Partage de textes : la 'voix' numérique des réseaux sociaux

Nicolas Gary - 13.09.2014

Lecture numérique - Usages - partager extraits - lecture consultation - livres lecteurs


Dans la guerre à la visibilité sur internet, une dimension a encore sévèrement échappé à l'édition française : la notion de partage. Chacun y va de son petit widget, plus ou moins ergonomique, et plus ou moins pratique, pour que l'internaute lise un extrait de nouveauté. Cette solution est pourtant en vigueur dans les outils de Amazon depuis octobre 2003, et chez Google Books, l'année suivante : pour amorcer un lecteur, rien de tel que de lui proposer des solutions pour explorer un peu son futur achat.

 

 i give everything !!!

jehangreco, CC BY SA 2.0

 

 

Chez un libraire, rien de plus simple que de feuilleter un ouvrage de papier : il suffit de l'ouvrir et de parcourir, avec plus ou moins d'attention, ses pages. Sur internet, les solutions sont diverses : soit un feuilleteur sous la forme de widget – avec une solution propriétaire, et les contraintes qui l'accompagnent – soit la consultation d'un premier chapitre, sous la forme de téléchargement, en EPUB ou PDF. Tout cela ne va pas bien loin. Google Books, qui avait placé cette option dès 2004 dans ses livres numérisés, avec Book Browse, ne faisait que suivre l'option Search Inside the Book d'Amazon. 

 

Cette solution de prévisualisation apporte fort logiquement des renseignements essentiels au lecteur : la possibilité de parcourir un peu du livre favorisait les achats, comme l'indiquait Russell Reeder, PDG de la firme LibreDigital. Un lecteur sur trois qui feuillette va ensuite acheter. Reste alors à générer du trafic sur le site, pour s'assurer de rentrer dans les clous de cette statistique. 

 

Consultation d'extraits dans les réseaux sociaux

 

Racheté par Amazon – tiens donc – en mars 2013, le réseau social américain consacré au livre, Good Reads, vient d'apporter une solution de prévisualisation. Dans chacune des fiches, le site propose désormais un outil de lecture immédiate. « Ne jugez pas un livre par sa couverture... jugez par ce qui est dedans, avec notre nouvelle fonctionnalité Preview », indique le réseau sur son blog. Cet Aperçu offre alors de « déguster l'histoire avant de s'engager dans l'ensemble du livre ». L'ouvrage sera alors proposé en format numérique Kindle ou papier, évidemment.

 

Bien entendu, cette solution est couplée avec les ouvrages disponibles à travers la boutique d'Amazon, et n'est accessible que pour les résidants américains – et strictement depuis la version navigateur du site. Les versions mobiles ou l'application n'en sont pas encore pourvues. Ces restrictions découlent très certainement d'une expérimentation première, avant de voir l'option entièrement généralisée, et internationalisée. À ce titre, soulignons que le réseau social Babelio offre déjà une solution similaire depuis quelque temps, en s'appuyant sur les outils fournis par les éditeurs. Tous les livres ne sont donc pas disponibles, mais la solution existait déjà bel et bien. Cocorico.

 

L'un et l'autre site n'ont cependant pas de difficultés à générer du trafic – l'Américain est estimé à 57,7 millions de visites mensuelles, contre 2,4 millions pour l'acteur français. Attendu que Goodreads s'adresse à des lecteurs anglophones, la différence de trafic est assez simple à expliquer. Or, bon nombre de sites de libraires en ligne français n'atteignent pas le million de visites mensuel. Autrement dit, un extrait proposé par Goodreads, qui renverra directement à la boutique d'Amazon, et ceux de Babelio, proposant une consultation directe, a toutes les chances de générer des ventes.

 

043/365: La main d'Anaëlle

Fin de la chasse gardée ?

Lucas Maystre, CC BY SA 2.0 


 

Diffusion immédiate par Twitter, avec feuilletage

 

Dans le même ordre d'idées, une nouvelle solution de promotion, à destination des auteurs principalement, a émergé voilà quelques jours. EPUB2Twitter (comprendre EPUB to Twitter), est un outil de promotion particulièrement intéressant. Le site va en effet proposer d'uploader un fichier en format EPUB, et générera une URL courte, que l'on pourra par la suite diffuser directement sur le réseau de micro-blogging. 

 

Nous nous sommes appuyés sur la version poche Folio de Oh... de Philippe Djian, prix Interallié, ainsi que sur Adèle Blanc Sec, de Jacques Tardi. Nous avons rencontré quelques misères avec Chrome : il suffit de couper l'outil de traduction automatique des pages pour arriver à ses fins. Les résultats sont assez intéressants à découvrir, bien que le temps de chargement puisse être encore un peu long : 

 



Qu'est-ce qu'implique un pareil outil ? Eh bien, évidemment, des facilité à partager, diffuser et surtout permettre une lecture préalable pour les Twittos, qui, avant de rediffuser à leur propre liste, pourront apprécier l'ouvrage. N'ayant pas de fichiers avec DRM sous la main, nous n'avons cependant pas pu vérifier son fonctionnement, dans le cas où un verrou serait apposé. Le poids maximum est de 10 Mo, et présente une solution de propagation assez efficace – le fonctionnement, expliqué en japonais, ne pose pas de problème majeur. L'outil ne fonctionnera en revanche pas du tout avec Facebook – dommage, les résultats auraient pu être particulièrement significatifs.

 

La solution technologique a été développée par l'institut de recherche Kadokawa, et réalisée en coopération avec Twitter Japon. Originellement, la société propose des solutions d'embed pour fichier EPUB, à lire directement dans son navigateur. (via The Digital Reader)

 

Le test opéré par la société à l'origine du projet :