“Nous devons corriger notre société, avant de corriger internet“

Clément Solym - 21.12.2015

Lecture numérique - Usages - internet Pirate Bay - société capitalisme - Karl Marx


Quand l’un des fondateurs de la plateforme The Pirate Bay baisse les bras, on s’attend presque à ce que le net s’effondre. Peter Sund est particulièrement défaitiste : « Internet, aujourd’hui, c’est de la merde. C’est foutu. C’était probablement déjà foutu avant, mais c’est pire que jamais. » Qui profite réellement de ce que des armées d’avocats se lancent à l’assaut des sites proposant des liens torrent ?

 

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thierry ehrmann, CC BY 2.0

 

 

Ils étaient trois jeunes, en 2003, certainement bourrés de talent, à monter ce qui deviendra le plus important et le plus symbolique des moteurs de recherche de liens torrent. Peter Sunde, Fredrik Neij et Gottfrid Svartholm se lancèrent avec dans l’idée ce site de partage. En 2009, ils furent condamnés, au terme d’un procès particulièrement controversé, pour violation du droit d’auteur.

 

Sunde fut incarcéré en 2014 et libéré un an plus tard. Il s’est relancé dans la course, avec le développement de Flattr, un outil de microdons pour développeurs de logiciels. Avec Motherboard, il revient sur pas mal de choses.

 

Au menu, la loi sur la neutralité du Net en Europe, qu’il fustige littéralement. « La Finlande a fait de l’accès à internet un droit humain, voilà quelque temps. Ce fut une chose intelligente [...] et la seule positive que j’ai observée dans l’ensemble des pays du monde, en ce qui concerne internet. »

 

Et d’aligner : internet ouvert ? C’est un mythe disparu, façon Atlantide. « Nous sommes en train de perdre les droits et privilèges de toujours. [...] La tendance va tout simplement dans un sens : un internet plus fermé et plus contrôlé. Ce qui a un grand impact sur notre société. [...] Si vous avez un internet plus oppressé, vous avez une société plus oppressée. »

 

La toile, devenue un modèle exacerbé de capitalisme, l’idée n’est pas nouvelle, mais ses répercussions font frémir. « Regardez toutes les plus grandes entreprises du monde, elles sont basées sur internet. Regardez ce qu’elles vendent ? Rien. Facebook n’a pas de produit. Airbnb, la plus grande chaîne d’hôtels dans le monde n’a pas d’hôtels. Uber, la plus grande compagnie de taxi au monde n’a pas de taxis. »

 

Avec une observation tranchante : les compagnies n’ont qu’un faible nombre d’employés, et des bénéfices délirants. « Apple et Google dépassent les compagnies pétrolières de loin. »

 

Des propos que l’on attend dans la bouche d’un pirate, même repenti. Mais c’est bien cette société consumériste qui est totalement condamnée. « Notre monde tout entier est strictement concentré sur l’argent, l’argent, l’argent. Voilà le plus grand problème. Voilà pourquoi tout fout le camp. Voici ce que nous devons corriger. Nous devons nous assurer de prendre une meilleure orientation dans notre vie. »

 

Il brandit alors le Kapital de Marx, comme perspective unique de salut. « Je suis un socialiste. Je sais que Marx et le communisme n’ont pas fonctionné avant, mais je pense que dans le futur, nous avons la possibilité de faire un communisme total, et un accès égal à tous dans le monde. » 

 

Changer le monde, la belle affaire ? Tout débutera par de la pédagogie. « Les gens pourraient se rendre compte que ce n’est pas vraiment une bonne idée que tous nos données et fichiers soient sur les serveurs d’entreprises comme Google et Facebook. [...] Nous devons corriger notre société, avant de corriger internet. »