Numérique : décloisonner et s'ouvrir, pour donner vie aux oeuvres

Clément Solym - 21.06.2011

Lecture numérique - Acteurs numériques - ebook - penser - livre


La dimension numérique qui occupe de plus en plus les maisons nécessite, estime Charlie Redmayne, que les éditeurs établissent un véritable plan de développement des contenus qu'ils produisent.

Il faudrait en effet regarder par-delà le livre papier et l'utilisation traditionnelle qui en est faite, considère le vice-président monde en charge du numérique chez HarperCollins. Au cours d'une conférence qui se tenait durant la Publishers Launch London, sur la question des compétences à acquérir pour l'édition, Charlie s'est donc fendu de quelques réflexions.

« Les éditeurs ont besoin de devenir non plus simplement des éditeurs de livres, mais des personnes avec une vision du contenu, et il n'existe pas encore suffisamment d'éditeurs dans l'industrie qui disposent de ces compétences », regrette Charlie. Le risque, dans ce cas de figure, c'est que l'on perde le contrôle du contenu, dès lors qu'il bascule dans le monde numérique. Regarder au-delà du livre, en effet, l'idée est intéressant, mais qu'est-ce que cela signifie ?

« La personne qui saisit réellement comment raconter cette histoire dans le cadre d'une application est celle que l'on doit écouter, sinon, vous allez vous retrouver avec une application qui est un livre, alors qu'elle devrait être très différente. »

L'intervention de Juan Lopez-Valcarel, directeur des produits numériques chez Pearson considère pour sa part que l'édition est l'industrie la plus repliée sur elle-même qu'il lui ait été donné de rencontrer. Et il est grand temps pour chacun de quitter sa petite île pour aller chercher de nouvelles idées, puiser des talents ailleurs que dans cet univers. Rechercher des frictions, et les trouver, signifie que l'on est devant quelque chose d'intéressant, à exploiter, alors que « si tout le monde est d'accord avec vous, vous n'avez qu'une chambre d'écho », souligne-t-il.

Et le risque de créer un produit sans âme, simplement parce qu'il n'y aura pas eu d'échange ni de confrontation des idées.

Mais surtout, il est impératif que les personnes recrutées avec cette nouvelle vision, ou du moins pour l'apporter soient pleinement intégrées à l'équipe, conclura Charlie. Surtout s'assurer que les nouveaux entrants « sont intégrés dans le reste de la société, sinon vous allez vous retrouver avec des départements numériques », et sans parvenir à avancer.

De beaux discours, que l'on contrebalancera toutefois en rappelant que c'est justement HarperCollins qui avait décidé d'instaurer une politique sur le prêt d'ebooks en bibliothèque parfaitement imbécile. En février dernier, l'éditeur décidait en effet que les ebooks seraient disponibles pour 26 prêts maximum - au terme desquels il faudrait racheter le livre - mais également qu'un seul ouvrage serait disponible en prêt à la fois. (notre actualitté)