Penguin coupe les vannes à ebooks en bibliothèques

Clément Solym - 10.02.2012

Lecture numérique - Acteurs numériques - prêt - livres numériques - Penguin


Les relations se dégradent entre éditeurs et bibliothèques, autour de la question du prêt de livres numériques. Après plusieurs semaines d'hésitations, d'avancées et de reculs, l'éditeur américain Penguin vient d'annoncer qu'il allait définitivement arrêter de proposer ses ouvrages aux établissements. Scandale ? Presque pire...

 

Avec le prestataire OverDrive, la situation devenait tendue : Penguin avait dans un premier temps décidé d'arrêter de livrer des nouveautés numériques, puis cessé d'enrichir son catalogue de livres audio, et finalement la décision définitive est tombée. Penguin arrête la vente d'ebook aux bibliothèques. Compliqué, compliqué...

 

Avec Simon & Schuster et Hachette Book Group, qui ont annoncé de longue date leur intention de limiter l'accès aux ouvrages numériques, finalement, les usagers se retrouvent avec des catalogues principalement composés des livres de petits éditeurs. Parce que, pour eux, cet outil est essentiel. Et qu'en face, les grosses machines considèrent que la facilité par laquelle on peut télécharger des livres est nuisible aux ventes. 

 

En date du 9 février, Penguin a donc annoncé que le prestataire OverDrive, qui propulsait jusqu'à lors les ebooks dans les établissements ne seraient plus approvisionnés. Son PDG, Steve Potash, assure « travailler activement » avec l'éditeur, sur les conditions les plus rassurantes pour reprendre leur collaboration. 

 

La grande scène du Quatre

 

Avec une application dès aujourd'hui, les usagers étasuniens qui convoitaient les oeuvres de l'éditeur resteront sur le carreau. Mais comment assurer les sécurités nécessaires, qui permettront de calmer les angoisses du groupe ? Parce qu'il ne faut pas être dupe : si l'éditeur clame que ses ventes pourraient souffrir de la réalité numérique, c'est avant tout parce que le parc d'ebook n'a pas besoin d'être renouvelé. Un ouvrage papier s'abîme facilement, tandis que la détérioration d'un fichier numérique est bien plus longue. 

 

 

 

Pour l'heure, Penguin n'aurait cependant pas fermé complètement les portes. Un accord de prorogation avec OverDrive, autorisant les établissements qui ont un catalogue Penguin numérique chez eux à les proposer serait en cours. Au moins d'étude, voire de réflexion. Sauf qu'aucune entente de ce genre n'a vu le jour avec le concurrent de OverDrive, 3M, ce qui laisse les acteurs concernés assez sceptiques. 

 

De même, l'éditeur se déclare tout de même soucieux de poursuivre une collaboration efficace et tournée vers l'avenir, avec leurs partenaires. « Nous nous préoccupons de savoir comment préserver la valeur du travail de nos auteurs, autant que d'aider les bibliothèques à alimenter les membres de leur communauté. » Belle déclaration d'intention, qui pour l'heure se solde par une fin de non-recevoir : désolé, mais on coupe tout. 

 

Le véritable couac vient de ce que le contrat de l'éditeur avec OverDrive s'achève, et dans ces conditions, les renégociations sont manifestement âpres, et les bibliothèques vont donc en pâtir. Seule consolation : les négociations ne sont pas définitivement arrêtées... 

 

Les temps changent, surtout, ne changeons rien

 

L'éditeur avait pourtant rencontré les membres de l'American Library Association, pour faire le point sur l'offre, la demande et quelques autres points importants. « En ces temps mouvementés, il est vital pour nous de forger des relations solides avec les bibliothèques et de construire un avenir commun », assure l'éditeur dans son communiqué. 

 

Mais les préoccupations premières restent toujours tournées sur l'aspect commercial, et le non-renouvellement des livres, comme c'était le cas dans l'économie papier. En éliminant toutes les limitations du papier, le nouvel environnement des bibliothèques numériques fait grincer des dents. « Notre partenariat avec l'ALA est maintenu, et plus important que jamais, et nos récentes discussions avec ses dirigeants nous aident à nous mettre au point », maintient Penguin.  

 

Ironie tragique : voilà deux jours, la présidente de l'ALA, Molly Raphael, s'était félicitée d'avoir pu s'entendre avec les éditeurs qui vendent d'ores et déjà des ebooks aux bibliothèques : « Ces éditeurs accordent de toute évidence une très grande valeur au rôle de la bibliothèque en matière de découverte d'ouvrages ». Mais elle a également tenu à dialoguer avec ceux qui ne le faisaient pas encore, « nous avons échangé sur l'impact réel des pratiques des gens qui viennent en bibliothèque ».