Oeuvres indisponibles ? L'Italie invente un registre ReLIRE vertueux

Nicolas Gary - 30.06.2014

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Pour recommercialiser des livres difficiles à trouver, ou indisponibles dans le commerce, les auteurs italiens ont mis en place une étonnante structure : Book Republic. La Liberia degli scrittori - la Bibliothèque des écrivains, est entièrement constituée d'oeuvres apportées par les auteurs, ayants droit, pour donner une nouvelle existence aux textes. Exactement ce qu'aurait dû être le registre ReLIRE, en France. 

 

 

 

 

L'histoire se répète, infatigable : entre 1918 et 1922, les imprimantes cessèrent de fonctionner à Moscou, et l'édition se retrouve sous le coup d'une censure farouche, exercée par les bolchéviques. Les livres circulent sous le manteau, et un groupe d'écrivain et d'intellectuels décide de créer la Bibliothèque des écrivains, qui favorisait alors cette circulation. À une époque où il fallait être fou pour s'opposer, il suffit aujourd'hui d'un site internet ; mais l'effet de circulation est le même. 

 

La Bibliothèque des écrivains qui s'est ouverte en Italie s'inscrit dans le même mouvement de résistance moscovite : pour lutter contre la censure commerciale, la rupture de stock, ou l'indisponibilité commerciale, les auteurs se sont emparés de la commercialisation numérique. 

 

Olivero Ponte di Pinon, actuel directeur de cette bibliothèque, prend son rôle très à coeur : « C'est un espace où vous pouvez rencontrer des écrivains et des lecteurs, échanger des conseils et des recommandations, et partager votre passion. Cette bibliothèque veut devenir un endroit pour ceux qui aiment les livres, indépendamment des gens et des catégories éditoriales : le seul critère que nous essayons de suivre, c'est la qualité et l'intérêt des textes, tout à la fois en fiction et non-fiction. »

 

La bibliothèque permet alors aux auteurs de mettre à disposition leurs textes, dès lors qu'ils sont introuvables sur le marché - et en version numérique. Et, comble, elle est ouverte à toute proposition de collaboration et de publication de textes en numérique, dès lors que les droits sont acquis. 

 

Les écrivains sont d'ailleurs sollicités pour apporter leur connaissance et ils se changent en bibliothécaires pour l'occasion, avec pour objectif de conseiller l'achat de tel ou tel livres, selon les goûts. 

 

On resterait presque médusé par la simplicité de l'opération : en incitant les auteurs à revendre leurs livres, sous la forme numérique, en s'appuyant sur la constitution d'une communauté, le projet a certainement coûté bien moins cher que ce qui sera dépensé pour ReLIRE en France

 

Non seulement l'intérêt est réel, parce que les titres sont réellement sélectionnés, mais surtout, on ne joue pas sur un volume démesuré, injectés dans « une usine à gaz», comme on peut l'entendre même au Syndicat national de l'édition. Mais surtout, le projet s'est consacré à celui que l'on appelle, en marketing, le destructeur final - le lecteur. On pourra toujours rappeler l'initiative de Multivers éditions, qui en France s'est donné pour mission, à la manière de la Bibliothèque en Italie, de republier des des oeuvres indisponibles.

 

ReLIRE est aussi éloigné de l'intérêt des lecteurs qu'on peut l'être : ce dernier n'est considéré que comme le porte-monnaie qui viendra béatement acheter des oeuvres indisponibles. Or, en regard du projet et de ses différents montages, jamais aucun particulier n'aura l'idée de se fournir en livres sur cet outil. Il faudra plutôt compter sur l'argent public des bibliothèques publiques et des bibliothèques universitaires pour réaliser les achats. 

 

Ah, si l'Italie avait inventé plus tôt une solution aussi vertueuse que simple, qui repose sur l'engagement des auteurs, et non sur leur spoliation... Bien entendu, le catalogue est modeste, mais la démarche est respectueuse. (via zeroventiquattro)