Oeuvres indisponibles : après le XXe siècle, ReLIRE s'attaque au XXIe

Nicolas Gary - 02.07.2013

Lecture numérique - Législation - registre ReLIRE - livre numérique - numérisation


On ne saluera jamais assez le travail qu'opère le site Nitchevo, sur la question du registre ReLIRE. Dans un récent billet, l'équipe vient de pointer de nouvelles errances dans le projet de numérisation des oeuvres indisponibles du XXe siècle. À l'occasion d'une journée de présentation dans le CRL de Haute-Normandie, du projet ReLiRE, voilà que plusieurs détails n'ont pas manqué d'attirer l'attention.

 

Les erreurs de ReLIRE, il n'y a que les services du livre et de la lecture au ministère de la Culture pour les contester, et la BnF pour les nier. « C'est intenable, on en trouve de nouvelles tous les jours », nous avouait un éditeur, dépité. Il n'est pas le seul, et nombreux sont ceux qui s'agacent tout bas, et n'osent pas vraiment le dire tout haut. Voilà de quoi leur donner de la matière à se demander à quoi diable sert donc l'argent du Grand Emprunt.

 

C'est Long Shu Publishing qui a trouvé le premier couac, en découvrant le Storify que nous avions publié, suite à la présentation en Haute-Normandie

 

Pour mémoire, ReLIRE, c'est le registre qui recense les livres censément numérisés dans le cadre de la loi sur l'exploitation numérique des livres indisponibles du XXe siècle. On répète : DU XXe SIECLE. Eh bien, en réalité, non : il va y avoir des oeuvres du XXIe siècle. Et attention, le document est officiel, présenté conjointement par la SOFIA, Christian Roblin, la BnF, Juliette Dutour, le ministère de la Culture et de la Communication, Hugues Ghenassia de Ferran, la SGDL, Geoffroy Pelletier.

 

 

 

 

On trouve donc 1 % d'oeuvres publiées entre 2001 et 2013 dans le registre des 60.000 premières oeuvres qui sont référencées dans la liste des titres qui seront soumis aux scanners, à moins que les ayants droit ne décident de se retirer de cette liste. 

 

Lors de la présentation, les intervenants assuraient que 1500 oppositions avaient été formulées, et 800 validées. Mais il faut rappeler aux auteurs que la route est longue avant de pouvoir faire retirer un ouvrage. En effet, une auteure nous avait avertis de sa demande : une novella de Nathalie Dau, présente dans une anthologie, Royaumes, était disponible à la vente, donc méritait d'être retirée du registre. Et voilà la réponse faite par la BnF :  

Nous avons bien reçu votre signalement de disponibilité n° 2306 concernant votre recueil Royaumes : seize grands récits de fantasy / Stéphane Marsan.

Cette demande ne peut être validée, car la disponibilité d'une seule nouvelle de ce recueil n'a pas d'incidence sur le statut du recueil, qui est actuellement indisponible dans le commerce.

Par conséquent, si vous ne souhaitez pas que ce recueil entre en gestion collective, vous pouvez transmettre une demande

 

« Donc on a la confirmation que des textes peuvent entrer en gestion collective et être numérisés, quand bien même ils seraient par ailleurs réédités, et quand bien même cette numérisation risquerait de faire une concurrence déloyale au nouveau livre », en conclut l'auteure.

 

On n'a pas fini de rire...

 

N'oublions pas non plus que Nicolas Georges, responsable du service du livre et de la lecture avait écrit à la Society of Authors, présidée par Philip Pullman, pour présenter des excuses officielles de l'Etat français. Dans le registre des 60.000 titres, des oeuvres traduites étaient présentes :  

Ces erreurs ont été corrigées par la bibliothèque nationale dès qu'elles ont été repérées (jusqu'à présent nous avons retiré 150 livres traduits). La constitution de ce premier corpus de 60,000 livres a été difficile à réaliser compte tenu des délais et des trous dans les bases de données existantes. D'autre part, ces traductions étaient incluses dans des ouvrages collectifs, ce qui les a rendus difficiles à identifier. Dans tous les cas, ces erreurs auraient été repérées avant le processus de numérisation. 

 

On attend un remerciement pour avoir signalé les erreurs des slides de présentation... ActuaLitté avait découvert que l'achat de la première liste des 50.000 oeuvres par la BnF à la société Electre/Le Cercle de la librairie avait coûté 124.999 €, dans le cadre d'un marché public - portant donc à 2,5 € le coût de chaque titre, avant même que l'on ne commence la numérisation. Dans ces conditions, il est sidérant de se dire que l'ensemble de la base ReLIRE, qui doit contenir 500.000 oeuvres indisponibles, coûterait donc 1,245 million €. Et plus encore de se demander dans combien de temps le projet sera rentable, et surtout, à quel prix public les fichiers seront-ils commercialisés...