Pas d'Hadopi pour le livre : les éditeurs invités à surveiller le net eux-mêmes

Clément Solym - 18.11.2011

Lecture numérique - Législation - Hadopi - industrie du livre - piratage


L'industrie du livre serait donc la plus intelligente de toutes les industries culturelles ? Dans le numéro 46 de Edition Multimedi@, nous apprenons en effet que le Syndicat national de l'édition a décidé de mettre en pause le dossier Hadopi, et de se consacrer à d'autres choses.

En marge des Assises professionnelles, consacrées cette année au format EPUB 3 et au livre enrichi, la secrétaire générale du SNE, Christine de Mazières explique que le dépôt de la demande auprès de la CNIL n'est plus d'actualité.

 

Tout avait bien commencé


Trois prestataires ont pourtant été passés au crible : Trident Media Guard (TMG), Attributor (société américaine) et Hologram Industries (ex-Advestigo). On sait pourtant qu'Attributor est le partenaire de Hachette Books, outre-Atlantique, et que sa candidature avait de quoi être soutenue.

Depuis janvier dernier, le SNE avait manifesté un certain intérêt pour Hadopi, mais Antoine Gallimard, son président, avait assuré à ‘ActuaLitté', à l'occasion du Salon du livre de Paris, que le recours à Hadopi était « relativement coûteux », pour « un petit marché » qu'est le livre numérique. 

 



D'autre part, en juillet, le SNE avait renouvellé son intérêt pour la lutte contre le piratage, confirmant que « les éditeurs envisageaient de rejoindre l'Hadopi ». Et d'assurer : « Le SNE a dernièrement multiplié les contacts avec les ayants droit de la musique et du cinéma, ainsi qu'avec divers prestataires techniques afin d'étudier le mécanisme de réponse graduée mis en oeuvre par l'Hadopi2 [volet pénal de la loi, daté du 29 octobre 2009, ndlr] et l'intérêt pour le secteur de l'édition de rejoindre le dispositif. » (voir notre actualitté)

 

Mais on passe à autre chose


C'est toutefois citée par nos confrères que Christine de Mazières assure que la page est pour l'heure loin des préoccupations du Syndicat. « Nous avons mis le dossier “Hadopi” de côté, car la question du piratage de livres numériques en France ne se pose pas vraiment encore. Le marché du livre numérique online, c'est- à-dire hors ouvrages sur CD-Rom, ne représente encore pas grand-chose – environ 1 % – sur le marché français. »

Pas encore, peut-être pas : le Goncourt lui-même s'est fait attraper par une équipe de pirates qui assure être en train d'en corriger toutes les coquilles et autres fautes laissées par l'éditeur... Gallimard.

Par ailleurs, elle assure :  « Pour les éditeurs, ce n'est pas la priorité du moment. Développer leur présence sur les liseuses et tablettes qui arrivent sur le marché français les occupent plus actuellement. » Pour l'heure, le SNE aurait plutôt en tête de rechercher une solution automatisée de notification, qui permettrait de demander le retrait de tout contenu jugé illégal. Et d'inviter les maisons à communiquer les adresses de sites repérés comme proposant des contenus litigieux.

Cette  « liste permettra par recoupement d'identifier les sites et réseaux les plus actifs dans le domaine du piratage de livres », explique le rapport d'activité de juin dernier. Mais pour le moment, les maisons n'ont pas effectué beaucoup de retour, à l'adresse pourtant en vigueur : juridique@sne.Fr.

 

C'était bien le problème : les ayants droit ne bougeaient pas

 

À l'occasion du rapport d'activité 2010 de l'Hadopi, Marie-Françoise Marais, la présidente, nous avait presque ri au nez, lorsque nous avions posé la question du livre numérique dans le processus. « Oui, nous continuons d'échanger avec les acteurs du livre, et prochainement, les Labs Hadopi remettront leurs premières études, dans les semaines à venir, sur le livre numérique et ses enjeux. » Mais en somme, rien n'avait avancé, fin septembre.

C'est donc une conclusion logique, que cet abandon du SNE, pour qui le volet Hadopi n'était pas vraiment une priorité. Ou alors, trop coûteuse. Mais à l'époque, Hadopi expliquait déjà que les ayants droit ne semblaient pas vraiment pressés d'entrer dans l'Hadopi, et qu'en l'absence de leur volonté, impossible d'intégrer le livre au processus.

Finalement, l'industrie a peut-être réalisé la la plus intelligente opération de tout 2011...