Où l'on reparle de la vente couplée, ebook et Reader

Clément Solym - 04.10.2010

Lecture numérique - Acteurs numériques - vendre - ebook - lecteur


 Les tablettes, les lecteurs ebook dédiés, les smartphones : la technologie prend d'assaut de toutes parts le marché de l'édition. Les éditeurs, petits ou grands, sentent la situation leur échapper et se débattent de plus en plus dans ce nouveau secteur. Numérique, mon amour...

La question émane souvent du grand public, peu au fait des enjeux en France. Dernièrement, un proche de la rédaction nous demandait pourquoi les offres alliant éditeurs et fabricants de lecteur ebook n'avaient toujours pas cours chez nous ? Alors que ces appareils n'ont aucun sens privés des oeuvres qu'ils permettent de lire, le livre numérique semble moins contraint par l'outil qui le lira.

Pourtant, si l'on ne veut pas tomber sur Charybde ou Scylla, Apple et Amazon, voir dans la gueule de Google, cette alliance ferait éminement sens : d'un côté, un fabricant (voire plusieurs ?) de l'autre, des éditeurs qui sauvegardent leurs oeuvres et augmentent leurs ventes, en basculant dans un monde où l'offre de contenu se couple à celle du contenant...


La dépendance aux grands acteurs du net, c'est la lutte sauvage pour conserver son identité, tandis que dans un partenariat, chacun chez soi, et les vaches seront bien gardées. Le modèle serait viable, aussi bien outre-Atlantique que chez nous : un lecteur ebook, préchargé avec des oeuvres récentes - que l'on arrête un peu le libre de droit ! - le tout vendu sans supplément tarifaire pour la machine... un doux rêve ?

Dans ce onde idéal, et un brin parfait, le constructeur vendant sa machine reverse une part de ses recettes à l'éditeur, qui d'une part a fait connaître ses livres, de l'autre, génère de l'argent. Un accord win-win, du moins sur le papier. Parce qu'en coulisses, les choses deviennent plus complexes. Les fabricants se plaignent que les maisons - entendez, les grandes maisons historiques, celles qui publient les livres retenus pour les prix littéraires... - ne jouent pas franc jeu dans cette affaire. Ici, ça traîne des pieds, là, c'est farouchement opposé, et partout, on brandit le prix unique du livre, certes originellement créé pour défendre les éditeurs, mais qui par ricochet, a préservé la librairie.

« Bien sûr, la librairie serait dans une position délicate, sans la loi Lang. Mais aujourd'hui, cette mesure de protection qui a mis l'industrie à l'abri durant trente ans, se reflète lourdement sur le secteur. Protégé, et peut-être même trop protégé, il est à l'image de cette loi : incapable d'autoriser ou de penser la moindre innovation », nous explique une éditrice freelance. « Ne cherchez pas trop loin la raison de l'absence d'une offre couplant lecteur ebook et livres numériques : elle tire ses racines de la loi Lang. Ce qui n'en fait évidemment pas une mauvaise loi pour autant. Bien au contraire. »

Protégés, et pourtant prisonnier de cette prison dorée ?