Partenariat public-privé : Hillary Clinton reporte Jeff Bezos

Clément Solym - 19.06.2012

Lecture numérique - Lecteur eBook - Kindle - gouvernement américain - Jeff Bezos


Depuis la semaine dernière, on sait que le département d'État américain, par l'intermédiaire de sa secrétaire Hillary Clinton, avait décidé de faire travailler Amazon, en achetant manifestement des Kindles à foison. Et vendredi dernier, un communiqué annonçait une conférence de presse réunissant Hillary et Jeff Bezos, le grand patron de la société. Ce 20 juin. Save the date ? Plus maintenant.

 

Le programme de la journée présentait « un partenariat public-privé entre Amazon et le gouvernement des États-Unis », chose qui ne manquera pas de faire sourire en France, quand on lorgne du côté des quais de Seine, option BnF. Chose qui amorçait la création d'un programme mondial de lecture numérique tournée autour d'un lecteur ebook. Le tout avec la mission de présenter « les aspects de la société et de la culture américaine aux jeunes, aux étudiants et aux spectateurs du monde entier, d'une toute nouvelle manière, et améliorer les possibilités d'apprentissage de la langue anglaise à travers le monde ». 

 

Sauf que la conférence de presse a été reportée, sine die. La raison officielle en est simple, explique-t-on : la secrétaire d'État doit se rendre au G-20, le sommet qui se déroule à Mexico, puis enchaîne avec la conférence de Rio+20.

 

Ainsi donc, l'événement Kindle mobile Learning Initiative est prévue pour une date ultérieure, et point barre. (via Paid Content)

 

Mais revenons à cet accord entre Amazon et le département d'État. Une porte-parole expliquait la semaine passée que pour l'heure, le gouvernement attendait la réponse d'Amazon sur le sujet, n'ayant pas encore contracté avec la firme. Il s'agirait toutefois de dépenser 2,29 millions $ durant la première année du programme pour l'achat de 2500 Kindles et un coût total sur 5 ans de 16,5 millions $, pour acheter grosso modo 7000 lecteurs ebook. 

 

On va pas se voiler la face

 

Mais entre-temps, Marc Mauer, président de la National Federation of the Blind, organisation la plus important outre-Atlantique en matière de défense des aveugles, vient d'envoyer un petit courrier à la secrétaire d'État. Selon lui, l'accord passé ne répond pas aux besoins essentiels des handicapés et déficients visuels. 

 

 

 

Certes, la fonctionnalité text-to-speech permet aux aveugles de pouvoir écouter le livre numérique, mais encore faut-il qu'un voyant soit présent à leur côté pour lancer et activer la fonction. Or, selon les critères de l'accord avec le département d'État repose sur des questions d'accessibilités, impensable que le Kindle soit privilégié, puisqu'il ne répond pas aux impératifs. 

 

Et de dénoncer un manque d'intérêt de la firme pour ces questions, tout simplement.

 

Si l'on n'a pas la mémoire trop courte, on se souviendra qu'en son temps, Amazon avait pourtant su s'appuyer sur les aveugles quand il fallut défendre bec et ongle la fonctionnalité text-to-speech, contre les éditeurs. Cet outil de synthèse vocal présent sur le Kindle 2 avait provoqué la colère des éditeurs, qui y voyaient une concurrence déloyale, à l'égard de ceux qui commercialisent des audiobooks. Nous étions en mars 2009, et Amazon avait très bien su prendre en otage les clients pour les dresser contre les éditeurs. (via InfoDocket)

 

La Fédération des aveugles et l'association internationale des dyslexiques avaient fait parvenir aux éditeurs et aux intéressés des lettres exigeant le retour de cette option. En substance, on y apprend que les outils mis à leur disposition sont généralement coûteux et que pour une fois qu'un outil technologique avait un prix abordable, les autorisant à profiter d'un livre, ils se supporteront pas que des questions de droits d'auteur s'y opposent. (voir notre actualitté)

 

Mais voilà, Amazon avait finalement cédé, en imposant des restrictions à son lecteur ebook, le Kindle 2, et l'activation du text-to-speech, dépendait alors de la bonne volonté des éditeurs, qui passaient pour les méchants. 

 

Cependant, les associations de défense des aveugles avaient su réagir quelques mois plus tard, alors que des programmes d'insertion de Kindle dans les universités commençaient à fleurir. Deux universités, Syracuse et Wisconsin-Madison, dont les politiques de non-discrimination entre aveugles et voyants leur imposent de proposer les mêmes services aux deux groupes, entraient en violation de leurs propres règles, en proposant un lecteur ebook qui ne disposait plus de la fonctionnalité de synthèse vocale… (voir notre actualitté)