Outils numériques et services : où en est l'autoédition ?

Clément Solym - 05.01.2012

Lecture numérique - Acteurs numériques - Autoédition - Kindle - Amazon


Sous sa forme actuelle, la plateforme de commercialisation de livres par iBooks ne serait pas de taille à lutter contre Kindle Direct Publishing, le système d'Amazon pour permettre aux auteurs de s'autoéditer.


Dès le lancement du Kindle, première génération, Amazon uinaugurait la plateforme KDP, ou Kindle Direct Publishing, en bêta test. Comme son nom l'indique, il permet une édition rapide et facilitée à l'extrême d'un livre par son auteur, en d'autres termes il a démocratisé l'autoédition. En France, il s'est également ouvert concomitamment au lancement du Kindle. Outre-Atlantique, cela avait provoqué le courroux des autres libraires numériques comme Apple, Smashwords ou Lulu.

 

Depuis plus personne n'y pense vraiment, mais Amazon dispose avec cet outil d'un réservoir à auteurs démentiel, dont il compte bien se servir pour faire grossir le catalogue de livres numériques proposés gratuitement par le biais de sa bibliothèque. Or, si les auteurs passés par KDP souhaitent en être, Amazon leur a demandé de retirer leurs livres des autres librairies, et ce quel que soit le format, numérique ou non.

 

L'appât, deux gains

 

Le choix d'Amazon semblait suicidaire, quel auteur aurait volontairement réduit ses possibilités de vendre des livres ? Aucun. Sauf si d'autres possibilités leur étaient offertes… Et cela Amazon l'a bien compris. En mettant à disposition une plateforme d'édition simplifiée, il a attiré les auteurs indépendants, quitte à se séparer d'auteurs déjà établis. 

 

Et si ça ne suffisait pas, Amazon a appâté les auteurs avec une cagnotte de 500.000 dollars qui sera répartie chaque mois entre les différents auteurs autoédités en fonction du nombre de téléchargements de leur livre. 

 

De quoi séduire, évidemment, et vaincre les dernières réticences des uns et des autres ? Poutant, ces éléments comptaient encore parmi les bons côtés du système Amazon.

 

Le mauvais côté :  sur Amazon, le pourcentage pour l'auteur est de 35% si le livre est vendu moins de 2.99$ ou plus de 9.99€. Mais pour un livre vendu entre ces deux tarifs, la redevance est de 70%. 


La principale contrainte pour un auteur KDP est dans le contrat : Amazon se réserve le droit d'ajuster unilatéralement le prix d'un ebook si ce dernier est disponible à un tarif inférieur sur d'autres plateformes. aux auteurs d'harmoniser leurs prix, ce qui n'est pas toujours évident soit dit en passant entre les conversions euros-dollars et les effets de TVA qui peuvent différer d'une plateforme à l'autre..

 

Sur iBooks par exemple, la répartition 70% pour l'auteur et 30% pour le distributeur reste fixe, quel que soit le prix de vente du livre. Et surtout, pour l'heure, aucune forme de chantage, même discret.

 

Le diable est dans les détails

 

Or, Amazon est plus chafouin encore, on avait découvert que les excellents chiffres de téléchargements depuis Amazon pouvaient être dus à des prix plus bas que ceux initialement prévus. Il est d'ailleurs tout à fait possible qu'un ebook soit disponible gratuitement, ou que son auteur puisse se faire de la pub en le distribuant sans contrepartie. Une solution pour permettre aux auteurs ou à Amazon de gonfler tout à fait artificiellement leurs chiffres.

 

Une cagnotte, des auteurs avides de reconnaissance, il n'en fallait pas plus pour qu'un système douteux soit mis en place. Et les réponses des autres distributeurs ne sont pas (encore) à la hauteur. Aucun concurrent ne s'est opposé à la vision d'Amazon de l'autoédition.

 

Pour l'instant l'iBooks Store permet une auto-commercialisation, mais ne met pas à disposition des auteurs des moyens aussi complets que ceux proposés par Amazon pour leurs livres. L'écosystème qui entour le Kindle Direct Publishing, est extrêmement complet, assez fiable et plutôt efficace en termes de retombées financières... En tout cas, le rêve existe, et se vend plutôt bien.

 

Mais il se peut que cela soit en train de changer. Nous avions évoqué les possibilités pour Apple de lancer un véritable concurrent à Kindle Direct Publishing. Si ce n'est pas encore fait, il est tout de même certain qu'une telle innovation d'Apple viendra sérieusement mettre à mal la domination incontestée d'Amazon sur l'autoédition.