle économique


L'offre de Google Play Books pour la Norvège a été déployée voilà deux semaines, mais pas un seul ouvrage en langue norvégienne n'est disponible. Les lecteurs devront se contenter de 5 millions de titres étrangers, en guise de catalogue. Un refus catégorique de la part des éditeurs a conduit à ce que le site s'ouvre, sans aucun ouvrage en norvégien.

 

 

Norvegian sailors

marins norvégiens...

Ternua, CC BY NC ND 2.0, sur Flickr

 

 

« Nous travaillons dur avec les éditeurs locaux, pour obtenir des livres norvégiens pour Google Play. Actuellement, nous lançons des centaines de milliers de titres en anglais et dans d'autres langues », explique Santiago de la Mora, responsable Google Europe. Mais pour l'heure, c'est en vain. 

 

C'est le 45e pays dans lequel Google propose son offre de livres numériques, et pourtant, des maisons comme Gyldendal, Cappelen Damm et Aschehoug sont totalement absentes. D'autres sont intéressées, bien entendu, mais les gros groupes locaux n'ont rien signé.

 

Erling Kagge, de la maison éponyme, explique : « Nous n'avons pas encore été contactés par Google, et nous n'avons aucune idée de ce que cela peut impliquer en termes d'opportunités. Mais je les invite à nous appeler. Nous sommes intéressés par l'utilisation de toutes les plateformes pertinentes et adaptées pour vendre nos livres. »

 

De son côté, Harald Ofstad Fougner, qui dirige la section numérique de la maison Gyldendal est plus sec : « Nous avons été en contact avec Google, mais nous n'avons pas eu le sentiment que leur modèle économique soit bénéfique pour nous. En outre, Google Play est une plateforme complètement marginale pour la vente d'ebooks. » Il surveillera cependant l'évolution, pour voir si les conditions changent, et que les ventes décollent. (via Aftenposten)

 

Dans le pays, les ventes  numériques restent négligeables, par rapport aux ventes papier. D'autant que, si les éditeurs sont contraints par des accords de confidentialité, signés avec la firme américaine, certaines sources affirment que la société réclame des remises de l'ordre de 52 %. Sur l'année 2013, les ventes d'ebooks auraient atteint 19 millions de couronnes suédoises. Une paille, en hausse de 70 % par rapport à 2012, certes, mais une paille tout de même face aux 5,6 milliards de couronnes de l'industrie du livre en 2013. 

 

Pour Magnus Nytell, responsable numérique du groupe suédois Bonnier, ce refus de Google est une grave erreur de la part des éditeurs. Et pour cause : ce dernier, en Allemagne subit de plein fouet les négociations commerciales âpres avec Amazon. Et nécessairement, il sait combien le monopole d'un acteur unique peut poser problème. « Je ne comprends pas la stratégie des éditeurs norvégiens. Il est dangereux de penser de cette manière. » (via Aftenposten)

 

La Norvège pratique aujourd'hui une TVA de 25 % sur le prix des livres numériques, contre 0 % pour les ouvrages papier, un modèle similaire à celui de l'Angleterre. D'ailleurs, sa politique tarifaire est régulièrement mise en cause, du fait d'un prix fixé par l'éditeur, alors que son voisin, la Suède, a ouvert ses prix à la concurrence. Un livre numérique est vendu en moyenne pour 93 couronnes norvégiennes, soit 11,45 €, avec en moyenne, 20 à 25 % de réduction par rapport au prix physique grand format.