Numérique et papier : Traiter les contenus en transmédia

Julien Helmlinger - 26.03.2014

Lecture numérique - Usages - Transmédia - Papier - Numérique


Édition dématérialisée, format imprimé traditionnel et autres contenus transmédias. Les canaux emmêlés de l'information et de l'édition étaient au centre d'un débat, ce lundi, au Pôle Savoirs et connaissances du Salon du livre de Paris. L'occasion d'un brainstorming sur l'évolution de toute une série de professions, à l'heure où la télévision s'invite sur le web et le numérique sur le papier. Philippe Thureau-Dangin, d'Ina GLOBAL, Olivier Poivre d'Arvor, de France Culture Papier, Alban Cerisier, des éditions Madrigall, Philippe Jannet du site epresse.fr, et Guillaume Decitre, président des librairies éponymes, figuraient au rang des intervenants.

 

 

 

 

Pour Alban Cerisier, des éditions Gallimard, la technologie numérique est « clairement une chance qui intervient à tous les niveaux de l'industrie de l'édition, et bien qu'elle soit porteuse d'éléments d'anxiété, notamment en ce qui concerne une éventuelle rupture de la chaîne du livre ». L'éditeur évoque notamment les récentes études statistiques, qui semblent s'accorder en indiquant que la nouvelle technologie devrait non seulement « constituer un levier pour l'économie, mais également pour la lecture ».

 

Si le papier était le moins cher hier, désormais c'est le cas du dématérialisé, et « le transmédia doit faciliter l'accessibilité », diagnostique Philippe Jannet. Le numérique est une « grande opportunité aux yeux de Guillaume Decitre également, qui admet toutefois que « cela peut faire peur quand on est libraire, ou quand l'on considère que les licences d'utilisations ne sont pas de véritables acquisitions de biens ». Il pointe par ailleurs les manques d'interopérabilité et autres flous de propriété intellectuelle, en environnements fermés, des questions qu'il trouve « dingues ».

 

Conquérir de nouveaux contenus

 

La nouvelle donne permet de « conquérir de nouveaux contenus », estime Olivier Poivre d'Arvor, mais tout dépendrait de l'environnement managérial. Dans le cadre de France Culture Papier, passage du texte radiodiffusé à celui imprimé, le nouveau business model a été rapidement trouvé. L'entreprise a notamment pu s'appuyer sur le soutien du réseau des libraires et il peut en conséquence affirmer que « le papier est en pleine forme ». Aujourd'hui il faudrait être sur tous les supports, selon Philippe Jannet, « l'important c'est de trouver son public ».

 

Quand Poivre d'Arvor regrette qu'il n'existe pas de véritable revue pour parler de médias, Jannet souligne qu'« intéresser les journalistes aux lecteurs, et leur faire comprendre qu'il faut leur plaire, c'est de l'évangélisme, une vaste affaire ». Mais quoi qu'il en soit, « Amazon met tout le monde sur les plateformes ». Ce qu'il faut en conséquence c'est mettre en place son écosystème ou risquer de perdre le lien avec les lecteurs et les librairies.

 

Alban Cerisier explique que dans le cadre de son activité éditoriale, « la première étape vers le transmédia a été apportée par les auteurs eux-mêmes », et ce, relativement vite précise-t-il. L'éditeur se posant en interlocuteur des créateurs, son but et sa promesse concernent la publication des contenus qu'ils attendent. Mais outre les formats de publications, la nouvelle technologie s'invite également à d'autres niveaux. Il cite notamment la prescription qui passe désormais par le web. 

 

Désormais le numérique serait donc d'ores et déjà présent dans le processus de fabrication de textes, contenus qui se rapprochent parfois du jeu vidéo, plus généralement en ce qui concerne les titres éducatifs pour les jeunes. Les supports auraient tendance à converger, estime Alban Cerisier, et l'éditeur se demande si « le fil de la linéarité de l'histoire ne pourrait pas être perdu par les lecteurs ». Pour lui, le traitement des contenus transmédia fait partie des « enjeux intellectuels de l'édition ».

 

Destruction créatrice

 

Comme le ressent Philippe Thureau-Dangin, qui évoque la destruction créatrice de Schumpeter, on observerait effectivement un phénomène de convergence des diverses formes de médias. L'émergence de la technologie numérique aurait donné ses « apports en termes de flux, de disponibilité, de réseau, mais sans cannibaliser le papier ». Car ce dernier apporterait autre chose.

 

Il suggère donc la « création de bouquets, de juxtapositions de pensées entre deux sujets, deux auteurs »... mais d'éviter une homogénéisation des parcours, une perte de richesse linguistique ou de substance. Le but du contenu transmédia, selon Olivier Poivre d'Arvor, c'est de « fabriquer des objets symboliques, de la valeur, ce qui peut avoir du sens dans un format numérique comme physique ». Il estime qu'« entre les deux, se trouve l'espace de réflexion ».

 

Pour Philippe Jannet, « il faut se débarrasser de l'opposition idéologique des supports », mais il ne peut que regretter ces firmes qui censurent des ouvrages, et dont les objectifs ne semblent être que de se constituer des bases de données clients et esquiver les filets de la fiscalité. Selon lui il serait temps d'égaliser les règles, mais « s'il faut attendre les pouvoirs publics on n'a pas fini ». 

 

Guillaume Decitre évoque quant à lui l'enjeu de la surabondance de l'offre, par opposition aux statistiques de lecture qui indiquent des taux de consommation livresque à la baisse. Pour lui il faudrait peut-être songer à « réinventer le contrat de réciprocité entre les lecteurs et ceux qui font le livre ».