Numérique : musique ou livre, le bourrage de crânes

Clément Solym - 05.04.2011

Lecture numérique - Acteurs numériques - ebook - livre - musique


On compare régulièrement, même si les observateurs parviennent enfin à en revenir - le passage de la musique au monde numérique, avec celui du livre devenu (voire devenant) numérique. Les similitudes ne sont pas si nombreuses. Mais les faux prétextes, eux, sont légion.

Dans un article paru dans le Monde diplomatique, Laurent Chelma, premier informaticien en France inculpé puis relaxé, pour une histoire de piratage, propose une réflexion passionnante sur le devenir de l'industrie de la musique et son rapport à la Toile. Il est également auteur d'un ouvrage Confessions d'un voleur : Internet, la liberté confisquée, gratuitement consultable. (voir en PDF)


Selon lui, les opposants (il s'en trouve dans la rédaction) à Hadopi se sont retrouvés dans une position de formuler des propositions pour « sauver les artistes », face au piratage et au Peer-to-Peer. « Le risque, quand on fait de telles propositions (licence globale, “contribution créative”), c’est de justifier les mensonges des majors : si l’on cherche des solutions pour rémunérer les musiciens, c’est bien que le P2P leur fait perdre de l’argent... »

Évoquant ainsi le « bourrage de crâne » que le consommateur peut subir, il pointe surtout que les études « réellement indépendantes » sur les conséquences du piratage auraient plutôt tendance à montrer que « l'impact du P2P sur les ventes de disques, il est minime, voire légèrement… positif ». Diantre. Et que rien, pour rester dans l'industrie du disque, ne permet de valider de causalité entre échange et crise. Or, ses arguments ont tout autant de poids si l'on évoque l'industrie du cinéma.

Et s'il y avait moins d'argent ?

Pour l'heure, le livre numérique est encore, en France, un grand épargné. Et ce n'est pas la contrefaçon du dernier roman de Guillaume Musso qui contredira ce fait. Elle représente plutôt l'exception confirmant la règle. Mais avant de clamer que le livre est menacé par le piratage, plusieurs points sont à prendre en compte.
D’abord et avant tout, il faut rappeler l’évidence : le budget culturel des ménages n’est pas extensible à l’infini. Avec l’essor des consoles de jeux, l’augmentation des ventes de DVD, les lecteurs MP3, les records d’entrées au cinéma, les appareils photo numériques, les forfaits de téléphonie mobile pour toute la famille, le prix des abonnements à Internet, il n’est guère surprenant qu’un rééquilibrage se fasse au détriment d’une industrie musicale qui n’a pas su se renouveler.
Dont acte. D'autre part, contrairement au cinéma, la musique s'est, elle, repliée vers des taxes et autres ponctions, quand le film a diversifié ses canaux de vente et ses offres.

Voire, qu'on pratiquait de mauvaises politiques ?

Laurent Chelma pointe également des politiques tarifaires incongrues, que pour l'heure, le monde du livre continue de pratiquer :
Le prix moyen observé du DVD était, en 2004, de 15 euros. Quatre ans plus tard, le prix moyen d’un CD était de… 14,40 euros (3). Le nombre d’artistes et de techniciens impliqués dans la création d’un film est pourtant en général bien supérieur à celui que nécessite la sortie d’un album de musique. Est-ce à dire que les acteurs sont moins bien rémunérés que les musiciens ? On n’ose le croire.
Le livre numérique, pas plus que le livre papier, ne connaît encore de crise. Et bien ce que l'on ne leur souhaite pas. Cependant, à prendre les consommateurs pour des guignols, il est une industrie qui paiera chèrement le mécontentement de ceux-là mêmes qui achètent aujourd'hui et lisent.

La crise pourrait alors venir de ceux qui la brandissent, et qui par excès de zèle, ne font rien pour améliorer la situation.

Et le devenir ?

Et l'on pourrait tout à fait changer un ou deux mots - musique par livre, artistes par écrivains - pour que ces deux paragraphes reprennent sens dans quelque temps.
Mais alors, que faire pour sauver la musique et les musiciens ? Avant toute chose, il est une autre idée reçue qu’il faudrait démolir : non, la crise du disque (quelles qu’en soient les raisons) ne menace pas la diversité musicale. Non seulement la musique a toujours existé et existera toujours, qu’elle soit ou non rémunérée, mais l’essor des musiques libres (Dogmazic, Jamendo...) prouve que les problèmes de l’industrie du disque n’affectent en rien la créativité.

Il faut en effet bien séparer deux choses : un circuit de distribution en crise d’un côté, et des auteurs de l’autre. S’il est de bonne guerre pour les majors d’avoir su mettre de leur côté les artistes en les dressant contre leur public, ce n’est pas une raison pour tomber dans le même piège : les artistes ne sont pas responsables, sinon par leur silence, des dérives d’une profession qui n’a pas su s’adapter. Ils en sont les victimes, tout comme leur public.



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