Numérique : hackez ma BD, pour mieux l'acheter !

Antoine Oury - 08.03.2013

Lecture numérique - Usages - Spécial Origines - Fred Boot - crowdfunding


Depuis plusieurs mois, la diffusion des livres numériques a saisi à bras-le-corps les possibilités du Web, et notamment ces canaux gratuits et libres qu'il a mis en place dès sa naissance, les réseaux Warez (partage et échange gratuit de fichiers). Rappelant que ces derniers ne sont pas forcément illégaux, Fred Boot les utilise pour distribuer sa dernière BD, Spécial Origines, et financer ainsi une version papier en crowdfunding.
 
 
 

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Faire du gratuit un modèle de financement ? Ce non-sens du commerce a pourtant fait ses preuves pour la bande dessinée de Fred Boot : l'apport monétaire fut si important que l'objectif fixé par l'auteur sur Kiss Kiss Bank Bank est dépassé en moins de 24 heures. Et il reste 17 jours à l'économie participative pour combler le créateur. Mais revenons légèrement en arrière...
 
L'histoire de Spécial Origines démarre en novembre 2012, quand Fred Boot, 38 ans, graphiste et exilé en Chine depuis 6 ans, commence à griffonner quelques planches qu'il fait tourner sur le Web, en premier lieu à ses amis. « Ma première bd "professionnelle" date de 2008. Je n'ai rien planifié à l'avance, même si j'ai toujours mis mes albums en lecture gratuite sur le web avec un lien permettant de commander la version papier », nous explique Fred Boot.
 
Ne lui demandez pas de quel maison il vient : depuis l'autre bout du monde, le dessinateur et scénariste BD observe l'édition française comme un jet rutilant qui ne franchirait pas les distances. « Cela me vient de mon premier album : comme pas mal d'ouvrages, à sa sortie il est resté 2 ou 3 semaines en librairie, puis plus aucune visibilité, plus rien. J'ai pris conscience que dans cette situation, le web peut être une opportunité d'attirer plus de gens sur une durée plus longue. »
     
L'album Spécial Origines se présente sur les sites de Torrent et sur MediaFire, un site de téléchargement direct, sous une forme réduite à 11 pages. Plutôt qu'une librairie, le Web de Fred Boot serait la bibliothèque idéale : entrée libre et permanente, et pas d'amende en cas d'oubli. Pas de DRM ou autres verrous non plus sur Spécial Origines, tout est dit... « Et puis de toute façon, une simple capture d'écran permet de dupliquer le contenu », souligne avec lucidité l'auteur. 

 

Les réseaux informels, encore largement craints dans le milieu de l'édition, fournissent finalement un outil promotionnel bien plus efficace que Facebook et Twitter, devenus extrêmement communs. Et Fred Boot a besoin de cette présence marquante, puisqu'il est privé de « présence "physique" en France », dans les conventions ou soirées.
 
Avancer groupés
 
Par rapport à un circuit créatif traditionnel, qui fait avancer l'artiste devant son public une fois l'oeuvre terminée, le crowdfunding aligne les promesses afin de capter l'attention, tout en se reposant quasi exclusivement sur la relation que l'auteur est capable de nouer avec ses lecteurs. Ces derniers « me montrent une confiance qui n'arrête pas de me surprendre. Il y a des gens qui sont parfois dans la dèche, qui m'aident quand même à financer une version papier. De mon côté, je propose des dédicaces ou des portraits personnalisés pour les contributeurs les plus généreux. Certains me demandent très gentiment d'apparaître avec leur conjoint, je trouve ça très chaleureux » explique Boot depuis Hong Kong.
 
C'est ce dernier aspect qui a particulièrement marqué l'auteur : la convivialité que suscite le projet papier derrière le numérique, « paradoxalement quelque chose qui n'est ni "matériel" ni quantifiable ». Outre le numéro 1 version papier, le crowdfunding réussi pourrait lui permettre d'imprimer dans la foulée le numéro 2, mais Fred Boot « ne pense pas refaire systématiquement du crowdfunding dans l'avenir, ce serait une voie de garage. C'est une manière de démarrer quelque chose, pas un système en soi. »
 
D'ailleurs, le crowdfunding à ses limites : Fred Boot a limité le nombre d'exemplaires papier à 300 et les pages à 20, pour « un ouvrage léger, pas trop cher à envoyer par la poste, et une quantité que je puisse écouler par la suite ». Mais il y a le contrôle à 100 % de la création, « pas de marketeux pour décider de la couverture de mon bouquin », et la conquête de nouveaux lecteurs. Pour tout le reste...
 



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