Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Opposition ReLIRE : chassé par la porte, le livre revient par la fenêtre

Nicolas Gary - 23.03.2014

Lecture numérique - Législation - registre ReLIRE - oeuvres indisponibles - numérisation


La nouvelle liste d'oeuvres intégrées dans le registre ReLIRE a été présentée dans le cadre d'une conférence de presse, au Salon du livre. 35.200 titres ont été intégrés ce 21 mars 2014,. On compte, dans ce nouveau paquet, 14.200 titres de littérature, et 14.100 d'histoire. Les sciences humaines et sociales représentent 6200 ouvrages. Libre aux auteurs, ayants droit ou éditeur de les laisser ou de demander leur suppression. Mais attention : cela peut prendre du temps… beaucoup de temps.

 

 

Registre ReLIRE - Centre national du livre

de gauche à droite : Hugues Ghenassia-de Ferran, (MCC), Nicolas Georges (MCC) Arnaud Beaufort (BnF), Christian Roblin (Sofia) Vincent Monadé (CNL) Régis Habert (Cercle de la Librairie)

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

David Calvo compte parmi les auteurs qui n'ont pas souhaité que leurs livres soient intégrés dans la base de données ReLIRE. En septembre 2013, il demande que son titre, Délius, une chanson d'été, soit retiré. Et le 10 octobre, il reçoit une lettre officielle, lui annonçant que sa demande d'opposition est acceptée. Le titre sera donc retiré.

 

"J'avais l'impression de mendier mon misérable quignon de pain."

 

« Hier, suite à la conférence de presse Relire au Salon du livre, par curiosité, je suis allé voir la moisson des livres tombés sous le coup de la loi en 2014. J'en avais moi-même fait l'expérience l'année dernière, sans avoir été mis au courant, et j'avais entrepris la démarche de récupérer ces droits qui m'appartenaient, dans la période légale (avant le 21 septembre 2013) », explique-t-il à ActuaLitté.  

 

 

 

 

 

« J'avais l'impression de mendier mon misérable quignon de pain. J'avais reçu une attestation, laconique, presque cynique, où la froideur du langage technocrate me donnait l'impression d'avoir abusé de leur patience, mais que dans leur magnanimité, ils concédaient le terrain. »

 

Sauf que : surprise. En parcourant la base, David retrouve l'ouvrage pour lequel il avait formulé sa demande d'opposition, bel et bien présent dans la liste 2013 des ouvrages entrés en gestion collective. « Rien n'est rentré dans l'ordre, il est toujours là mon bouquin, mon premier livre, que j'ai eu le malheur d'écrire trop tôt. » Par quelle magie ? Celle des éditions… 

 

Le titre concerné avait été publié en 1997 aux éditions Mnémos. « J'ai ressorti l'attestation qu'ils m'avaient fait parvenir, pour me rendre compte que le livre qui allait être retiré était la réédition poche chez J'ai Lu, de ce même livre... réédition parue en 2003, soit 3 ans après la date légale de ReLIRE. » C'est triste, mais c'est ainsi : pour la liste 2013, présentée dans une fameuse précipitation, il se trouvait en effet 1 % de titres parus entre 2001 et 2013. Et ce, alors que le registre ReLIRE ne devait concerner que les titres du XXe siècle. Les auteurs et les livres concernés attendent toujours les excuses des responsables, paraît-il, pour cette erreur.

 

 

Registre ReLIRE

Surtout, n'oubliez pas votre marque-page papier, pour les futurs livres numériques de ReLIRE

 

 

"Il y a des explications possibles : bug dans la base de données, négligence, lenteur et approximation des protocoles d'une usine à gaz, arrogance administrative, pli dimensionnel, trou noir. " 

 

 

« C'est doublement confondant : mon erreur aura été de ne pas avoir mieux lu cette attestation au moment de sa réception, et de ne pas avoir saisi l'étendue du problème plus tôt. Car ma demande de retrait portait sur la version 1997 - je n'avais aucune raison de protéger un bouquin paru en 2003. Ou alors on a changé d'univers », poursuit David. 

 

« Il y a des explications possibles : bug dans la base de données, négligence, lenteur et approximation des protocoles d'une usine à gaz, arrogance administrative, pli dimensionnel, trou noir. L'évidence, pourtant : moi, ça me fait flipper. Ces bouquins, ce sont des bouts de moi, que je veux laisser vivre à mon rythme. J'ai recommencé le processus pour re-réclamer ce qui m'appartient - en remplissant leur profil sur leur site, en envoyant des mails. En redonnant les mêmes justificatifs. Il est peut-être trop tôt pour crier au loup, et, finalement, je ne suis pas à l'abri d'avoir mélangé deux maisons d'éditions sur ma demande originale. Et quand bien même, c'est écrit là, en toutes lettres : ma réédition de 2003 était bien au registre des livres indisponibles. »

 

Joint par téléphone, David Calvo parle «  d'un véritable préjudice moral. Je ne suis pas procédurier, mais le drame, c'est que j'ai entendu parler de ce projet, mais je ne me suis pas décidé à prendre la parole. Il a fallu que ça me touche personnellement pour que je me décide. Il faudrait pourtant que l'on fasse prendre conscience que ce truc existe, et qu'il fait du mal à plein de gens qui l'ignorent. »

 

L'exemple est édifiant : alors que les parties engagées s'échinent et répètent qu'elles veulent défendre le droit d'auteur, le droit des auteurs, c'est avec de pareils imbroglios que les auteurs, justement, doivent perdre leur temps. Une oeuvre, plusieurs éditions, et une demande d'opposition à formuler pour chacune, soit autant de contraintes qui s'exercent. Mais que l'on se rassure : c'est constitutionnel...

 

Dont acte.